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Chapitre 5 : Le Piège de Velours

Author: Déesse
last update publish date: 2025-12-02 23:01:13

Clara

La salle de bain est encore emplie de la vapeur chaude de la douche d'Alyss. L'air est lourd, saturé de l'odeur de son gel douche, un parfum brut de bois et de menthe sauvage qui a maintenant imprégné l'espace sacré de Clara. Elle se tient devant le miroir, ses mains s'appuyant sur le marbre froid du lavabo. Son reflet lui renvoie l'image d'une inconnue. Les yeux sont cernés, mais brillent d'une lumière féroce et nouvelle. Ses lèvres sont légèrement gonflées. Sur son cou, une marque pourpre, un sceau violet déposé par la bouche d'Alyss dans l'ardeur de la nuit.

Elle devrait avoir honte. Elle devrait avoir peur.

Au lieu de cela,un calme étrange, froid et déterminé, l'habite. La décision est prise. L'alliance est scellée. Le chaos a été invité à la table, et il est temps de se mettre à manger, ou d'être dévoré.

Elle passe une robe noire, simple, coupée comme une armure. Elle attache ses cheveux en un chignon sévère. Chaque geste est ritualisé, une préparation au combat. Quand elle sort de la chambre, Alyss l'attend, adossée au cadre de la porte du salon. Vêtue de son jean et d'un sweat-shirt noir, elle a récupéré son pistolet, le glissant dans la ceinture, dans son dos.

— Tu as un plan ? demande Alyss, son regard parcourant la tenue de Clara avec une lueur d'approbation.

— Marco organise une réception ce soir. Pour "l'unité de la famille". Une mascarade. Il s'y sentira en sécurité, entouré de ses partisans.

— Donc nous le frappons là ? Au cœur de son propre camp ?

Un sourire presque imperceptible effleure les lèvres de Clara.

—Non. Ce serait un suicide. Nous allons lui offrir ce qu'il veut. Moi.

---

Alyss

---

Le plan est audacieux. Fou. Et c'est précisément pour cela qu'il pourrait marcher. Clara va se rendre à la réception, seule, apparemment vulnérable. Elle va affronter Marco, lui tendre une perche, lui faire croire qu'elle est prête à négocier, à capituler même. Le but : le pousser à une erreur. Le forcer à ordonner un mouvement précipité.

Et pendant ce temps, Alyss ne sera pas son ombre. Elle sera son épée, brandie dans l'obscurité.

— Il a un fils, explique Clara en lui tendant une photo sur sa tablette. Lorenzo. Arrogant, cruel, mais impatient. C'est la faille. Si Marco bouge contre moi publiquement, Lorenzo voudra en tirer toute la gloire. Il voudra être celui qui porte le coup final.

— Tu veux que je m'occupe de Lorenzo ?

— Je veux que tu le suives. Qu tu le prennes en filature. Quand Marco donnera l'ordre, Lorenzo voudra sûrement superviser l'opération lui-même. Tu le prendras sur le fait. Et tu le ramèneras à moi.

Alyss comprend. Ce n'est pas une exécution. C'est une capture. Une prise d'otage de grande valeur. Une preuve vivante de la trahison de Marco, et un levier.

— Tu veux que je le ramène vivant ? précise-t-elle, une nuance de déception dans la voix.

Clara s'approche, son regard perçant.

—Je veux qu'il soit en état de parler. Le reste n'a pas d'importance.

Un frisson de plaisir anticipé parcourt Alyss. Les limites sont claires. La créativité est permise.

— D'accord. Mais toi, là-bas, seule… tu seras une cible.

— Je le suis déjà, répond Clara avec un calme déconcertant. Mais cette fois, la cible a des dents. Et un fauve dans l'ombre.

Leurs regards se rencontrent, et le pacte est réaffirmé sans un mot. La confiance est un luxe qu'elles ne peuvent pas se payer, mais la nécessité est un lien tout aussi puissant.

---

Clara

---

La demeure des Morano est un palais de marbre blanc et de dorures, baigné de lumière et du son feutré d'un quatuor à cordes. Clara y pénètre, la tête haute, chaque pas un défi. Les conversations s'éteignent sur son passage. Les regards sont un mélange de peur, de pitié et de mépris.

Marco l'accueille avec un large sourire, les bras ouverts. Un ours en costume de soie.

—Ma chère nièce ! Je suis si heureux que tu aies pu venir. Après les… événements récents, nous craignions pour ta sécurité.

— L'ennemi est plus proche qu'on ne le pense, oncle, répond Clara en lui serrant la main, sa poigne ferme. Mais je suis plus dure à tuer que je n'en ai l'air.

Le sourire de Marco se fige une micro-seconde. Puis il éclate de rire, un rire forcé.

—Toujours l'esprit vif ! Viens, parlons affaires. En privé.

Il l'entraîne vers son bureau, loin des oreilles indiscrètes. La pièce est tapissée de livres rares et sent le cigare et le vieux bois. La trappe est en place.

---

Alyss

---

Dehors, dissimulée dans un fourgon garé en face du manoir, Alyss observe les écrans. Des caméras cachées sur les vêtements de Clara lui transmettent des images saccadées. Elle voit le visage de Marco, gras et satisfait. Elle entend sa voix, pleine de fausse sollicitude.

— Tu as été téméraire, Clara. Ton père n'aurait jamais pris de tels risques. Cette histoire de dépôt… une perte considérable.

— Les pertes peuvent être surmontées. La trahison, non.

Sur l'écran, Alyss voit Lorenzo, le fils, rôder près de la porte du bureau, écoutant la conversation. Il est nerveux. Il tripote son téléphone. C'est le signal.

Elle démarre le fourgon sans bruit et le suit à distance alors qu'il quitte la propriété dans une sportive bruyante, confiant et arrogant. Le lièvre est lâché. La chasse peut commencer.

---

Clara

---

Dans le bureau, le vrai jeu commence.

—Tu es jeune, Clara. Impétueuse. L'empire a besoin de stabilité. De la main d'un homme, insinue Marco en se versant un verre de brandy.

— L'empire a besoin de force, oncle. Et je suis prête à tout pour le préserver. Même à des alliances… inattendues.

Elle le regarde droit dans les yeux, laissant planer le sous-entendu. Quelles alliances ? Avec qui ? Elle voit la curiosité et la méfiance se mêler dans son regard.

— Des alliances ? Tu as toujours travaillé seule.

— Les temps changent. Peut-être que nous pourrions trouver un terrain d'entente, toi et moi. Une trêve.

C'est le leurre. L'offre de paix qu'il ne croira pas, mais qui le fera douter. Qui le poussera à agir vite, avant qu'elle ne consolide ce qu'il croit être une nouvelle puissance.

Son téléphone vibre dans sa poche. Un message codé d'Alyss.

—Le lièvre est au terrier.

Lorenzo est arrivé à destination. L'endroit où il pense superviser l'enlèvement ou l'assassinat de Clara. Le piège est sur le point de se refermer.

Clara se lève, un sourire glacial aux lèvres.

—Réfléchis-y, oncle. Pour le bien de la famille.

Elle quitte la pièce, laissant Marco, déconcerté et soupçonneux, derrière elle. Elle marche dans le couloir, sentant les regards hostiles la transpercer. Elle est seule, au milieu des loups.

Mais pour la première fois, elle n'a pas peur. Parce que dans l'ombre, sa lame personnelle est déjà en train de frapper.

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