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Chapitre 2 : Un baptême du feu

Penulis: Zeynab
last update Tanggal publikasi: 2026-09-16 15:55:41

​Le verre d'eau s'était brisé sur le parquet ciré, éclaboussant l'ourlet de la jupe de Katia. Des milliers de minuscules paillettes transparentes scintillaient sous la lumière tamisée de la chambre de Chloé.

​Katia resta immobile une seconde, retenant le souffle court de la surprise. La petite fille, assise en tailleur au milieu de ses jouets, soutenait son regard avec un aplomb déconcertant pour ses sept ans. Pas une once de remords sur son visage d'ange, juste une froide détermination.

​— Eh bien, on dirait que tu as le sens de l'accueil, murmura Katia pour elle-même.

​Sans s'énerver, elle recula d'un pas pour ne pas risquer de se couper, puis se tourna vers le couloir pour aller chercher le nécessaire de nettoyage. Quand elle revint avec la serpillère et un seau, Chloé l'observait, les bras croisés sur sa poitrine, l'air hautain.

​— Mon père finira par te virer, comme les autres, lança la fillette d'une voix sèche. Tu n'es qu'une profiteuse de plus qui veut s'installer ici pour l'argent.

​Katia s'agenouilla sur le sol et commença à éponger l'eau avec calme. Elle repensa à sa propre vie, à ses galères quotidiennes, aux factures qui s'empilaient dans sa petite chambre de quartier. La dureté du monde, elle connaissait. Ce n'était pas une gamine de sept ans, aussi riche et gâtée soit-elle, qui allait la faire plier.

​Elle releva la tête, croisant les grands yeux bleus de l'enfant.

​— Tu sais, Chloé, ton père m'a prévenue que tu serais difficile. Mais il a oublié de me dire que tu manquais autant d'imagination. C'est tout ce que tu as trouvé pour me chasser ? Casser un verre ?

​Chloé écarquilla les yeux, manifestement choquée qu'un adulte ose lui répondre ainsi sur ce ton, sans l'accabler de reproches ni courir pleurer auprès de Nathan. Ses lèvres s'entrouvrirent, cherchant une réplique qu'elle ne trouva pas immédiatement.

​— Je... je te déteste ! finit par lâcher la fillette avant de se lever d'un bond, de tourner les talons et de s'enfermer brutalement dans sa salle de bain privée en claquant la porte.

​Katia soupira en finissant de nettoyer le sol. Elle savait que la bataille ne faisait que commencer, mais au fond d'elle, un petit sourire espiègle venait d'apparaître. Ce combat-là, elle était prête à le mener.

​Pendant ce temps, à des kilomètres de là, dans sa tour de verre au centre-ville, Nathan Sterling signait machinalement des documents officiels lorsqu'un subit sentiment d'inquiétude l'assaillit. Il stoppa net sa plume, fixant un point vide devant lui. Pour la première fois depuis la mort de sa femme, il se demandait si envoyer une jeune femme au tempérament aussi fier dans l'arène de sa fille n'avait pas été une erreur explosive.

La journée se poursuivit sans répit. Après avoir remis la chambre en ordre, Katia descendit dans les cuisines pour s'entretenir avec le chef cuisinier et le personnel de maison, qui la regardaient d'un œil sceptique. Dans un domaine aussi grand, l'arrivée d'une nouvelle gouvernante sans grande expérience faisait l'effet d'une onde de choc. Chacun se demandait combien de temps elle allait tenir avant de jeter l'éponge, découragée par le tempérament exécrable de la petite princesse des lieux.

​Vers midi, l'heure du déjeuner de Chloé sonna. Katia fut chargée de lui apporter son plateau dans la salle à manger privée. En entrant, elle remarqua tout de suite la petite fille assise bien droite, le menton haut, feignant de lire un livre pour enfants sans y prêter la moindre attention.

​Katia posa le plateau en silence, constatant que le repas était composé uniquement de légumes que Chloé repoussait ostensiblement du bout de sa fourchette.

​— Je ne mange pas de ces horreurs, lâcha la fillette avec dédain sans lever les yeux de son livre. Dis à la cuisinière de me préparer des pancakes au chocolat, ou je préviens mon père que tu m'as affamée.

​Katia croisa les bras, esquissant un sourire amusé. Elle se rappela ses propres années d'enfance, où le caprice n'avait pas sa place.

​— Tu as sept ans, Chloé, pas trois. Les pancakes au chocolat, c'est pour le goûter, pas pour un déjeuner équilibré. Et si tu penses que ton père va me gronder parce que tu refuses de manger tes légumes, tu te mets le doigt dans l'œil. Il m'a engagée pour veiller sur toi, pas pour céder à tous tes caprices de petite fille gâtée.

​Chloé sursauta, le visage empourpré de colère. Jamais personne n'osait lui tenir tête de la sorte dans ce manoir. Tout le monde tremblait à l'idée de contrarier la fille unique de Nathan Sterling, terrifiés à l'idée des représailles du milliardaire.

​— Tu... tu n'as pas le droit de me parler comme ça ! cria Chloé en jetant sa serviette sur la table. Je vais le dire à Papa ! Il va te renvoyer ce soir même !

​— Eh bien, appelle-le, rétorqua Katia calmement en s'asseyant sur une chaise en face d'elle. Son bureau est en ville, mais je suis sûre qu'il décrochera si sa fille l'appelle en pleurant parce qu'elle doit manger des brocolis. Vas-y, je t'écoute.

​La petite fille ouvrit grand la bouche, indignée, les larmes aux yeux non pas de tristesse, mais de rage pure. Elle réalisa soudain que cette nouvelle gouvernante ne réagissait pas du tout comme les autres. Elle ne tremblait pas, ne s'excusait pas en bégayant, et surtout, elle ne cédait pas au chantage.

​Pendant plusieurs secondes, un silence de plomb régna dans la pièce. Les grands yeux bleus de Chloé sondaient le visage de Katia, cherchant la moindre faille, le moindre signe de faiblesse ou d'hypocrisie. Mais elle ne vit que de la détermination et, curieusement, une lueur de profonde bienveillance.

​— Tu es méchante, murmura finalement Chloé d'une petite voix tremblante, en baissant les yeux vers son assiette.

​— Non, Chloé, je suis juste juste, répondit Katia avec douceur, adoucissant enfin son ton. Je sais que tu es triste, et que tu aimerais que ta maman soit là. Je sais aussi que tu fais fuir tout le monde pour tester les gens, pour voir qui va abandonner. Mais moi, je ne vais pas baisser les bras.

​La fillette ne répondit rien. Elle resta figée, mais pour la première fois depuis l'arrivée de Katia, elle ne chercha pas à crier ni à détruire quoi que ce soit. Elle prit lentement sa fourchette, fixa les légumes, et dans un silence absolu, en piqua un morceau pour le porter à sa bouche.

​Katia sentit un poids s'alléger dans sa poitrine. Ce n'était qu'une toute petite victoire, une simple goutte d'eau dans un océan de méfiance, mais c'était un premier pas décisif.

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