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Chapitre 6 : L'Heure du Choix

Author: Darkness
last update Last Updated: 2025-11-18 18:50:26

Isabella

Le canon du pistolet est froid contre ma tempe. La peur de Leo, blotti contre moi, est presque palpable. Dans le couloir obscur, Dario et Alessio forment un front commun improbable, leurs armes braquées sur Viktor.

Le temps semble suspendu. Chaque goutte d'eau qui suinte du plafond résonne comme un glas.

— Lâche l'arme, Viktor, dit Dario, sa voix anormalement calme. Tu ne sortiras pas d'ici vivant si tu lui fais du mal.

— Tu crois que je suis venu sans préparation ? ricane Viktor. Mes hommes encerclent la villa. À mon signal, ils entrent.

— Et alors ? rétorque Alessio. Tu mourras le premier.

Leo sanglote contre mon cou. Je sens son petit corps trembler. Une rage froide naît en moi, balayant la peur.

— Assez, dis-je d'une voix qui ne tremble pas.

Tous les regards se tournent vers moi.

— Isabella, tais-toi, gronde Dario.

— Non. Je ne me tairai plus jamais.

Je tourne légèrement la tête vers Viktor.

— Tu veux m'utiliser comme monnaie d'échange ? Mais tu as oublié une chose.

— Quoi donc ? demande-t-il, méfiant.

— J'ai passé des années avec le diable. J'ai appris quelques tricks.

D'un mouvement rapide, je lui plante mon coude dans le ventre. Il a le souffle coupé, son arme dévie. C'est le chaos.

Dario

Quand Isabella bouge, tout bascule. Le coup de feu résonne dans le couloir étroit. Je vois Isabella pousser Leo derrière elle, prenant la balle qui lui était destinée.

Le monde ralentit. Son corps s'effondre. Ses yeux me cherchent, pleins de surprise.

— Maman ! hurle Leo.

Ma rage explose. Je tire. Deux balles en plein cœur. Viktor a à peine le temps de réaliser avant de s'effondrer.

Alessio se précipite vers Isabella. Je le devance.

— Isabella !

Je m'agenouille près d'elle. Le sang s'étale sur sa poitrine, rouge vif sur la soie blanche.

— Leo..., murmure-t-elle.

— Il est en sécurité. Ne parle pas.

Je presse sur la blessure, essayant d'arrêter l'hémorragie. Mes mains tremblent. Pour la première fois depuis des années, j'ai peur.

— Appelez une ambulance ! crie Alessio à ses hommes.

— Non, des médecins privés, ordonné-je. On ne peut pas faire confiance aux hôpitaux.

Nos regards se croisent. Nous nous détestons, mais en cet instant, nous sommes d'accord.

Isabella

La douleur est une vague brûlante qui submerge tout. Les voix me parviennent comme à travers de l'eau.

— ...perte de sang importante...

— ...doit être opérée sur place...

— ...risque de perforation pulmonaire...

Je sens des mains expertes me manipuler. Une piqûre. La douleur s'estompe, remplacée par une torpeur cotonneuse.

Dans mon délire, je revois le jour où j'ai rencontré Dario. Son sourire charmeur qui cachait déjà le prédateur. Les premiers mois, quand je croyais encore à l'amour.

Puis Leo qui naît, et l'étau qui se resserre. Les tentatives de fuite. Les retrouvailles brutales.

Et maintenant ceci. Mourir dans la maison qui fut ma prison, entourée des hommes qui se sont battus pour me posséder.

Une pensée émerge dans la brume : Leo. Qui le protégera si je meurs ?

La panique me redonne un instant de lucidité.

— Leo..., réussis-je à murmurer.

Une main serre la mienne. Je reconnais la pression des doigts. Dario.

— Il est en sécurité avec Maria. Je te le promets.

— Promets-moi... de le protéger... de toi.

Le silence qui suit est plus éloquent que tous les mots.

Dario

Ses mots me transpercent plus profondément que n'importe quelle balle. "Protège-le de toi."

Je regarde son visage pâle sur les draps ensanglantés. Les médecins travaillent frénétiquement. Alessio fait les cent pas au fond de la pièce, son visage ravagé d'inquiétude.

— Elle a raison, dit soudain Alessio. Tu es le plus grand danger pour ton propre fils.

— Tais-toi.

— Non. Regarde-la, Dario. Regarde ce que ton "amour" a fait d'elle.

Je veux le frapper. Je veux le tuer. Mais je ne peux détacher mon regard d'Isabella.

Soudain, le médecin se tourne vers nous.

— La balle est logée près de l'artère pulmonaire. Nous devons la transférer dans une salle d'opération. Ici, nous n'avons pas le matériel nécessaire.

— C'est impossible, dis-je. C'est trop risqué.

— Le risque est plus grand si elle reste ici.

Je regarde Isabella, si fragile entre les draps. Puis Leo, dans les bras de Maria, qui observe la scène avec des yeux terrifiés.

Je prends la décision la plus difficile de ma vie.

— Alessio.

Il me regarde, surpris.

— Prends-les. Toi et tes hommes. Emmène-les à la clinique privée. Dispersez-vous, prenez différents itinéraires.

— Quoi ?

— Tu as gagné. Prends-les et pars.

Je vois la compréhension puis le respect dans ses yeux.

— Tu as ma parole. Ils seront en sécurité.

Je m'approche du lit une dernière fois. Je caresse la joue d'Isabella.

— Tu vas t'en sortir. Et tu seras libre.

Ses paupières battent. Elle me regarde, et dans ses yeux, je vois non pas de la haine, mais de la pitié.

— Viens avec nous, murmure-t-elle.

— Je ne peux pas. Mes hommes... Mes affaires...

— Laisse tout ça.

Je secoue la tête, le cœur lourd.

— Pars, Isabella. Sois heureuse.

Je me détourne avant de voir ses larmes. Je sors de la pièce, chaque pas un supplice.

Dans le couloir, je croise Leo. Ses petits bras se jettent autour de mes jambes.

— Papa, ne laisse pas maman partir !

Je m'agenouille, le serrant contre moi.

— Il le faut, mon fils. C'est pour votre bien.

— Je ne veux pas te quitter !

Ses larmes mouillent ma chemise. Je sens quelque chose se briser en moi.

— Écoute-moi, Leo. Tu vas partir avec ta mère. Tu vas la protéger. Sois un homme pour moi.

Il hoche la tête, sanglotant. Je le serre une dernière fois avant de le pousser vers Maria.

— Allez. Avant que je change d'avis.

Je les regarde disparaître dans l'obscurité. La villa, autrefois symbole de mon pouvoir, n'est plus qu'une cage vide.

Alessio s'arrête à la porte.

— Je prendrai soin d'eux.

— Je sais. C'est pour ça que je te les confie.

Un rare moment de compréhension passe entre nous.

Quand ils sont partis, je reste seul dans le silence. La victoire n'a jamais eu un goût aussi amer.

Isabella avait raison. On ne peut échapper à l'emprise du passé. Mais parfois, on peut offrir un avenir à ceux qu'on aime.

Même si cet avenir doit se construire sans nous.

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