MasukChapitre 31 ZoéSix mois plus tardLa petite église de Saint-Jean est pleine de lumière.Les rayons du soleil couchant passent à travers les vitraux, dessinent des taches de couleur sur le sol de pierre, sur les bancs de bois, sur les visages des invités. Des fleurs blanches partout, des roses, des pivoines, cette odeur douce qui emplit l'air.Je suis dans la sacristie, en robe blanche.Pas une robe de princesse. Simple. Longue. Dentelle fine sur les épaules, taille haute qui cache à peine mon ventre rond. Cinq mois et demi. Le bébé s'est invité à la fête.— T'es belle, murmure une voix derrière moi.Je me retourne. Mon père est là, dans son costume gris, les yeux brillants.— Papa...— Ma petite fille. Qui se marie.Il s'approche, prend mes mains.— T'es sûre ?— Plus que tout.— Même avec ce fou ?Je ris.— Surtout avec ce fou.Il me serre contre lui. Longtemps. Fort.— Je suis fier de toi, chuchote-t-il. Et ta mère serait fière aussi.Les larmes montent. Je les retiens.— Merci, p
Chapitre 30ZoéOn est dans le salon.Max est sur le canapé, moi blottie contre lui. Thomas vient de monter se coucher après un long câlin et un dessin offert "pour que vous soyez guéris tous les deux". La télé murmure un programme qu'on regarde pas. La maison est calme.Trop calme.— Il arrive bientôt, je murmure.— Je sais.— T'as peur ?— Oui.— Moi aussi.Il passe sa main dans mes cheveux, m'embrasse le front.— Quoi qu'il arrive, je t'aime.— Je t'aime aussi.On reste silencieux, à écouter les bruits de la nuit. Le vent dans les arbres, le réfrigérateur qui ronronne, nos cœurs qui battent trop fort.Soudain, des phares dans l'allée.Une voiture. Portière qui claque. Pas lourds, rapides, furieux sur le gravier.Mon père.La porte d'entrée s'ouvre à la volée. Elle était pas verrouillée. On a oublié. Ou peut-être qu'on savait que ça servait à rien.Il est là.Stéphane Morel. Mon père. Cinquante-deux ans, le visage rouge de colère, les yeux fous, les poings serrés. Il nous regarde, s
Chapitre 29ZoéJe suis dans mon lit, les yeux ouverts, fixant le plafond comme je le fais depuis une semaine. Le soleil entre par la fenêtre, dessine des ombres sur le mur. Un nouveau jour. Une nouvelle journée à faire semblant.Des pas dans l'escalier.Je reconnais les siens. Lourds, lents, hésitants. Il s'arrête devant ma porte.Je retiens mon souffle.Il frappe. Trois coups. Doux.— Zoé ?Sa voix. Grave, rauque. Fatiguée.Je réponds pas. Comme depuis huit jours.— S'il te plaît... ouvre. Il faut que je te parle.Rien.— Je resterai pas là si tu veux pas. Mais juste... cinq minutes. S'il te plaît.Son "s'il te plaît" me déchire le cœur. Je ferme les yeux, respire un grand coup.Puis je me lève.J'ouvre la porte.Il est là. Devant moi. Barbe de trois jours, yeux cernés, traits tirés. Il a pas dû dormir plus que moi. Son sweat est froissé, ses cheveux en bataille. Il tient quelque chose dans sa main – une tasse de café, pour moi.— Salut, dit-il doucement.— Salut.Silence. Il me reg
Chapitre 28ZoéJe suis restée cloîtrée dans ma chambre toute la journée.Le ventre vide, les yeux secs à force d'avoir pleuré, le corps lourd comme si on m'avait retiré tous les os. J'ai pas mangé. J'ai pas bu. J'ai juste regardé le plafond en écoutant les bruits de la maison.Max qui prépare le petit déjeuner. Max qui parle à Thomas. Max qui monte l'escalier, qui s'arrête devant ma porte, qui repart.Il a frappé trois fois ce matin. J'ai pas répondu.Thomas frappe à ma porte.— Zoé ? T'es malade ?Sa petite voix à travers le bois. Je me redresse sur le lit, le cœur serré.— Oui, mon cœur. Je suis un peu malade.— Tu veux que je te fasse un dessin ? Ça guérit, les dessins.Les larmes me montent aux yeux.— Avec plaisir.— Je te le glisse sous la porte, d'accord ?— D'accord.Un bout de papier apparaît. Je me lève, le ramasse. Un bonhomme avec des cheveux longs, un sourire immense, et un soleil à côté. Au-dessus, écrit en lettres maladroites : Pour Zoé, pour guérir vite.Je colle le d
Chapitre 27ZoéJe me réveille en sursaut.La chambre est plongée dans l'obscurité, juste un rai de lumière qui filtre par les rideaux. La place à côté de moi est vide. Froide.Je me redresse, cligne des yeux. Et je le vois.Max est assis dans le fauteuil près de la fenêtre, torse nu, les coudes sur les genoux, la tête baissée. Il fixe le sol sans le voir. Ses épaules sont tendues, ses mains pendent entre ses cuisses.— Max ?Il lève la tête. Ses yeux sont fatigués, cernés. Il a dû passer des heures comme ça.— Pourquoi tu dors pas ?— Je réfléchissais.Je repousse les draps, m'assois au bord du lit.— À quoi ?Il hésite. Puis il dit :— À ton père.Mon ventre se serre.— Il rentre dans dix jours, Zoé. Dix jours et il sera là. Et après... comment on fait ?— On lui dit.— On lui dit quoi ? Que je baise sa fille depuis trois semaines ? Que je l'ai regardée grandir et que j'ai pas su résister ?Sa voix est dure. Pas contre moi. Contre lui.— On lui dit la vérité, je réponds. Qu'on est e
Chapitre 26ZOÉL'eau avait perdu sa chaleur, devenant juste assez fraîche pour me faire frissonner contre lui. C'était le signal. Sans un mot, Max se redressa, me prenant par la taille et me soulevant hors de la baignoire avec une facilité qui me fit sentir à la fois fragile et précieuse. Mes pieds touchèrent le carrelage froid et je tressaillis, mes cheveux dégoulinant sur mes épaules. Il attrapa une grande serviette éponge, blanche et incroyablement douce, et m'enveloppa dedans. Le tissu absorbait l'humidité de ma peau, réchauffant mes membres engourdis. Il me frictionna doucement, ses mains se déplaçant sur mon dos, mes bras, mes jambes, un geste à la fois prosaïque et incroyablement intime. Chaque contact de ses doigts à travers la serviette était une caresse, une promesse.Il me prit par la main et me guida hors de la salle de bain, laissant derrière nous l'air saturé de vapeur et l'odeur de notre bain. La chambre était baignée d'une lumière tamisée, seule la petite lampe de che
Chapitre 19LE POINT DE VUE DE MAYAIl s'était arrêté une fraction de seconde, ce temps imperceptible de quelqu'un qui reconnaît et qui recalibre et puis il avait continué vers nous avec ce pas régulier, cette présence qui précédait les mots, et ses yeux gris-vert étaient sur moi avec quelque chose
Chapitre 18Du point de vue de MayaLe restaurant de Léa était toujours parfait.Elle avait ce talent trouver les endroits avant tout le monde, ces petites salles italiennes avec des nappes en papier et des bougies dans des bouteilles de vin et une carte qui tenait sur un seul côté d'une feuille A4
Chapitre 17LE POINT DE VUE DE MAYA"Je pensais à toi.""Je sais. Moi aussi."L'écran affiche un nouveau message. « Enlève ta culotte. »Les mots restent là, simples, impérieux. Je cligne des yeux, relisant la phrase deux fois, persuadée d'avoir mal compris. Mon cœur s'emballe soudainement, un coup
CHAPITRE 16 LE POINT DE VUE DE MayaJe l'avais enregistré sous A. Pas "ADRIAN" . Juste "A " comme si réduire son nom à une lettre le rendait moins réel, moins permanent, moins quelque chose que j'avais délibérément choisi de garder dans mon téléphone. Une lettre, c'était provisoire. Une lettre, ç







