LOGINIl réfléchit. Je vois les pensées qui s'agitent derrière son front, comme des poissons dans un aquarium. Il pèse le pour et le contre. Il cherche le piège. Il ne le trouvera pas, parce que le piège n'est pas là où il le cherche.
— Et la femme ? Et le gosse ?
— Une fois Dario mort, ils ne seront plus un problème. Elle ne sait rien de ses affaires. Elle ne représente aucune menac
Sa voix est rauque. Chargée. Elle me traverse comme une décharge électrique, fait vibrer quelque chose au plus profond de moi.— Oui ?— Regarde-moi.Je pose le couteau. Lentement. Je prends une inspiration. Et je me retourne.Il est là, appuyé contre le chambranle de la porte. Les bras croisés, les manches relevées jusqu'aux coudes, ses avant-bras musclés où je vois les veines, les cicatrices, la vie violente qu'il a menée. Ses yeux noirs plantés dans les miens, intenses, dévorants.— Qu'est-ce qu'il y a ?— Tu sais très bien ce qu'il y a.Son regard glisse sur moi. Mon cou. Mes épaules. Ma poitrine. Mes hanches. Il me déshabille sans bouger, sans un geste, juste avec cette intensité qui me brûle la peau, qui me donne l'impression d'être nue devant lui.— Leo n'
Il chante. Sa petite voix fausse et joyeuse remplit l'appartement. Une chanson sur un escargot qui part en voyage, qui rencontre une limace, qui tombe amoureux. Les paroles sont absurdes, la mélodie est simple, mais Leo y met tellement de cœur que c'en est bouleversant.Dario écoute, les yeux brillants. Je vois ses mains se crisper sur la table, ses mâchoires se serrer. Il lutte contre l'émotion. Il lutte contre tout ce qu'il a manqué, toutes ces années où il n'était pas là, toutes ces chansons qu'il n'a pas entendues.Je les regarde tous les deux, et je me dis que c'est ça, le bonheur. Pas les grands discours. Pas les déclarations. Juste une pizza, une chanson d'escargot, et les gens qu'on aime.Leo s'arrête de chanter. Il regarde Dario avec cette intensité qui n'appartient qu'aux enfants, cette capacité à poser les questions les plus simples et les plus
IsabellaLe dîner est une catastrophe.Je regarde Dario dans la cuisine, et c'est comme regarder un ours essayer de faire de la dentelle. Il est grand, massif, maladroit, et complètement perdu devant mes casseroles. Ses mains, ces mains qui ont tenu des armes, qui ont signé des condamnations, qui ont fait couler le sang, ne savent pas quoi faire d'une simple boîte de pâtes.— Tu es sûr de vouloir faire ça ?— Oui. Je veux cuisiner pour vous.Sa voix est déterminée. Presque butée. Comme si la réussite de ce dîner était une question de vie ou de mort. Et peut-être que pour lui, ça l'est. Peut-être que ce repas représente tout ce qu'il essaie de devenir. Un homme normal. Un père normal. Un compagnon normal.— Tu sais cuisiner ?Un silence. Il baisse les yeux sur la boîte de pât
Il réfléchit. Je vois les pensées qui s'agitent derrière son front, comme des poissons dans un aquarium. Il pèse le pour et le contre. Il cherche le piège. Il ne le trouvera pas, parce que le piège n'est pas là où il le cherche.— Et la femme ? Et le gosse ?— Une fois Dario mort, ils ne seront plus un problème. Elle ne sait rien de ses affaires. Elle ne représente aucune menace. On les laisse tranquilles.— Pourquoi ? Pourquoi prendre ce risque ? Ils pourraient parler. Ils pourraient chercher à se venger.— Parle-t-elle ? À qui ? À la police ? Elle est la femme d'un mafieux, Alessio. Elle a fui il y a sept ans, et elle n'a jamais rien dit à personne. Elle a protégé son fils, elle a protégé son secret. Elle ne parlera pas. Et se venger ? Regarde-la. Regarde ses yeux. Ce n'est pas une tue
Je sors de la voiture. La pluie s'est intensifiée, des gouttes froides qui frappent mon visage, qui ruissellent sur mon manteau. Je ne porte pas de parapluie. Je n'en ai jamais porté. La pluie ne me dérange pas. Elle lave. Elle purifie. Elle efface les traces.Je traverse la rue et j'entre dans le parc par une porte latérale. Les allées sont désertes à cette heure, seulement éclairées par de vieux lampadaires qui diffusent une lumière jaunâtre, presque maladive. Les arbres sont nus, leurs branches noires qui se découpent sur le ciel comme des doigts squelettiques. Les feuilles mortes jonchent le sol, détrempées par la pluie, formant un tapis brunâtre qui colle aux semelles.Je marche lentement, sans me presser. J'aime cette atmosphère. Le silence. La solitude. L'impression d'être le seul être vivant dans un monde endormi. C'est dans ce
ViktorJe regarde les photos étalées sur mon bureau.Des clichés granuleux, pris au téléobjectif, qui sentent l'amateur. Mais le contenu, lui, est précieux. Dario DeLuca en train de sourire. Dario DeLuca en train de tenir la main d'un enfant. Dario DeLuca en train d'embrasser une femme sur le pas d'une porte.Vulnérable.Le mot tourne dans ma tête comme une pièce d'or qu'on fait rouler entre ses doigts. Je le répète à voix basse, pour moi seul, pour en goûter toute la saveur. Vulnérable. Dario DeLuca, le fantôme, l'homme que personne n'arrivait à trouver, qui vivait dans l'ombre depuis sept ans, et le voilà qui s'expose comme un touriste. Pour une femme. Pour un gosse.C'est presque insultant.Je prends une des photos et je l'étudie de plus près. Elle a été prise il y a trois jours, devant l'école du gamin. Dario est accroupi à hauteur d'enfant, ses yeux noirs plongés dans ceux du petit, et il sourit. Il sourit vraiment. Pas ce rictus carnassier qu'il arbore quand il négocie une affai
La rue est vide.Bien sûr qu'elle est vide. Il n'est pas là. Il est à l'hôtel Regina, à attendre que je revienne. Et cette absence, que j'ai tant désirée pendant des mois, me semble soudain insupportable.Je prends mon télé
Il dit ça comme un serment.— Plus jamais je ne te laisserai partir. Plus jamais je ne te ferai attendre. Plus jamais..Je l'interromps d'un baiser. Assez de promesses. Assez de mots. J'ai besoin de lui, maintenant, tout de suite, au plus profond de moi.Ma main
IsabellaL'ascenseur monte trop lentement.Mon reflet dans la porte en cuivre est celui d'une étrangère. Les mêmes yeux, les mêmes cheveux tirés en arrière, mais quelque chose a basculé. Quelque chose que je ne pourrai pas réparer si je fais marche arrière.Le chiffre 4 s'allume.Les portes s'ouvre
Je n'ai pas répondu à ses lettres. Je n'ai pas décroché quand il appelait, ces premiers mois. J'ai choisi le silence, moi aussi. J'ai construit mon deuil comme une forteresse, et j'en ai verrouillé les portes de l'intérieur.Nous sommes deux idiots. Deux fous. Deux lâches.La différence, c'est que







