ログインL'Institut médico-légal était silencieux à cette heure. Les couloirs sentaient le désinfectant et quelque chose de plus ancien, plus profond. Matteo avait arrangé l'entrée discrètement, sans formalités.
Le corps était dans une salle blanche, sur une table en inox. Le visage était intact, presque paisible. Comme s'il dormait.
— Tu veux que je reste ? demanda Matteo.
— Oui
Il resta silencieux un long moment. Un très long moment. Le silence s'étira, épais, lourd, chargé de tout ce que nous n'arrivions pas à nous dire.— Je vais essayer de changer, dit-il enfin.— On ne change pas.— Alors je vais essayer de faire autrement. De te regarder différemment. De te laisser plus d'espace. De ne pas te serrer si fort que tu finis par étouffer.— Tu vas essayer ?— Oui. Je vais essayer. C'est tout ce que j'ai. C'est tout ce que je peux te promettre.Il prit ma main, la porta à ses lèvres. Il embrassa mes doigts un par un, lentement, religieusement, comme s'il voulait les graver dans sa mémoire.— Je t'aime, Aurélia. Je t'aime plus que tout. Plus que ma vie. Plus que ma raison. Plus que tout ce que j'ai construit, tout ce que j'ai gagné, tout ce que j'ai sacrifié.&mdas
Je ne répondis pas. Je ne pouvais pas. Il avait raison. Tout était écrit sur mon visage, sur mon corps, dans l'air que je dégageais. Je puais la trahison. Je suintais le mensonge.Il s'approcha, lentement, comme un prédateur qui fait le tour de sa proie. Ses pas résonnaient sur le parquet, lourds, mesurés, inéluctables.— Tu sais ce que j'ai fait, moi, pendant que tu étais chez lui ? Je suis allé voir les familles des hommes morts dans l'attaque. Je leur ai dit que je les vengerais. Je leur ai promis que leurs maris, leurs pères, leurs fils ne seraient pas oubliés. Je leur ai serré la main, j'ai regardé leurs yeux, j'ai pris leur chagrin sur mes épaules.Il s'arrêta devant moi, me fit face. Nos visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres. Je sentais son souffle, son odeur, sa colère.— Et
Il leva la main, effleura ma joue. Sa peau était chaude, rugueuse, vivante. Ses doigts tremblaient un peu.— J'aime comme on contemple une œuvre d'art. Avec patience. Avec douceur. Avec la certitude que la beauté ne se possède pas, elle se partage.— Laisse-moi te montrer, murmura-t-il.— Montrer quoi ?— Ce que ça fait d'être aimée. Vraiment.Il se pencha. Lentement. Très lentement. Il me laissa le temps de reculer, de dire non, de tourner la tête. Je ne fis rien. Je restai là, figée, le souffle coupé, le cœur en miettes.Ses lèvres effleurèrent les miennes. Un contact à peine, une promesse plus qu'un baiser. Puis il appuya doucement, ferma les yeux, et m'embrassa.Ce n'était pas comme la première fois. Ce n'était pas furtif, honteux, volé. C'était un bais
Je pensais à moi. À ce que je voulais vraiment, au fond, quand je fermais les yeux et que j'écoutais mon cœur.Et je n'avais pas de réponse. Pas de certitude. Pas de chemin tracé.Alors je fis ce que je faisais toujours quand je ne savais plus où aller. Je me levai. Je pris une douche brûlante, comme pour laver mes hésitations, mes mensonges, mes trahisons. L'eau coula sur ma peau, brûlante, presque douloureuse. Je fermai les yeux, laissai les larmes se mêler aux gouttes.Je m'habillai. Je ne me regardai pas dans le miroir. Je savais ce que j'y aurais vu – une menteuse, une femme qui allait faire ce qu'elle ne devrait pas faire. Une femme qui allait voir l'autre homme, encore une fois, malgré ses promesses, malgré sa culpabilité, malgré tout.Je pris mon manteau, mon sac, mes clés. Mes mains tremblaient. Mon cœur battait tr
Adriano : « Viens demain. À l'atelier. Juste pour parler. Je te le promets. »Je ne répondis pas. Je posai le téléphone sur mes genoux, laissai mon regard se perdre dans les lumières de la ville. Juste pour parler. Je le promets. Je connaissais cette promesse. Je l'avais faite moi-même, cent fois, à Matteo, à moi-même, à Dieu sait qui. Les promesses, ça se brisait. Comme le verre. Comme les cœurs.Je ne répondis pas. Mais je savais que j'irais.Je ne dormis pas de la nuit. Allongée à côté de Matteo, je fixais le plafond, les yeux grands ouverts dans le noir. Il avait tourné sur le côté à un moment, son bras passé autour de ma taille, son visage enfoui dans mes cheveux. Un geste machinal, inconscient, qui me déchira le cœur.Il m'aimait. Il m'aimait vraiment
AuréliaLes jours qui suivirent l'attaque du convoi furent un long brouillard, une traversée sans boussole dans un océan de doutes et de silences. Matteo était partout et nulle part à la fois – présent physiquement dans l'appartement, ses costumes sombres, ses pas lourds sur le parquet, mais son esprit ailleurs, bien ailleurs, à traquer Viktor, à organiser la riposte, à pleurer ses hommes morts. Je le voyais s'éloigner chaque jour un peu plus, comme un navire qui prend le large sans regarder derrière lui.Moi, je dérivais entre les murs de l'appartement, hantée par deux visages. Celui d'Adriano, d'abord – ses yeux verts, ses mains sales de terre, sa voix douce qui disait mon prénom comme s'il le découvrait pour la première fois. Et celui de la femme aux yeux clairs, cette inconnue qui souriait dans les visions, qui donnait les ordres
L’HOMME AU MANTEAUL’entreprêt, cette fois, n’est pas le même. C’est un garage souterrain, l’air saturé d’odeurs d’huile et d’essence. L’ampoule nue éclaire la scène d’une lumière blafarde, cruelle.Les deux hommes valides tiennent leurs compagnons blessés. L’un, celui qui avait eu le couteau, trem
Amélia Le sommeil qui nous avait engloutis était lourd, profond, tissé de l’épuisement des corps et de l’apaisement des âmes. Je me réveille en premier, ramenée à la surface par la caresse d’une lumière dorée qui me chauffe les paupières.Je ne bouge pas. Je respire.Sous ma joue, la chaleur vivan
Aurélia — Matteo…Son nom est une supplique, un ordre.Il lève les yeux vers moi, son visage entre mes cuisses. Ses yeux sont des braises noires.— Dis-le, exige-t-il, sa voix vibrante contre ma peau.— Je te veux. Maintenant. Tout de toi.Un grognement lui répond. Une vibration qui me traverse de
ArkadyLa pluie a cessé. Une aube grise et humide suinte sur les vitres du van, comme de la salive séchée. Je n’ai pas dormi. Le café dans mon gobelet est froid, amer. La brûlure du cigare non allumé sur ma langue, c’est mieux.Le van est un trou. Une tumeur dans la ruelle de service. Par la vitre,







