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La nuit est longue.
Très longue.
Nous avons installé Kael dans une chambre d'ami. Dorian a fait venir un médecin, un vieil homme qui soigne les créatures de la nuit sans poser de questions. Il a travaillé des heures sur la plaie, nettoyant, recousant, priant.
— La blessure est profonde, a-t-il dit. Il a perdu beaucoup de sang. Je ne peux pas garantir...
— Vous allez le sauver, a dit Dorian. Ce
MiaKael dort.Il a dormi tout le jour, et maintenant la nuit tombe sur le manoir. Les serviteurs ont nettoyé les traces du combat. Les morts ont été enterrés. Mais l'odeur du sang flotte encore dans l'air, tenace, comme un fantôme qu'on n'arrive pas à chasser.Je suis assise près de son lit.Il a la fièvre. Le médecin a dit que c'était normal, que son corps se battait contre l'infection, que le sang de vampire qu'on lui a transfusé faisait son travail. Mais je vois les plis de douleur sur son visage, les cernes sous ses yeux, la pâleur de ses lèvres.Je lui prends la main. Elle est brûlante.— Kael, murmurais-je. Tu m'entends ?Il ne répond pas. Ses paupières frémissent, mais ne s'ouvrent pas.— Je voulais te dire merci. Pas celui d'hier, celui de l'adrénaline. Un vrai merci. Du fond du cœur.Je serre ses doigts.— Tu as risqué ta vie pour moi. Tu as pris une épée pour moi. Tu as saigné pour moi. Et je ne saurai jamais comment te rendre ça.— Alors ne rends rien.Sa voix est à peine
MiaLa nuit est longue.Très longue.Nous avons installé Kael dans une chambre d'ami. Dorian a fait venir un médecin, un vieil homme qui soigne les créatures de la nuit sans poser de questions. Il a travaillé des heures sur la plaie, nettoyant, recousant, priant.— La blessure est profonde, a-t-il dit. Il a perdu beaucoup de sang. Je ne peux pas garantir...— Vous allez le sauver, a dit Dorian. Ce n'est pas une demande.Le médecin a hoché la tête et a continué à travailler.Maintenant, il est parti. Kael est allongé dans le lit, ses yeux fermés, son visage blanc comme la mort. Des bandages couvrent son torse. Une perfusion de sang coule dans ses veines. Du sang de vampire. Le seul qui peut le sauver.Dorian est assis près de lui. Il ne bouge pas. Il ne parle pas. Il regarde son ami comme s'il pouvait le ramener &a
MiaIls arrivent à la tombée de la nuit.Je suis dans la bibliothèque quand j'entends le premier cri. Un cri de douleur. De surprise. De mort.Je me lève. Mon livre tombe par terre. Je cours vers la fenêtre.La cour d'entraînement est envahie.Des silhouettes noires, vêtues d'uniformes gris, armées d'épées et de croix. L'Ordre. Ils sont là. Dans notre maison.— Mia !La voix de Dorian résonne dans le hall. Je sors de la bibliothèque. Il court vers moi, une épée à la main, son visage déformé par une rage que je ne lui ai jamais vue.— Monte dans ta chambre. Barre la porte. Ne sors pas.— Je peux me battre.— Non. Pas cette fois. Pas contre eux.— Dorian...— FAIS CE QUE JE TE DIS.Il me pousse presque dans l'escalier. Je gri
— Je suis jaloux de tout. De son regard. De sa voix. De ses mains qui t'ont touchée. De ses lèvres qui ont dit ton nom.— Alors tu me punis.— Je me punis.— En m'évitant ?— En essayant de ne pas être ce monstre qui veut t'enfermer dans une tour pour que personne d'autre ne te voie.— Mais en m'évitant, tu me fais plus de mal que ton tigre ne pourrait m'en faire.Il me regarde. Ses yeux sont douloureux.— Mia...— Tu me punis, Dorian. Pour avoir été gentille. Pour avoir parlé à un ami. Pour avoir existé dans un monde où d'autres hommes peuvent me voir, me parler, me frôler.— Ce n'est pas ce que...— SI. C'est exactement ce que tu fais. Tu me punis parce que je ne suis pas invisible. Parce que je ne suis pas qu'à toi. Parce que je suis une femme qui exi
Il ferme les yeux.— Mia...— Je t'ai vu avec Liliana, ce matin. Dans le jardin. Elle t'a dit quelque chose. Quelque chose qui te hante.— Non.— Alors quoi ?— Elle m'a dit qu'elle serait toujours là. Qu'elle attendrait. Que deux cents ans n'étaient rien comparés à l'éternité.— Et toi ? Qu'est-ce que tu lui as répondu ?— Que j'avais trouvé ce que je cherchais.— Alors pourquoi tu es comme ça ?— Parce que je me demande si je mérite ce que j'ai trouvé. Parce que je me demande si je ne vais pas tout détruire par ma jalousie. Parce que je me demande si tu ne finiras pas par me haïr.— Je ne te haïrai jamais.— Tu dis ça maintenant.— Je le dirai toujours.Il me regarde enfin. Vraiment. Ses yeux sont fatigu&eac
Il se lève. Nu, sans aucune gêne, il traverse la chambre pour prendre sa chemise sur un fauteuil.— Je ne veux pas être cet homme, dit-il en l'enfilant. Je ne veux pas être celui qui dicte tes fréquentations, qui contrôle tes amitiés, qui te coupe du monde.— Alors ne le sois pas.— Je ne peux pas m'en empêcher. C'est plus fort que moi.Il se retourne. Ses mains tremblent en boutonnant sa chemise.— Quand je t'ai vue dans la forêt avec lui, riant, complice... j'ai voulu le tuer.— Dorian...— Pas parce que je pensais que tu me trompais. Mais parce qu'il te faisait rire. Parce qu'il te rendait heureuse. Parce que pendant un instant, tu as eu ce sourire que je croyais réservé pour moi.— Ce sourire, c'était pour l'entraînement. Pour la progression. Pour la fierté de me sentir plus fort







