MasukIsabella
Le canon du pistolet est froid contre ma tempe. La peur de Leo, blotti contre moi, est presque palpable. Dans le couloir obscur, Dario et Alessio forment un front commun improbable, leurs armes braquées sur Viktor.
Le temps semble suspendu. Chaque goutte d'eau qui suinte du plafond résonne comme un glas.
— Lâche l'arme, Viktor, dit Dario, sa voix anormalement calme. Tu ne sortiras pas d'ici vivant si tu lui fais du mal.
— Tu crois que je suis venu sans préparation ? ricane Viktor. Mes hommes encerclent la villa. À mon signal, ils entrent.
— Et alors ? rétorque Alessio. Tu mourras le premier.
Leo sanglote contre mon cou. Je sens son petit corps trembler. Une rage froide naît en moi, balayant la peur.
— Assez, dis-je d'une voix qui ne tremble pas.
Tous les regards se tournent vers moi.
— Isabella, tais-toi, gronde Dario.
— Non. Je ne me tairai plus jamais.
Je tourne légèrement la tête vers Viktor.
— Tu veux m'utiliser comme monnaie d'échange ? Mais tu as oublié une chose.
— Quoi donc ? demande-t-il, méfiant.
— J'ai passé des années avec le diable. J'ai appris quelques tricks.
D'un mouvement rapide, je lui plante mon coude dans le ventre. Il a le souffle coupé, son arme dévie. C'est le chaos.
Dario
Quand Isabella bouge, tout bascule. Le coup de feu résonne dans le couloir étroit. Je vois Isabella pousser Leo derrière elle, prenant la balle qui lui était destinée.
Le monde ralentit. Son corps s'effondre. Ses yeux me cherchent, pleins de surprise.
— Maman ! hurle Leo.
Ma rage explose. Je tire. Deux balles en plein cœur. Viktor a à peine le temps de réaliser avant de s'effondrer.
Alessio se précipite vers Isabella. Je le devance.
— Isabella !
Je m'agenouille près d'elle. Le sang s'étale sur sa poitrine, rouge vif sur la soie blanche.
— Leo..., murmure-t-elle.
— Il est en sécurité. Ne parle pas.
Je presse sur la blessure, essayant d'arrêter l'hémorragie. Mes mains tremblent. Pour la première fois depuis des années, j'ai peur.
— Appelez une ambulance ! crie Alessio à ses hommes.
— Non, des médecins privés, ordonné-je. On ne peut pas faire confiance aux hôpitaux.
Nos regards se croisent. Nous nous détestons, mais en cet instant, nous sommes d'accord.
Isabella
La douleur est une vague brûlante qui submerge tout. Les voix me parviennent comme à travers de l'eau.
— ...perte de sang importante...
— ...doit être opérée sur place...
— ...risque de perforation pulmonaire...
Je sens des mains expertes me manipuler. Une piqûre. La douleur s'estompe, remplacée par une torpeur cotonneuse.
Dans mon délire, je revois le jour où j'ai rencontré Dario. Son sourire charmeur qui cachait déjà le prédateur. Les premiers mois, quand je croyais encore à l'amour.
Puis Leo qui naît, et l'étau qui se resserre. Les tentatives de fuite. Les retrouvailles brutales.
Et maintenant ceci. Mourir dans la maison qui fut ma prison, entourée des hommes qui se sont battus pour me posséder.
Une pensée émerge dans la brume : Leo. Qui le protégera si je meurs ?
La panique me redonne un instant de lucidité.
— Leo..., réussis-je à murmurer.
Une main serre la mienne. Je reconnais la pression des doigts. Dario.
— Il est en sécurité avec Maria. Je te le promets.
— Promets-moi... de le protéger... de toi.
Le silence qui suit est plus éloquent que tous les mots.
Dario
Ses mots me transpercent plus profondément que n'importe quelle balle. "Protège-le de toi."
Je regarde son visage pâle sur les draps ensanglantés. Les médecins travaillent frénétiquement. Alessio fait les cent pas au fond de la pièce, son visage ravagé d'inquiétude.
— Elle a raison, dit soudain Alessio. Tu es le plus grand danger pour ton propre fils.
— Tais-toi.
— Non. Regarde-la, Dario. Regarde ce que ton "amour" a fait d'elle.
Je veux le frapper. Je veux le tuer. Mais je ne peux détacher mon regard d'Isabella.
Soudain, le médecin se tourne vers nous.
— La balle est logée près de l'artère pulmonaire. Nous devons la transférer dans une salle d'opération. Ici, nous n'avons pas le matériel nécessaire.
— C'est impossible, dis-je. C'est trop risqué.
— Le risque est plus grand si elle reste ici.
Je regarde Isabella, si fragile entre les draps. Puis Leo, dans les bras de Maria, qui observe la scène avec des yeux terrifiés.
Je prends la décision la plus difficile de ma vie.
— Alessio.
Il me regarde, surpris.
— Prends-les. Toi et tes hommes. Emmène-les à la clinique privée. Dispersez-vous, prenez différents itinéraires.
— Quoi ?
— Tu as gagné. Prends-les et pars.
Je vois la compréhension puis le respect dans ses yeux.
— Tu as ma parole. Ils seront en sécurité.
Je m'approche du lit une dernière fois. Je caresse la joue d'Isabella.
— Tu vas t'en sortir. Et tu seras libre.
Ses paupières battent. Elle me regarde, et dans ses yeux, je vois non pas de la haine, mais de la pitié.
— Viens avec nous, murmure-t-elle.
— Je ne peux pas. Mes hommes... Mes affaires...
— Laisse tout ça.
Je secoue la tête, le cœur lourd.
— Pars, Isabella. Sois heureuse.
Je me détourne avant de voir ses larmes. Je sors de la pièce, chaque pas un supplice.
Dans le couloir, je croise Leo. Ses petits bras se jettent autour de mes jambes.
— Papa, ne laisse pas maman partir !
Je m'agenouille, le serrant contre moi.
— Il le faut, mon fils. C'est pour votre bien.
— Je ne veux pas te quitter !
Ses larmes mouillent ma chemise. Je sens quelque chose se briser en moi.
— Écoute-moi, Leo. Tu vas partir avec ta mère. Tu vas la protéger. Sois un homme pour moi.
Il hoche la tête, sanglotant. Je le serre une dernière fois avant de le pousser vers Maria.
— Allez. Avant que je change d'avis.
Je les regarde disparaître dans l'obscurité. La villa, autrefois symbole de mon pouvoir, n'est plus qu'une cage vide.
Alessio s'arrête à la porte.
— Je prendrai soin d'eux.
— Je sais. C'est pour ça que je te les confie.
Un rare moment de compréhension passe entre nous.
Quand ils sont partis, je reste seul dans le silence. La victoire n'a jamais eu un goût aussi amer.
Isabella avait raison. On ne peut échapper à l'emprise du passé. Mais parfois, on peut offrir un avenir à ceux qu'on aime.
Même si cet avenir doit se construire sans nous.
IsabellaL'hôpital est un monde à part. Blanc, silencieux, suspendu dans une éternité artificielle. Les heures n'existent plus. Juste le bip régulier des machines, le souffle de Dario, le poids de sa main dans la mienne.Je ne dors pas. Je ne mange pas. Je reste assise, les yeux fixés sur son visage pâle, sur le pansement qui recouvre sa blessure. La balle a frôlé le cœur, a dit le chirurgien. Quelques millimètres. Quelques millimètres entre la vie et la mort. Quelques millimètres entre un avenir et un cercueil.Je lui parle. Je ne sais pas s'il m'entend. Je lui raconte notre histoire, comme si c'était un conte. La première rencontre, il y a sept ans. Le baiser volé, la promesse brisée, les années de silence. Les retrouvailles ratées, les malentendus, les dangers. L'amour qui a survécu à tout, même à nous.— Tu te souviens de notre première nuit ? Au penthouse, après la tentative d'enlèvement. Tu m'as dit que tu n'étais pas un homme bien. Tu avais tort. Tu es un homme bien qui a fait
IsabellaL'appel de Viktor arrive un mardi. Je ne l'entends pas, bien sûr. C'est Dario qui décroche, qui s'éloigne, qui revient avec les jointures blanches et un silence plus lourd que tous les mots. Il ne me dit rien. Il veut me protéger. Et c'est là que le bât blesse, parce que je ne veux plus être protégée du monde. Je veux le voir en face.Le soir, sur le petit balcon, je me tiens devant lui. Le soleil descend sur la ville, teinte les immeubles de rose et d'or. Ses mains se posent sur mes hanches. Son torse contre mon dos. Sa respiration dans mes cheveux.— Viktor veut que tu me rendes, je murmure.Il se fige.— Comment tu sais ?— Je ne suis pas idiote, Dario. J'ai vu ton visage. J'ai vu ta peur.— Isabella...— Ne me cache rien. Plus jamais.Il expire longuement, et j'en sens le souffle chaud dans mon cou. Ses bras se resserrent autour de moi. L'étreinte est lente, protectrice, désespérément tendre. Nous regardons la ville ensemble, la ville où nos ennemis se cachent, la ville o
IsabellaLe plan prend forme sur la table de la cuisine, entre une tasse de café froid et les dessins de Leo que personne n'a pensé à ranger. Dario est penché sur une carte, mais ce n'est pas une carte géographique. C'est une carte des hommes, des loyautés, des failles. Il parle, et sa voix est calme, trop calme. La voix de quelqu'un qui a passé sa vie à transformer la peur en stratégie.— On ne peut pas attendre qu'ils frappent. Ils sont deux. Alessio et Viktor. S'ils coordonnent leurs forces, on est morts.Il relève la tête et me regarde. Ce regard, je le connais maintenant. C'est celui qui précède les décisions impossibles. Celui qu'il avait quand il m'a avoué qui il était vraiment. Celui qu'il avait quand il a posé sa main sur ma joue pour la première fois en sept ans.— Isabella, je ne vais pas te mentir. Pour les arrêter, j'ai besoin de toi. Pas comme victime. Comme appât.Le mot claque. Appât. Je devrais avoir peur. Je devrais me lever, prendre Leo, fuir cette cuisine et cet ho
Elle fait un geste. Cette fois, je le vois clairement, et je sais que tout le monde dans la salle peut le voir aussi. Sa main droite se lève, deux doigts tendus vers le plafond, puis un mouvement sec vers l'avant, comme si elle lançait une flèche invisible.Le signal.Ses hommes de main se mettent en marche immédiatement. Ils convergent vers nous à travers la foule, silhouettes sombres et menaçantes dans leurs costumes parfaitement coupés. Je les compte machinalement, comme je l'ai fait toute la soirée. Six hommes. Toujours les mêmes. Celui du hall d'entrée, massif comme une armoire à glace, le cou épais et les mains comme des battoirs. Celui du bar, plus mince, plus nerveux, les yeux toujours en mouvement. Les deux de l'escalier, presque identiques dans leurs costumes gris, des frères peut-être, ou simplement sortis du même moule. Celui de la mezzanine, dont je n'aperçois que la silhouette qui descend l'escalier quatre à quatre. Et un sixième que je n'avais pas repéré, surgi de nulle
Elle comprend. Tout. D'un coup. La lumière se fait dans ses yeux, terrible, aveuglante. La danse que nous avons dansée toute la soirée, toujours au milieu de la piste, toujours visibles de partout. Les sourires que nous avons affichés, ce masque de couple parfait que nous avons porté sans faiblir. Les coupes de champagne que nous avons bues, ce toast à la vérité que Kaelan a porté en la regardant droit dans les yeux. Tout cela n'était qu'une mise en scène. Un rideau de fumée. Une façon de gagner du temps, minute par minute, seconde par seconde, pendant que les documents faisaient leur chemin à travers le monde, rebondissant de serveur en serveur, de continent en continent.Son visage se décompose. La surprise s'efface, balayée par une rage qui monte des profondeurs de son être comme de la lave en fusion. Une rage froide, pure, absolue, qui déforme ses traits et lui donne l'apparence d'un prédateur acculé, d'une bête sauvage qui vient de comprendre qu'elle est prise au piège. Une rage
J'ouvre la bouche pour répondre, et je la referme aussitôt. Parce que je n'en ai pas. Parce qu'il a raison. Parce que dans ce monde, chaque décision est un pari, chaque geste est un risque, chaque mot est une arme qui peut se retourner contre vous. Jacqueline nous avait acculés. Elle avait construit une situation où toutes les options étaient mauvaises, où chaque choix menait à une forme de défaite. Le talent de Jacqueline, c'est de vous mettre dans des situations où vous ne pouvez pas gagner. Où le mieux que vous puissiez espérer, c'est de perdre moins que prévu.— Tu n'aurais pas dû, dis-je finalement.Ma voix est faible, résignée. Je sais que j'ai perdu cet argument avant même de l'avoir commencé.— Peut-être. Mais je l'ai fait.— Tu aurais pu mourir.— Mais je ne suis pas mort.— Et si tu étais mort ? Si le un pour cent avait eu raison de tes quatre-vingt-dix-neuf ? Si Jacqueline avait décidé de changer de style, juste pour cette fois, juste pour toi ?Il sourit. Un sourire triste
IsabellaJe me réveille dans une chambre blanche. L'odeur de l'antiseptique, la lumière tamisée, la douleur sourde dans ma poitrine. Tout me rappelle que je suis vivante.— Maman !La petite voix me fait tourner la tête. Leo se jette contre moi, mais s'arrête juste avant, se souvenant de ma blessur
DarioLe bureau sent le cuir et le pouvoir. Assis dans mon fauteuil, je regarde les écrans de surveillance. Isabella dort enfin. Sa silhouette paisible me trompe un instant, mais je connais trop bien les tempêtes qui se cachent derrière son calme apparent.La nuit dernière m'a rappelé une vérité es
IsabellaLes portes de la villa se referment derrière nous avec un bruit sourd qui résonne comme un verrou qui scelle mon destin. Le son des serrures qui grincent me glace le sang. Leo, réveillé par les mouvements, se blottit contre moi, ses petits doigts agrippant mon manteau. Ses yeux, si semblab
IsabellaLe moteur de la voiture tousse une dernière fois avant de se taire. Le silence qui envahit l’habitacle est plus assourdissant que n’importe quel bruit. Je serre le volant jusqu’à ce que mes jointures blanchissent, mes yeux fixant la route déserte qui serpente à travers la forêt. C’est cens







