MasukNous courûmes vers une berline noire garée un peu plus loin. Léo prit le volant, je m'assis à côté de lui. Le moteur rugit, la voiture s'élança dans la nuit.— Raconte-moi, dis-je. Tout.Léo déboîta, dépassa une voiture, se rabattit.— Sofia sortait de son cabinet. Elle travaillait tard, comme d'habitude. Un homme l'attendait dans le parking. Il a appelé son nom, elle s'est retournée, il a tiré.— Deux balles.— Oui. Une à l'épaule, une à l'abdomen. Les pompiers sont arrivés vi
Il recula, me sourit. Un sourire triste, résigné, mais pas vaincu. Un sourire qui disait « je t'aime et je t'aimerai toujours, quoi qu'il arrive ».— Va-t'en, Aurélia. Maintenant. Avant que je ne te dise des choses que je devrais garder pour moi. Des choses qui te feraient rester. Des choses que tu n'as pas besoin d'entendre.— Des choses comme quoi ?— Comme le fait que je suis amoureux de toi. Vraiment amoureux. Pas un caprice, pas une passade, pas une tentative de séduire la femme d'un ami. Un amour profond, entier, qui me consume. Qui me fait oublier de manger, de dormir, de vivre. Qui me fait sculpter ton visage dans chaque bloc d
AuréliaJe retournai à l'atelier.Le trajet fut un long tunnel. Les rues défilaient, les immeubles, les feux, tout ce décor urbain que je traversais sans le voir. Mon esprit était ailleurs, concentré sur les mots que j'allais dire, sur la manière de les dire sans faire trop mal, sur la force qu'il me faudrait pour ne pas céder.L'atelier se dressait au bout de la rue, sa verrière brillant dans la lumière de l'après-midi. Je me garai devant, coupai le moteur, restai un moment immobile, les mains sur le volant, le regard perdu dans le vide.Je pouvais
Il encaissa le coup. Je vis la douleur traverser son visage, déformer ses traits, assombrir ses yeux.— Je t'aime, Aurélia. Je t'aime d'une façon que tu ne comprendras jamais. Et oui, je te protège. Oui, je te défends. Oui, je suis jaloux. Parce que je t'ai perdue une fois, dans mes cauchemars, dans mes peurs, dans mes doutes. Et je ne veux pas te perdre vraiment.— Tu ne me perds pas. Tu m'étouffes.Il s'assit par terre, le dos contre le mur, les genoux remontés contre sa poitrine. Lui, l'homme qui faisait trembler toute la ville, était assis par terre comme un enfant perdu. Ses mains étaient ensanglantées, ses
Je ne répondis pas. Je ne pouvais pas. Il avait raison. Tout était écrit sur mon visage, sur mon corps, dans l'air que je dégageais. Je puais la trahison. Je suintais le mensonge.Il s'approcha, lentement, comme un prédateur qui fait le tour de sa proie. Ses pas résonnaient sur le parquet, lourds, mesurés, inéluctables.— Tu sais ce que j'ai fait, moi, pendant que tu étais chez lui ? Je suis allé voir les familles des hommes morts dans l'attaque. Je leur ai dit que je les vengerais. Je leur ai promis que leurs maris, leurs pères, leurs fils ne seraient pas oubliés. Je leur ai serré la main, j'ai regardé leurs yeux, j'ai pris leur chagrin sur mes épaules.
Quand il s'écarta, j'avais les larmes aux yeux. Des larmes chaudes qui coulaient sur mes joues sans que je puisse les arrêter.— Pourquoi tu pleures ? demanda-t-il.— Parce que je ne devrais pas vouloir ça. Parce que je l'aime, lui, pas toi. Parce que je ne sais plus rien. Parce que tout est devenu flou et que j'ai peur. Tellement peur.— Tu ne l'aimes peut-être plus.— Non. Je l'aime. C'est ça le problème. Je l'aime, et pourtant…— Et pourtant ?
MATTEOLe sommeil n’a duré qu’un instant, une éternité. Je me réveille avant elle, dans la nuit profonde. Son corps est toujours un poids doux contre le mien, une chaleur qui a redessiné les frontières du mien. Je ne bouge pas. Je retiens mon souffle. Je veux graver cette sensation : la courbe de s
AURÉLIALe monde est réduit à cette fournaise où nous fondons.Sa bouche sur la mienne n’est pas une conquête, c’est un achèvement. Un point final et un commencement absolu. Je goûte l’éclair sur ses lèvres, l’odeur de l’ozone et du vieux papier, du savon neutre et de cette obsession qui a la saveu
AURÉLIALa chambre n’est plus qu’un halo de noir et de reflets tremblants sur le bois poli. Nos souffles sont les seuls sons, nos cœurs les seuls chronomètres. Sa bouche quitte mon épaule, là où elle a imprimé une marque de chaleur et de promesse. Elle revient à la mienne, mais le goût a changé. L’
AURÉLIAMon cœur bat à tout rompre contre mes côtes, un oiseau affolé pris au piège. Le voir ainsi, dévasté, vulnérable, sur le pas de ma porte à trois heures du matin, est plus troublant que toutes ses démonstrations de pouvoir. C’est la statue qui montre une fissure. Et la fissure révèle non du v







