Home / Mafia / OMBRE ET FUREUR / Chapitre 4 : Les Cicatrices de l'Aube

Share

Chapitre 4 : Les Cicatrices de l'Aube

Author: Déesse
last update Last Updated: 2025-12-02 23:00:37

Alyss

Le premier rayon de soleil perce les immenses baies vitrées du penthouse, striant de lumière dorée les corps enlacés sur le sol du salon. Des vêtements épars, un vase renversé, un pistolet oublié près du canapé. Les preuves d'une nuit de passion et de violence.

Alyss est déjà réveillée. Allongée sur le dos, elle observe le profil de Clara endormie contre son épaule. Le visage de la mafieuse, détendu par le sommeil, a perdu sa froideur habituelle. Elle paraît plus jeune, vulnérable. Une mèche de cheveux noirs barre sa joue. Alyss résiste à l'envie de la repousser.

Sa propre peau est un catalogue de leurs étreintes : des marques rouges sur ses bras, ses hanches, là où les ongles de Clara se sont enfoncés, cherchant à s'accrocher, à posséder. Sur son épaule, une fine entaille, souvenir du verre brisé du vase qu'elles ont renversé dans leur chute. Ce n'était pas de la tendresse. C'était une conflagration. Un besoin animal de se proumer qu'elles étaient vivantes après avoir frôlé la mort.

Son esprit, pourtant, est déjà en alerte. Elle calcule. Marco va savoir que son équipe a échoué. Il va savoir que Clara est toujours en vie, et protégée. La suite sera plus violente. Plus définitive.

Clara bouge, un gémissement étouffé s'échappant de ses lèvres. Ses yeux s'ouvrent, et pendant une fraction de seconde, c'est la confusion. Puis la réalité revient, en une vague froide. Alyss voit les remparts se reconstruire dans son regard. La muraille de glace se reforme, brique par brique.

---

Clara

---

La première sensation est la chaleur. La chaleur du corps contre le sien. Puis l'odeur. Le cuir, la sueur, le sexe. Et le sang.

Ses yeux s'ouvrent. Elle voit le plafond familier de son salon, la lumière crue de l'aube qui révèle le désastre. Et elle voit Alyss. Son regard clair, lucide, déjà ancré dans la réalité dont Clara voudrait pouvoir s'extraire.

La honte l'envahit d'abord, brûlante et acide. Elle s'est jetée sur cette femme, cette tueuse, comme une bête. Elle a perdu le contrôle. Elle a montré sa faiblesse, sa peur, son besoin.

Puis, la peur est remplacée par une froide résolution. Elle se redresse, s'éloignant du contact d'Alyss, ramassant son peignoir de soie déchiré pour se couvrir. La soie froide contre sa peau chaude est un choc.

— Il faut que tu partes, dit-elle, la voix rauque, encore empreinte de la nuit.

Elle ne la regarde pas. Elle ne peut pas. Si elle la regarde, elle risque de se souvenir. De vouloir.

— Marco va riposter. Il va falloir agir en premier.

La voix d'Alyss est calme, pratique. Elle ne s'offusque pas du rejet. Elle l'avait anticipé.

Clara se retourne enfin, son visage redevenu un masque de pierre.

—"Agir" ? Tu as déjà fait assez de dégâts.

— Les dégâts, c'était eux, dans le couloir. Moi, je vous ai sauvé la vie. Et ce n'était pas dans le contrat.

Leurs regards se croisent, un duel silencieux. Le souvenir de la nuit passe entre elles, palpable, électrique. Clara serre les dents.

— Qu'est-ce que tu veux ? De l'argent ? Plus d'argent ?

—Je croyais que c'était clair. Je veux une alliance. Je veux être à vos côtés. Pas dans votre lit. Sur le champ de bataille.

Alyss se lève, nue, indifférente à sa propre nudité. Elle marche vers la fenêtre, contemplant la ville qui s'éveille. Son dos est un tissu de muscles tendus et de fines cicatrices blanches. Une carte des batailles passées.

— Vous ne pouvez pas gagner cette guerre seule, Clara. Vos hommes vous trahissent. Votre famille veut votre mort. Vous avez besoin de quelqu'un qui n'a rien à perdre. Qui n'a de loyauté qu'envers vous.

— Et pourquoi cette loyauté ? crache Clara. Pourquoi moi ?

Alyss se retourne, son regard planté dans celui de Clara.

—Parce que vous regardez l'abîme sans cligner des yeux. Parce que vous avez peur, mais vous avancez quand même. Et parce que… personne ne m'a jamais regardée comme vous l'avez fait hier soir. Pas comme un monstre. Pas comme un outil. Comme un égal. Comme un miroir.

Les mots frappent Clara en plein cœur. Ils résonnent avec une vérité qu'elle ne peut nier. Dans le chaos de la nuit, elle n'avait pas vu une tueuse. Elle avait vu une femme aussi brisée et dangereuse qu'elle.

Elle s'approche, s'arrêtant à quelques centimètres d'Alyss. Elle lève une main et effleure la cicatrice sur son épaule, là où la lame l'a touchée.

— Ça fait mal ?

—Non. C'est juste une cicatrice.

Clara laisse ses doigts glisser le long du bras d'Alyss, jusqu'à sa main. Elle sent les callosités, la force brute contenue.

— Tu as raison. Marco va frapper plus fort. Il va viser ce que j'aime.

— Aimez-vous quelque chose ? demande Alyss, sincèrement curieuse.

Un sourire froid et triste étire les lèvres de Clara.

—Mon empire. Mon pouvoir. C'est tout ce qui me reste.

— Alors protégeons-le. Ensemble.

Leurs mains se serrent. Ce n'est pas une étreinte amoureuse. C'est un pacte. Scellé dans le sang et le désir. Un pacte qui sent la poudre et la trahison.

Clara se détourne et marche vers son bureau. L'instant de vulnérabilité est passé. La chef est de retour.

—Prends une douche. Habille-toi. Nous avons un oncle à voir.

Alors qu'Alyss disparaît dans la salle de bain, Clara reste immobile, les doigts serrés sur le bord du bureau. Elle vient d'inviter le loup dans la bergerie. Et une partie d'elle, une partie sombre et excitée, a hâte de voir combien de sang ils vont verser ensemble.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • OMBRE ET FUREUR    CHAPITRE 55 : Fin

    AlyssProtocole Oméga. L’asset Clara est priorité absolue. Neutralisation autorisée.Mon sang se fige dans mes veines.Non. Ils ne l’ont pas repérée. Ils ne peuvent pas.Coordonnées transmises. Elle est sur le toit nord-est. Engager.C’est un mensonge. Ça doit être un mensonge. Un piège pour me déstabiliser.Mais si c’est vrai…Je risque un œil par-dessus l’épave. Vers le toit nord-est. Rien. Juste du béton et du ciel.Et puis je la vois. Un mouvement. Un reflet. Clara. Pas cachée. Presque… exposée.Elle ne me regarde pas. Elle regarde le bâtiment du sniper.Compréhension foudroyante.Elle n’est pas là pour fuir. Elle est là pour se battre. Elle est là pour moi.L’ordre rationnel, la stratégie, tout s’effondre. Il ne reste qu’une impulsion brute, primitive, plus forte que tous les programmes.Protéger.---ClaraJe l’ai vu dans ses yeux, l’instant où elle m’a vue. La panique. La fureur. L’abandon complet du plan.Parfait.Maintenant, ils ont deux assets incontrôlables sur le terrain.

  • OMBRE ET FUREUR    CHAPITRE 53 : LE LEURRE

    ClaraLe réveil est un choc de solitude.La couverture est froide de son absence. L’empreinte de son corps dans la poussière à côté de moi est déjà presque effacée par le vent qui s’engouffre par les fissures du phare. Je m’assois d’un coup, le cœur battant la chamade, les yeux cherchant frénétiquement la forme familière, la coupe sévère de ses cheveux, l’éclat de son regard gris.Rien.Il n’y a que le silence, trop lourd, et le grondement lointain de l’océan qui semble maintenant être une menace.— Alyss ?Mon propre voix est rauque, fêlée par la nuit, par tout ce qui s’est passé. Elle résonne dans les ruines et me revient, vide.Je me lève, la couverture tombant de mes épaules. Le froid me mord la peau nue. Je la cherche du regard, appelant plus fort, un début de panique nouant mes entrailles. C’est alors que je la vois.Posé sur le bloc de béton, comme une offrande, un objet de malédiction.La clé USB.Enveloppée d’un morceau de métal tordu, de papier griffonné.Mes doigts tremblen

  • OMBRE ET FUREUR    Chapitre 52

    AlyssLe soleil se lève sur la jetée.Il colore le béton fissuré en or pâle, transforme les éclats de verre brisé en diamants éphémères. Le vent vient de l'est, chargé de l'odeur du sel, du pétrole lointain, et de quelque chose de nouveau. De l'air frais. De l'air libre.Je suis assise sur un bloc de béton effondré, les genoux ramenés contre ma poitrine. Clara dort encore, enroulée dans notre dernière couverture, à l'abri de ce qui reste du phare. Son sommeil est profond, paisible. Pour la première fois depuis que je la connais, son visage ne porte aucune tension. Aucune ombre.Mes mains tremblent légèrement.Ce n'est pas du froid.C'est de la résolution.Les souvenirs sont revenus cette nuit, pas en fragments, mais en torrent. Le flot s'est brisé contre la digue que son corps, sa présence, avait créée. Je me souviens de tout. Des couloirs blancs. Des aiguilles. Des visages sans âme derrière les miroirs sans tain. Des ordres murmurés. Des missions exécutées.Et je me souviens de la fa

  • OMBRE ET FUREUR    CHAPITRE 51 : LA CARTE ET LA CICATRICE 3

    AlyssLa lueur du feu danse sur le visage de Clara, dans ses yeux. Elle regarde les flammes, perdue dans ses pensées. Elle a ôté sa veste. Le col de son t-shirt est légèrement échancré. Je vois le battement rapide de son pouls à la base de sa gorge.La peur, l’adrénaline, la proximité constante de la mort… tout cela a créé en moi une charge électrique, un besoin animal qui dépasse la pensée. C’est un besoin de me sentir vivante, ancrée, réelle. De faire taire le bourdonnement des souvenirs naissants et la froide détermination de la vengeance par la chaleur, par la sensation pure.Mon regard sur elle doit changer, devenir plus intense, plus sombre. Elle le sent. Elle tourne la tête vers moi, et son souffle se bloque. Elle voit ce qui se passe en moi. La tempête.— Alyss… souffle-t-elle.Ce n’est pas une protestation. C’est une reconnaissance.Je ne dis rien. Je me lève, je marche jusqu’à elle, et je m’agenouille dans la poussière, entre ses jambes. Je pose mes mains sur ses cuisses, à

  • OMBRE ET FUREUR    CHAPITRE 50 : LA CARTE ET LA CICATRICE 2

    AlyssPas de lettres. Pas d’explications. Juste ces fragments.— Des indices, murmure Clara, penchée pour regarder. Le phare… la clé… le tissu. Qu’est-ce que ça veut dire ?— Des lieux. Des objets. Des preuves, peut-être. La fiole… Le « Catalyseur ». Ça doit être lié au sérum. Pour déclencher les souvenirs.Je la retourne dans ma main. Vide. Samira ne m’a pas donné le moyen de contrôler le processus. Juste la preuve qu’il existe.Je pose les objets sur le lit. Mon regard est attiré par le morceau de velours bleu. Sa couleur… elle me parle. Elle évoque une sensation lointaine, un sentiment de sécurité, de douceur. Une couverture ? Un doudou ? Je tends la main, effleure le tissu du bout des doigts.Une décharge électrique me parcourt, pas douloureuse, mais vive, profonde.Une chanson. Une voix basse, douce, qui fredonne une mélodie sans paroles. L’odeur du savon à la lavande. La sensation du velours contre ma joue. La lumière tamisée d’une lampe de chevet en forme de lune…La vision – l

  • OMBRE ET FUREUR    CHAPITRE 49 : LA CARTE ET LA CICATRICE

    AlyssL’aube vient, sale et grise. Elle filtre à travers la vitre encrassée, découpant des rectangles pâles sur le sol nu et sur nos corps enlacés. Clara dort, sa respiration calme et profonde contre mon cou. Ses doigts sont encore entrelacés aux miens, même dans le sommeil. Une prise ferme. Une ancre.Je ne dors pas. Mes yeux sont grands ouverts, fixant la fissure au plafond, le même chemin tortueux depuis des heures. Le sachet de soie et la photographie sont posés sur la table de chevet, deux talismans silencieux qui pèsent plus lourd que le monde.L’héritage. La mémoire empoisonnée.Les mots de Samira tournent en moi, une boucle infernale. Les souvenirs sont en toi. Ils n’attendent qu’un déclencheur. Un sérum mnémonique. Ma propre mère a fait de mon crâne une chambre forte, de mes synapses une archive sacrifiée. Pour le bien de tous ? Pour l’expier sa culpabilité ? Je ne sais pas. Je ne veux pas savoir.Mais Clara… Elle a dit vrai sur ce point. Clara est la preuve. La faille. L’Ins

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status