Home / Mafia / PRISONNIÈRE DE L'OMBRE / Chapitre 7 : Les Cicatrices de la Liberté

Share

Chapitre 7 : Les Cicatrices de la Liberté

Author: Darkness
last update Last Updated: 2025-11-18 18:51:17

Isabella

Je me réveille dans une chambre blanche. L'odeur de l'antiseptique, la lumière tamisée, la douleur sourde dans ma poitrine. Tout me rappelle que je suis vivante.

— Maman !

La petite voix me fait tourner la tête. Leo se jette contre moi, mais s'arrête juste avant, se souvenant de ma blessure. Ses yeux sont rougis, mais il sourit.

— Tu es réveillee ! Le docteur a dit que tu allais bien.

Je caresse ses cheveux, incapable de parler. Derrière lui, Alessio se tient debout, appuyé contre le chambranle de la porte.

— Bienvenue parmi nous, Isabella.

— Où... où sommes-nous ?

— Dans un endroit sûr. Loin de Dario.

Les souvenirs reviennent par vagues. Le couloir. Viktor. Le coup de feu. Dario... Dario nous laissant partir.

— Combien de temps... ?

— Trois jours. Tu as perdu beaucoup de sang, mais la balle n'a touché aucun organe vital.

Je ferme les yeux, épuisée. Trois jours. Trois jours de liberté volés au cauchemar.

— Et Dario ?

— Il nous a laissé partir. Il a gardé ses hommes occupés pendant que nous nous échappions.

Je ne peux y croire. Après toutes ces années de lutte, c'est lui qui nous a finalement libérés.

Dario

La villa est trop silencieuse. Chaque écho de mes pas me rappelle leur absence. J'ai envoyé mes hommes ailleurs, besoin d'être seul avec mes démons.

Le médecin m'a appelé hier. Isabella est hors de danger. Leo va bien. Ils sont en sécurité avec Alessio.

Je devrais être en rage. J'ai perdu ma femme, mon fils, mon honneur. Pourtant, une étrange paix m'habite.

Je marche jusqu'à la chambre d'Isabella. Son parfum flotte encore dans l'air. Je m'assois sur le lit, prenant l'oreiller qu'elle serrait contre elle.

Tous ces années, j'ai cru la posséder. Mais c'est elle qui me possédait. Chaque battement de mon cœur résonnait au rythme du sien.

Je sors mon téléphone. Un seul message à envoyer.

Isabella

Une semaine plus tard. La clinique est devenue notre refuge temporaire. Leo joue dans le jardin sous la surveillance d'un garde d'Alessio. Je me promène lentement, ma blessure encore douloureuse.

Alessio m'a tout expliqué. Comment Dario a couvert notre fuite. Comment il a fait croire à notre mort pour nous protéger.

— Tu es libre, Isabella, me dit-il en me rejoignant. Vraiment libre cette fois.

— Libre de faire quoi ? Ma vie entière a été définie par lui.

— Maintenant, tu peux la définir toi-même.

Je regarde Leo rire en courant après un papillon. C'est pour cette vision que j'ai lutté si longtemps. Mais la victoire a un goût amer.

Mon téléphone vibre. Un numéro inconnu, mais je reconnais le code. Dario.

Comment va Leo ?

Les larmes me montent aux yeux. Même maintenant, il pense d'abord à lui.

Il va bien. Il te demande.

La réponse vient immédiatement.

Dis-lui que je voyage pour les affaires. Qu'il prenne soin de sa mère.

Je montre le message à Alessio.

— Il vérifie que vous allez bien, commente-t-il. Dario sera toujours Dario.

— Dois-je répondre ?

— C'est à toi de décider. Tu es libre, Isabella. De tes choix, de tes réponses, de ta vie.

Je regarde le message, puis Leo. Je pense à toutes ces années de peur, mais aussi aux moments de passion. À la complexité de nos cœurs qui refusent de haïr complètement ceux que nous avons aimés.

Dario

Je attends sa réponse comme un condamné attend sa grâce. Quand le téléphone vibre, mes mains tremblent.

Il va bien. Il te manque. Moi aussi.

Trois phrases qui me brisent et me reconstruisent en même temps. Elle me manque. Après tout ce que j'ai fait.

Je marche jusqu'au bureau, prenant le document que j'ai préparé. Les divorce papers. Signées. Libérée de tous liens avec moi.

Je les photographie et les envoie.

Tu es libre, Isabella. Légalement, financièrement, complètement. Les comptes en Suisse sont à ton nom. Prends soin de notre fils.

La réponse met longtemps à venir.

Pourquoi ?

Une question si simple. Une réponse si complexe.

Parce que l'amour ne possède pas. Il libère. J'ai mis trop de temps à le comprendre.

Je pose le téléphone. C'est fini. Le chapitre Dario et Isabella est clos.

Dehors, la nuit tombe. Pour la première fois, j'affronte la vérité : j'étais autant prisonnier qu'elle. Prisonnier de ma possessivité, de ma jalousie, de ma peur de perdre ce qui n'a jamais vraiment été à moi.

Isabella

Je pleure en lisant ses messages. Les divorce papers. L'argent. Les mots qui libèrent.

— Qu'y a-t-il ? demande Alessio inquiet.

— Il me laisse partir. Vraiment.

— C'est ce que tu voulais, non ?

Je hoche la tête, incapable d'expliquer la douleur qui m'étreint. Vouloir la liberté et l'obtenir sont deux choses différentes.

— Qu'est-ce que tu vas faire maintenant ?

Je regarde Leo qui court vers nous, son visage illuminé par le bonheur simple d'être un enfant.

— Je vais lui apprendre à vivre sans avoir peur. Et peut-être... m'apprendre à vivre moi-même.

Alessio me tend une enveloppe.

— Tes nouveaux papiers. Isabella Rossi n'existe plus. Tu es Sofia Conti maintenant. Leo est Lorenzo.

Je prends les documents. Une nouvelle identité. Une nouvelle vie. Tout ce pour quoi j'ai lutté.

— Merci, Alessio. Pour tout.

— Je t'ai toujours aimée, tu sais. Même quand tu étais à lui.

Je baisse les yeux. Je le sais. Mais mon cœur est trop meurtri pour aimer à nouveau.

— Donne-moi du temps.

— Prends tout le temps qu'il te faut. Je serai là.

Quand il part, je reste seule avec Leo et mes pensées. La liberté est devant moi, vaste et terrifiante.

Je prends mon téléphone une dernière fois. Un dernier message à envoyer. Pas à Dario, mais à moi-même. À la femme que je vais devenir.

Je ne serai plus jamais une prisonnière. Ni de l'ombre, ni du passé, ni de l'amour.

Je jette le téléphone dans la fontaine. Le passé meurt dans ses profondeurs.

Quand je prends la main de Leo pour rentrer, je ne regarde pas en arrière. Devant nous s'étend l'inconnu, magnifique et effrayant.

Mais pour la première fois, cet inconnu nous appartient.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • PRISONNIÈRE DE L'OMBRE    Chapitre 30 : Le Point de Bascule 1

    DarioJe n'ai pas dormi.Le jour est une offense. Sa clarté arrache les ombres, dissout le mystère, transforme la vigie de la nuit en acte d'un déséquilibré. Je bois mon café froid dans la cuisine vide. Les domestiques passent comme des ombres efficaces. Ils savent ne pas me parler quand mon visage a cette couleur de cendre.Clara m'appelle.Je laisse sonner.Elle insiste.Je décroche, le regard perdu sur les cyprès du jardin.— Dario ? Tu n'étais pas venu hier soir. Je me suis inquiétée.Son inquiétude est une tenue qu'elle endosse chaque matin, comme son tailleur. C'est son rôle. La gardienne, la créatrice de mondes factices. J'ai honte, soudain. Honte de l'avoir laissée s'épuiser à tisser des toiles d'araignée pour y loger mon fantôme.— Je suis fatigué, Clara.Un silence. Elle perçoit ce que je ne dis pas. Elle est trop intelligente, trop dévouée. Elle a fait de mon bien-être sa mission impossible.— Tu es retourné là-bas, dit-elle. Ce n'est pas une question.Je ferme les yeux. Le

  • PRISONNIÈRE DE L'OMBRE    Chapitre 29 : Les Orbites Silencieuses

    DarioLa maison blanche m’avale. Son silence est plus lourd que celui de la rue. Là-bas, il était tendu, chargé d’un but. Ici, il n’est que vide. L’écho de mes pas sur le marbre est une profanation.Je monte dans mon bureau. Je ne rallume pas. La clarté lunaire suffit, elle est de la même nature que cette nuit : froide, impersonnelle, révélatrice de formes mais pas de chaleur. Je me tiens devant la baie vitrée qui donne sur les jardins. Mon reflet me fait face, un fantôme pâle encadré par les ténèbres.Je l’ai vue. À la fenêtre. Immobile, comme moi. Un instant, nos regards ont dû se croiser dans le noir, sans se reconnaître, deux aveugles se devinant à leur respiration.Et puis elle a reculé. Elle s’est cachée.Ce n’est pas de la peur. Isabella n’a jamais eu peur de moi. C’est du rejet. Une volonté active de se soustraire à mon champ de vision, de nier ma présence, de me renvoyer à mon rôle de spectre.Ça devrait me glacer. M’achever. Prouver que la frontière est scellée.Alors pourqu

  • PRISONNIÈRE DE L'OMBRE    Chapitre 28 : La Vigie et la Fenêtre

    DarioLa nuit est une substance. Épaisse, tiède, elle remplit l’habitacle, se colle à ma peau. Je suis devenu un élément du décor urbain, une statue de chair et d’attente posée au bord du trottoir. Le moteur est coupé depuis des heures. Seul le tic-tac fantôme de la pendule de bord marque le passage d’un temps que je cherche précisément à annuler.Je suis venu ici pour souffrir, je crois. Pour me prouver quelque chose. Que la distance est réelle. Qu’elle est un gouffre. Voir la lumière de sa fenêtre , pas la sienne, celle de l’autre, du mort , allumée, puis éteinte, c’est une forme de pénitence. Je scrute les carrés de lumière jaune comme un astronome étudierait des étoiles mortes, dont la lueur met des années à nous parvenir. Tout, ici, est un retard. L’amour, la douleur, le remords. Tout arrive trop tard.Et puis, soudain, une silhouette se découpe à la fenêtre du salon.Mon corps, engourdi, se fige dans une tension absolue. C’est elle. Je ne distingue pas ses traits, mais je sais.

  • PRISONNIÈRE DE L'OMBRE    Chapitre 27 : L’Illusion du Mouvement 2

    DarioJe ne passerai pas à autre chose. Je ne le peux pas. Tout ce mouvement n’était qu’un leurre, une course sur place pour épuiser le désir. Le désir est intact. Il s’est simplement mué en autre chose : une acceptation résignée de la distance, une faim qui ne cherche plus à se rassasier, mais seulement à savoir.Je redémarre. Je m’éloigne de la lumière de la fenêtre. Je retourne vers la maison blanche, silencieuse, qui n’est ni un foyer ni une prison, mais simplement le lieu où j’attends. Non plus activement, mais passivement. Où je vis avec le fantôme de ce que j’ai détruit et l’impossible espoir que, d’une manière ou d’une autre, à une échelle que je ne contrôlerai pas, une forme de paix puisse un jour s’installer. Pour elle. Pour lui. Et, par ricochet, peut-être, pour l’ombre que je suis devenu.---Isabella---Clara, ma voisine et seule amie proche, pose son verre de vin avec un claquement sec sur ma table de cuisine.—Lâche l’affaire, Isabella. Sérieusement.—De quoi parles-tu

  • PRISONNIÈRE DE L'OMBRE    Chapitre 26 : L’Illusion du Mouvement 1

    DarioLe silence est devenu une chambre d’écho qui ne renvoie que mes propres questions, sans réponse. L’attente, cette vigilance de chaque seconde tournée vers un téléphone qui ne sonne pas, vers une porte qui ne s’ouvrira pas, est devenue une torture trop raffinée. Je suis un homme d’action. Le passivité me ronge de l’intérieur, plus corrosive que n’importe quelle rage.Alors, je décide de passer à autre chose. C’est ce que font les gens, non ? Ils tournent la page. Ils remplacent. Ils noient le visage d’un être dans une foule d’autres visages.Je recommence à accepter les invitations. Les réceptions dans les hôtels particuliers du 16e arrondissement, les galeries privées, les lancements de fonds d’investissement. Je reprends mes costumes sur mesure, armure familière qui pèse différemment sur mes épaules. Je redeviens Dario Moretti, l’homme aux affaires nettes, au sourire précis, à la poignée de main ferme.Je parle. Je souris. Je discute marchés et œnologie. Je fais semblant de ne

  • PRISONNIÈRE DE L'OMBRE    Chapitre 25 : L'Équilibre des Doutes

    IsabellaLes jours s'étirent, élastiques et lourds. La visite dans la maison-blanche aux lys m'a laissée avec un vertige persistant, comme si le sol sous mes pieds, si solidement reconstruit avec Alessio, avait été remplacé par du verre fumé. Je vois la surface, je marche dessus, mais je devine les failles, les profondeurs obscures en dessous.Leo dessine. Il est assis à la table de la cuisine, sa langue dépassant légèrement entre ses lèvres, concentré. Il crayonne un grand triangle surmonté d’un rectangle.—C’est une fusée, maman. Comme celle du livre.—Elle est très belle, mon chéri.—Elle va très loin. Jusqu’à l’étoile du Berger.—Pourquoi cette étoile ?—Parce qu’elle guide, a dit l’autre papa. Dans le livre, il y a écrit.L’autre papa. La phrase glisse dans l’air quotidien avec une facilité déconcertante. Ce n’est plus une question, c’est un fait établi dans son petit univers. Un papa qui connaît les étoiles. Un papa qui envoie des jeux qui font exactement vibrer la bonne corde e

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status