تسجيل الدخولAuréliaLa journée a été étrange, suspendue, comme si le temps lui-même retenait son souffle.Après le départ d'Adriano, Matteo et moi avons parlé longtemps. Vraiment parlé. Pas de reproches, pas de colère. Juste des mots posés, des silences habités, des mains qui se cherchent et se trouvent. Il m'a raconté son enfance, ses peurs, ses rêves brisés. Je lui ai parlé de mes doutes, de mes désirs, de cette sensation constante d'être écartelée entre deux mondes, deux vies, deux façons d'aimer.Nous avons fait l'amour lentement, différemment. Pas comme une urgence, pa
Matteo fait un pas en avant. Je le retiens, mes mains sur son torse, mon corps contre le sien.— S'il te plaît, murmuré-je. S'il te plaît, Matteo. Pour moi. Arrête.Il me regarde. Ses yeux sont toujours sombres, mais quelque chose vacille au fond. Une faille. Une hésitation.— Pars, dit-il à Adriano sans le regarder. Pars maintenant. Avant que je ne change d'avis.Adriano hoche lentement la tête. Il se tourne vers moi.— Aurélia. Je serai toujours là. Quoi que tu décides. Je t'attendrai.
Je le regarde différemment. L'artiste pur, l'homme doux, l'innocent que j'imaginais. Tout cela était une façade. Ou plutôt, une partie de lui, mais pas tout. Comme Matteo. Comme moi. Comme tout le monde.— Tu vois, dit-il. Personne n'est vraiment pur. Personne n'est vraiment innocent. On fait tous ce qu'on peut avec ce qu'on a. La différence, c'est ce qu'on choisit de faire ensuite. Moi, j'ai choisi de créer. Matteo a choisi de détruire.— Matteo a choisi de protéger les siens.— En tuant, en terrorisant, en contrôlant. Ce n'est pas de la protection. C'est de la domination.— C'e
Il hoche lentement la tête, comme s'il s'y attendait, comme si cela confirmait tout ce qu'il pensait.— Il est violent. Je le savais.— Il était en colère. Il venait de découvrir que je le trompais.— Tu ne le trompais pas. Tu cherchais autre chose. Tu cherchais à respirer.— C'est la même chose, Adriano. J'ai menti. J'ai trahi. J'ai embrassé un autre homme.— Tu m'as embrassé parce que tu en avais envie. Parce que tu en avais besoin. Parce qu'avec moi, tu es libre.&
Le plaisir monte lentement, par vagues successives. Ce n'est pas l'incendie habituel, cette passion dévorante qui nous consume d'habitude. C'est autre chose. Une chaleur douce, enveloppante, qui monte de l'intérieur et irradie dans tout mon corps.Quand je bascule enfin, c'est dans un long frisson silencieux, les yeux toujours plongés dans les siens. Il me suit quelques secondes plus tard, avec un gémissement sourd, presque un sanglot. Son front tombe contre mon épaule, ses bras se resserrent autour de moi.Nous restons ainsi un long moment, enlacés, silencieux, immobiles. La vapeur retombe doucement autour de nous. Le miroir s'éclaircit peu à peu, révélant nos reflets flous, nos corps emmêlés.
Je reviens vers lui, m'agenouille devant lui. Nos visages sont à la même hauteur maintenant. Je peux voir chaque détail de son visage – la coupure sur sa pommette, le sang séché sous son nez, la poussière incrustée dans ses sourcils.Je déboutonne sa veste. Lentement. Très lentement. Chaque bouton est une petite victoire sur l'horreur, un petit pas vers l'humain. Le tissu est raide, imprégné de sueur et de quelque chose de plus sombre. Je le fais glisser de ses épaules, le laisse tomber au sol. Il fait un bruit mou, presque obscène.Puis c'est le tour de sa chemise. Le blanc n'est plus blanc. C'est une carte de ce qu'il a vécu cette nuit – des éclaboussures, des traces de doigts, des a
AuréliaLes heures qui suivent sont un tourbillon.Un médecin arrive, un homme d'une cinquantaine d'années au visage fatigué et aux mains sûres. Il examine Matteo, change ses pansements, lui fait une piqûre d'antibiotiques. Il m'examine aussi, prend ma tension, me fait boire un cocktail de vitamine
Amélia Le sommeil qui nous avait engloutis était lourd, profond, tissé de l’épuisement des corps et de l’apaisement des âmes. Je me réveille en premier, ramenée à la surface par la caresse d’une lumière dorée qui me chauffe les paupières.Je ne bouge pas. Je respire.Sous ma joue, la chaleur vivan
ArkadyLa pluie a cessé. Une aube grise et humide suinte sur les vitres du van, comme de la salive séchée. Je n’ai pas dormi. Le café dans mon gobelet est froid, amer. La brûlure du cigare non allumé sur ma langue, c’est mieux.Le van est un trou. Une tumeur dans la ruelle de service. Par la vitre,
AURÉLIALe monde est réduit à cette fournaise où nous fondons.Sa bouche sur la mienne n’est pas une conquête, c’est un achèvement. Un point final et un commencement absolu. Je goûte l’éclair sur ses lèvres, l’odeur de l’ozone et du vieux papier, du savon neutre et de cette obsession qui a la saveu







