LOGINAurélia
Le lendemain matin, l'ambiance a changé. Je le sens dès que j'ouvre les yeux. Matteo est déjà habillé, en costume sombre, les traits tendus.
— Qu'est-ce qui se passe ? demandé-je.
— Rien de grave. Juste… il faut que tu rencontres des gens.
— Des gens ?
— Mes lieutenants. Mon équipe rapprochée. Ceux qui gèrent l'empire avec moi.
Je
AuréliaJe me réveille dans un lit inconnu.Non, pas inconnu. Familier. Les draps blancs, l'odeur de lessive et de Matteo, la lumière douce qui filtre à travers les rideaux. L'appartement. Notre appartement. Je suis rentrée.Ma mémoire est floue, fragmentée. Des flashes. La cave humide. L'ampoule qui se balance. Le visage de Viktor, son sourire cruel. La douleur, partout, tout le temps. Et puis Matteo. Matteo qui défonce la porte, qui tire, qui me prend dans ses bras. La chaleur de son corps contre le mien. Sa voix qui murmure « C'est fini, je suis là ».— Aurélia ?La voix de Matteo, justement. Douce, inquiète, tout près de mon oreille. Je tourne la tête, le vois assis su
Je la prends dans mes bras, la soulève doucement. Elle est légère, trop légère. Trois jours sans manger correctement, sans boire, sans dormir. Son corps est marqué de partout – des bleus, des coupures, des brûlures aux poignets. Mais elle est vivante. Elle est vivante, et elle est dans mes bras.Elle enfouit son visage dans mon cou, s'accroche à moi comme une naufragée à une bouée. Ses doigts s'agrippent à mon manteau, ses sanglots silencieux secouent ses épaules. Je la serre plus fort, la berce doucement.— Je suis désolée, murmure-t-elle. Je suis désolée.— De quoi ?— De tout. D'avoir été prise. De t'avoir fait peur. De ne pas avoir été assez forte.— Tu as &eacut
MatteoJe défonce la porte d'un coup d'épaule.Le battant cède dans un craquement sinistre, s'écrase contre le mur de pierre. La pièce est plongée dans une semi-obscurité, éclairée seulement par une ampoule nue qui se balance au plafond, projetant des ombres mouvantes sur les murs humides.Et je les vois.Viktor est sur elle. Il la tient par les cheveux, la tête tirée en arrière, un couteau sous sa gorge. Aurélia est à genoux, les mains liées dans le dos, le visage tuméfié, les vêtements déchirés, couverts de sang séché. Mais ses yeux sont ouverts, vivants, pleins de défi. Elle n'a pas cédé. Elle n'a pas plié. Elle est restée elle-même jusqu'au bout.
AuréliaJe savais qu'ils venaient.Je les sentais depuis des heures, présences familières qui se rapprochaient inexorablement. Matteo, d'abord – sa force brute, sa détermination farouche, son amour qui brûlait comme un brasier dans la nuit. Et Adriano aussi, étonnamment – sa douceur, sa patience, sa volonté tranquille de fer.Deux hommes qui m'aiment. Deux hommes prêts à tout pour me sauver. Cela m'a donné la force de continuer, de résister, de préparer ma propre libération.Quand j'ai senti Viktor entrer dans l'entrepôt, j'ai su que le moment était venu. Il est descendu me voir, comme il le fait chaque fois qu'il vient. Pour me menacer, me torturer, essayer de me briser. Mais cette fois, c'était différent. Cette fois, j'étais
MatteoLa planque est un ancien entrepôt de textile, au cœur de Saint-Denis.Nous l'avons trouvée grâce à la plaque d'immatriculation, aux caméras de surveillance, aux témoignages achetés ou arrachés. Trois jours de traque intense, sans dormir, sans manger, sans penser à autre chose qu'à elle.Adriano est resté avec moi tout ce temps. Il n'a pas faibli, pas reculé, pas montré le moindre signe de faiblesse. L'artiste pacifique s'est transformé en chasseur déterminé, les yeux rivés sur le même objectif que moi : la sauver.Nous sommes garés à deux rues de l'entrepôt, dans une camionnette banalisée. Léo a déployé ses hommes tout autour du périmètre, silencieux, invisibles, pr
AuréliaLes heures passent. Ou les jours. Je ne sais plus. Le temps n'a plus d'importance. Seule compte cette force nouvelle qui grandit en moi, qui pulse sous ma peau, qui attend son heure.J'ai appris à utiliser mon don même entravée.C'est venu petit à petit, par tâtonnements, par échecs et recommencements. D'abord, j'ai essayé de voir sans toucher. C'était flou, imprécis, comme regarder à travers une vitre sale. Mais peu à peu, l'image s'est affinée. J'ai vu la pièce autour de moi – pas avec mes yeux, mais avec mon esprit. Les murs de pierre suintants, l'ampoule qui se balance, les deux cadavres allongés près de moi. Et au-delà de la porte, le couloir, les escaliers, les gardes qui montent la garde.
AURÉLIALe monde est réduit à cette fournaise où nous fondons.Sa bouche sur la mienne n’est pas une conquête, c’est un achèvement. Un point final et un commencement absolu. Je goûte l’éclair sur ses lèvres, l’odeur de l’ozone et du vieux papier, du savon neutre et de cette obsession qui a la saveu
AURÉLIAMon cœur bat à tout rompre contre mes côtes, un oiseau affolé pris au piège. Le voir ainsi, dévasté, vulnérable, sur le pas de ma porte à trois heures du matin, est plus troublant que toutes ses démonstrations de pouvoir. C’est la statue qui montre une fissure. Et la fissure révèle non du v
Il s'approche, pose ses mains sur mes épaules nues.— Parce que je veux qu'ils te voient. Qu'ils sachent que tu es à moi. Qu'ils comprennent que désormais, quand ils me regardent, ils te regardent aussi.— Je suis un trophée ?— T
La réunion dure deux heures. Sofia part la première, après avoir échangé son numéro avec moi et promis de m'emmener déjeuner bientôt. Léo part ensuite, avec une tape sur l'épaule de Matteo.Marco reste le de







