로그인Chapitre 34SarahLa pharmacie de l'hôpital est presque vide à cette heure de l'après-midi, seules deux personnes font la queue devant le comptoir, une femme âgée appuyée sur une canne et un jeune homme qui tapote nerveusement sur son téléphone, et je serre mon portefeuille entre mes doigts en attendant mon tour. Les ordonnances sont dans ma main, froissées d'avoir été pliées et dépliées trop de fois, des prescriptions pour Nathan, ses immunosuppresseurs, ses antihypertenseurs, ses analgésiques, toute cette pharmacopée qui le maintient en vie et qui coûte une fortune que je n'ai pas. Je fixe les boîtes que la pharmacienne aligne devant elle sur le comptoir sans vraiment les voir, des boîtes blanches et bleues et roses, des noms imprononçables, des dosages qui changent chaque semaine en fonction des rés
Chapitre 33LucasLe rapport de Simon Vasseur est arrivé ce matin, glissé sous ma porte dans une enveloppe kraft sans en-tête, sans signature, sans rien qui puisse trahir son expéditeur, juste mon nom écrit à la main d'une écriture fine et serrée que je reconnais immédiatement. Je l'ai ramassée en sortant de la douche, les cheveux encore humides, une serviette autour du cou, et je l'ai ouverte debout dans l'entrée de mon penthouse, les doigts tremblants, le cœur battant si fort que je l'entendais résonner dans mes tempes comme un tambour de guerre. L'enveloppe contenait trois feuillets dactylographiés, trois pages de papier blanc remplies de faits, de dates, de lieux, de noms, toute la vie de Sarah étalée devant moi en caractères froids et impersonnels, toute son existence réduite à un rapport d'enq
Chapitre 32NathanAujourd'hui je dessine le monsieur triste, celui qui est entré dans ma chambre d'hôpital quand maman n'était pas là, celui qui avait des yeux gris comme les miens et une fossette au menton comme la mienne, celui qui a dit « bonjour » d'une voix qui tremblait comme s'il allait pleurer. Je prends mon crayon, mon crayon préféré, celui qui a presque la couleur de la mine, et je le taille soigneusement avec le petit taille-crayon que maman m'a acheté à la boutique de l'hôpital. Puis j'ouvre mon carnet de dessin à une page blanche, j'appuie la pointe du crayon sur le papier, et je laisse ma main tracer les contours de son visage.Je commence par le front, haut et large, puis je descends vers les sourcils, épais et bien dessinés, puis vers les yeux, ces yeux gris profonds que je n'oublierai jamai
Chapitre 31LucasJe ne dors pas, je n'ai pas dormi depuis trois nuits, depuis que j'ai vu Sarah sortir de cet hôpital avec cet homme, ce médecin, ce Jérôme dont elle a prononcé le nom dans le couloir, ce fantôme qui est revenu d'entre les morts pour la serrer dans ses bras comme si elle lui appartenait. Chaque fois que je ferme les yeux, la scène rejoue derrière mes paupières, implacable, obsédante, insupportable. Les mains de cet homme sur le dos de Sarah, les doigts qui caressent la laine usée du manteau beige, le visage de Sarah enfoui dans le cou de cet homme, ses cheveux noirs qui se mêlent au col de sa veste, son corps qui s'abandonne contre le sien avec une confiance qu'elle ne m'a jamais accordée.Et la jalousie me ronge comme un acide, me dévore de l'intérieur, grignote mes organes un par un, s'infiltre dans mes veines et contamine mon sang. Je ne sais plus si je suis jaloux de cet homme parce qu'il la touche, ou parce qu'elle le laisse la toucher, ou parce qu'il a peut-être
Chapitre 30JérômeJe sers Sarah dans mes bras devant l'entrée de l'hôpital, sous le ciel gris de novembre qui menace de déverser une pluie fine et glaciale, et je sens son corps frêle qui tremble contre ma poitrine comme un oiseau blessé, je sens ses doigts qui s'agrippent à ma veste avec la force du désespoir, je sens son souffle court et saccadé contre mon cou, tiède et irrégulier. Elle est revenue dans cette ville depuis moins de deux semaines et elle est déjà à bout de forces, les cernes creusées jusqu'à l'os, les joues caves, les yeux rougis par le manque de sommeil et par les larmes qu'elle retient depuis des jours, qu'elle retient depuis huit ans peut-être. Je la connais depuis l'université, depuis ce cours de littérature anglaise où elle était assise au premier rang avec ses livres couverts d'annotations et son cahier rempli de poèmes qu'elle n'a jamais montrés à personne. Je l'ai vue rire aux éclats dans les couloirs de la faculté, je l'ai vue pleurer en silence dans les bib
Chapitre 29LucasLe lendemain matin, je me réveille dans le canapé du salon, tout habillé, la bouche pâteuse, les yeux brûlants, la tête lourde comme si on avait coulé du plomb dans mon crâne. La lumière grise de novembre filtre à travers les baies vitrées, une lumière blafarde, sans chaleur, sans vie, qui éclaire les débris de la bouteille fracassée et les taches de whisky séché sur le parquet. Je reste allongé quelques minutes, immobile, à fixer le plafond, à repasser dans ma tête les événements de la veille, à entendre encore la voix de Sarah qui murmure ce nom, Jérôme, ce nom qui ne passe pas, qui sonne faux, qui résonne dans mon crâne comme une note discordante dans une symphonie.Je me redresse lentement, chaque mouvement est une épreuve, chaque muscle proteste, et je repousse les éclats de verre du bout du pied en regardant autour de moi le champ de bataille qu'est devenu mon salon. Les éclats de cristal scintillent sur le parquet comme des diamants brisés, le mur est maculé d







