เข้าสู่ระบบLe vernis de leur vie parfaite n'était plus qu'un amas de fragments acérés. La douleur physique des coups d'Alexandre s'estompait, laissant place à des hématomes violacés que Maïa s'efforçait de cacher sous des manches longues et un maquillage épais. Mais la douleur la plus profonde, celle qui rongeait son âme, était invisible, alimentée par la certitude que l'homme qu'elle aimait était désormais capable du pire. L'appartement, autrefois un sanctuaire, était devenu une prison dorée, chaque pas sur le parquet résonnant du poids de sa solitude et de sa peur.
Maïa travaillait avec une fureur nouvelle, s'y jetant corps et âme pour échapper à l'atmosphère étouffante de leur foyer. Le cabinet de conseil était son seul refuge, l'endroit où elle pouvait encore être la "Maïa Hayes" compétente et respectée. Elle y restait tard, prétextant des dossiers urgents, ou s'arrangeait pour des déjeuners prolongés avec des collègues, tout pour retarder le moment de rentrer. Alexandre, lui, semblait indifférent à ses absences. Ses soirées étaient remplies d'appels téléphoniques discrets et d'une opacité grandissante.
La distance entre eux n'était plus seulement émotionnelle, elle était devenue physique. Les nuits étaient glaciales, chacun se recroquevillant de son côté du lit, Alexandre tournant le dos, son corps tendu, un mur infranchissable. Quand Maïa tentait de l'approcher, même pour un simple frôlement, il se raidissait, parfois il se plaignait d'être fatigué ou d'avoir besoin d'espace.
« S'il te plaît, Maïa, j'ai eu une journée insupportable, » murmurait-il une nuit, sa voix lasse, quand elle avait osé poser sa main sur son bras. « J'ai juste besoin de dormir. »
Ces rejets constants, accompagnés de son indifférence grandissante face aux attaques de sa famille, rongeaient Maïa. Elle se sentait vide, une coquille creuse. Il ne la voyait plus, ne l'entendait plus, sauf pour la rabaisser sur ce qu'il appelait désormais ouvertement sa "stérilité". Chaque dispute était une nouvelle pique, un rappel cruel de son échec perçu.
« Tes parents t'ont encore appelée ? » lui avait-elle demandé un matin, la gorge nouée, en le voyant raccrocher, le visage fermé.
Il avait soupiré, agacé. « Oui, et alors ? Ils ont le droit de s'inquiéter. Ce n'est pas comme si on avançait, n'est-ce pas ? » Son regard balaya son ventre avec un dégoût à peine voilé. « On dirait que tu ne fais aucun effort. Tu ne penses qu'à toi et à ta carrière. »
« Ce n'est pas vrai ! » s'était-elle défendue, le cœur battant la chamade. « Je fais tout ce que je peux ! J'ai consulté tous les médecins, j'ai essayé… »
« Tu as essayé quoi, au juste ? Pleurer dans mon dos ? » Il s'était levé, son corps imposant dominant la cuisine. « Franchement, Maïa, à quoi tu sers si tu ne peux même pas donner un héritier à la famille Valois ? Un nom comme le nôtre ne peut pas s'éteindre à cause d'une… d'une impuissance ! » Le mot "impuissance" était craché avec une violence inouïe, sonnant comme une sentence.
Maïa avait senti sa dignité s'effondrer. Elle avait reculé, les yeux brûlants de larmes. « Comment peux-tu dire ça ? Je ne suis pas une usine ! Je suis une femme, ta fiancée ! »
« Tu es surtout une déception, » avait-il rétorqué, son visage dur. « Une source de problèmes. Ma mère menace de couper les ponts si tu ne tombes pas enceinte. Et pour être franc, je commence à être à bout de patience. » Il avait claqué la porte de la cuisine en sortant, laissant Maïa seule, anéantie par ces mots qui résonnaient comme la fin de tout.
La situation atteignit son paroxysme un jeudi soir. Maïa avait exceptionnellement terminé tôt du travail, le cœur serré par une journée particulièrement difficile. Elle aspirait à la chaleur d'un bain et au silence de l'appartement. En arrivant, la porte d'entrée était entrouverte, une musique jazzy s'échappant de l'intérieur – une musique qu'Alexandre n'écoutait jamais. Une angoisse sourde l'étreignit.
Elle entra, le pas hésitant, l'oreille tendue. Des rires, féminins et inconnus, flottaient depuis la chambre. Le souffle de Maïa se coupa. Un pressentiment glacial lui tordit les entrailles. Elle traversa le salon, chaque pas résonnant comme un coup de tambour dans sa poitrine. La porte de leur chambre était à peine entrouverte.
Poussée par une force irrésistible, mêlée d'horreur et de curiosité, Maïa ouvrit doucement la porte. La scène qui s'offrit à ses yeux lui vrilla le cœur et l'âme. Alexandre était là, dans leur lit, avec une autre femme. Une femme jeune, blonde, aux cheveux soyeux éparpillés sur l'oreiller, son corps dénudé contre le sien. Le rire de la femme, cristallin et insouciant, contrastait violemment avec le silence assourdissant qui venait de s'installer dans l'esprit de Maïa.
Le monde de Maïa vacilla. L'air se fit rare dans ses poumons. Elle sentit ses genoux flancher, ses mains tremblantes s'agrippant au chambranle de la porte pour ne pas tomber. Ses yeux, emplis d'une douleur insondable, se posèrent sur le visage d'Alexandre. Son regard croisa le sien.
Un éclair de surprise traversa les yeux d'Alexandre, suivi presque instantanément d'une expression de pure fureur. La surprise de Maïa se mua en rage, un feu brûlant qui la consumait de l'intérieur.
« Alexandre ? » Sa voix n'était qu'un souffle rauque, à peine audible. « Qu'est-ce que… qu'est-ce que ça signifie ? »
La femme blonde, alertée par le changement d'ambiance, releva la tête, ses yeux écarquillés se posant sur Maïa.
Alexandre se redressa vivement, attrapant un drap pour couvrir leurs corps. Son visage était une caricature de colère, son teint pourpre. « Maïa ! Qu'est-ce que tu fais là ? Tu devais être au travail ! » Sa voix était un grognement, mêlé de panique et de rage.
« Au travail ? » Le rire qui s'échappa de la gorge de Maïa était amer et hystérique. « Je te surprends dans NOTRE lit avec une AUTRE femme, et la première chose que tu me dis, c'est 'Qu'est-ce que tu fais là' ?! » Ses mots étaient hachés par les sanglots qui montaient.
« Ne fais pas de scène, Maïa ! » aboya-t-il, un éclair de menace dans ses yeux. « Tu n'as rien à faire ici ! »
« C'EST MA MAISON ! » hurla Maïa, la douleur et l'humiliation la submergeant. « C'est MA MAISON, Alexandre ! Et c'est notre lit ! Comment… comment oses-tu ? »
La blonde, blottie sous le drap, semblait pétrifiée.
Alexandre sortit du lit d'un bond, sa nudité à peine dissimulée par le drap. Il s'approcha de Maïa, le visage déformé par une rage incontrôlable. « Tu veux savoir pourquoi, Maïa ? Tu veux savoir pourquoi j'ai besoin d'elle ? Parce qu'elle, au moins, elle peut me donner un enfant ! Parce qu'elle n'est pas STÉRILE comme toi ! Parce qu'elle n'est pas une incapable qui me déçoit et qui nous humilie devant ma famille ! »
Chaque mot était un coup, plus douloureux que n'importe quelle gifle. L'insulte sur sa "stérilité", la justification de son infidélité par son incapacité à concevoir, fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase de sa résilience. Maïa sentit une force étrange l'envahir, une détermination froide née de la destruction absolue de son monde.
« Tu… tu es un monstre, » murmura-t-elle, sa voix tremblante mais porteuse d'une colère nouvelle, une colère glaciale. « Un monstre sans cœur ! »
C'était le signal. Alexandre, hors de lui, leva la main. Le coup fut fulgurant, violent, un revers de la main qui la projeta en arrière. Sa tête heurta violemment le chambranle de la porte, un éclair blanc traversa son champ de vision, suivi d'une douleur lancinante. Elle s'effondra, les tympans bourdonnants, le monde se brouillant autour d'elle. Il continua, comme possédé par une rage aveugle, des coups de pied dans les côtes, des gifles répétées, la rabaissant encore et encore sur sa "stérilité", sur son "incompétence".
« Tu n'es rien ! Tu ne vaux rien ! Tu n'es qu'un fardeau ! » Ses mots se mêlaient aux bruits sourds des coups, Maïa sentant sa conscience s'éloigner, le monde devenir une succession de tâches floues et de douleurs aiguës.
Elle sombra dans un état de semi-conscience, le goût métallique du sang dans la bouche, son corps endolori jusqu'à la moelle. La dernière chose qu'elle entendit fut la voix d'Alexandre, lointaine, qui s'essoufflait, puis les pleurs effrayés de l'autre femme.
C'était le point de non-retour. La ligne avait été franchie, brutalement, sans pitié. Maïa ne pouvait plus rester. Dans l'obscurité grandissante de son esprit, une seule pensée, limpide et urgente, parvint à percer le brouillard de la douleur : fuir. Fuir cette souffrance, fuir cet homme qui n'était plus que l'ombre de lui-même, fuir cette vie qui s'était transformée en cauchemar. Elle devait partir, coûte que coûte. La survie, simple et absolue, était devenue son unique impératif.
Un an s’était écoulé depuis le mariage de Maïa et Lucas Thalen.Douze mois de paix, de reconstruction, de rires simples et de projets neufs.La tempête était loin derrière eux, et chaque matin semblait désormais une promesse d’équilibre retrouvé.Dans leur maison, baignée de lumière, la vie suivait un rythme tranquille.Les rires de Lyann emplissaient les couloirs, les pas feutrés de Maïa dans la cuisine, le cliquetis du clavier de Lucas dans son bureau — autant de sons familiers qui composaient la musique de leur quotidien.Ce matin-là, Maïa se tenait près de la fenêtre, une tasse de café chaud entre les mains. Le soleil filtrait à travers les rideaux, dessinant sur son visage des ombres dorées.Elle observait Lyann, qui, du haut de ses quinze mois, s’amusait à empiler des cubes colorés, riant chaque fois que la tour s’effondrait.Lucas apparut derrière elle, encore en chemise, les cheveux légèrement ébouriffés. Il passa un bras autour de sa taille et posa son menton sur son épaule.
Le soleil se levait lentement sur la ville, enveloppant les immeubles d’une lueur dorée. Dans la grande maison du couple Thalen, tout semblait calme, paisible, presque irréel après les tempêtes qu’ils venaient de traverser.Le rire clair de Lyann résonnait dans le salon. Il tapait joyeusement sur son hochet, fasciné par le bruit que faisaient les perles colorées. Ce son innocent suffisait à effacer toutes les angoisses des derniers mois.Assise sur le tapis, Maïa observait son fils avec un sourire attendri. Il avait grandi, ses joues s’étaient arrondies, ses yeux brillaient d’une curiosité insatiable.Depuis l’arrestation de Victor, tout avait changé. L’atmosphère dans leur vie, comme dans l’entreprise, avait lentement retrouvé son équilibre.Lucas descendit les escaliers, chemise légèrement froissée, un dossier sous le bras. Ses traits paraissaient plus détendus, ses gestes moins pressés.— « Voilà la plus belle vision du matin, » dit-il en s’approchant.Maïa leva les yeux, amusée.—
Le soleil du matin avait l’air timide, comme s’il hésitait à percer un ciel encore chargé de souvenirs. Au siège, l’ambiance était plus légère que les semaines précédentes, mais la prudence restait de mise. Les équipes avaient retrouvé un rythme, les services fonctionnaient à nouveau, mais chacun savait que la blessure était encore fraîche. Lucas et Maïa le savaient mieux que quiconque : réparer prenait du temps, et la vigilance ne se relâchait pas.Après l’entretien au commissariat, la journée avait été dense. Les enquêteurs avaient reçu les éléments fournis par Victor ; certains contacts externes étaient désormais identifiés. Les premières suites judiciaires commençaient à se dessiner. Des ordonnances, des mandats, des vérifications bancaires — tout s’enchaînait avec sérieux. Les policiers du dossier avaient mobilisé des équipes spécialisées pour remonter la chaîne des complicités. L’objectif était clair : isoler entièrement Alexandre et ses relais, réduire ses capacités d’action, e
L’entreprise retrouva enfin un peu de calme.Les jours qui suivirent l’arrestation de Victor furent étranges, presque silencieux.Dans les bureaux, les employés parlaient à voix basse, comme s’ils avaient peur de réveiller un mauvais souvenir.Plusieurs n’en revenaient toujours pas.Celui qu’ils voyaient chaque jour, si poli, si sûr de lui, avait en réalité trahi tout le monde.Lucas passa la semaine à tout remettre en ordre :les accès aux serveurs, les dossiers internes, les partenariats suspendus.Maïa l’aidait à chaque étape.Elle notait, classait, contactait les équipes.Leur complicité, déjà forte, devint une force tranquille.Un matin, la police confirma la nouvelle que tout le monde attendait :les preuves étaient solides.Victor avait bien organisé le sabotage interne.Il avait manipulé des données, volé des informations, et tenté de faire tomber l’entreprise au profit d’un autre homme.— « Alexandre Valois, » murmura Lucas en lisant le rapport.Maïa serra la mâchoire. Ce nom
Le lendemain du dernier verre pris sur la terrasse, l’air au siège semblait plus lourd. Les lumières s’allumaient comme d’habitude, les ordinateurs allaient à leur rythme, mais pour Lucas et Maïa rien n’était ordinaire. Ils avaient passé des nuits à sécuriser des copies, à vérifier des heures, à recouper des traces. Tout était rassemblé dans des dossiers chiffrés et des clés physiques soigneusement cachées. L’étau était prêt. Il ne restait plus qu’un moment : celui où Victor reviendrait au bureau.Ils avaient décidé d’attendre. Pas parce qu’ils avaient peur, mais parce que la précipitation pouvait ruiner des mois de travail. Victor savait manipuler les apparences. Le prendre sans respecter la procédure aurait donné au directeur adjoint une chance de se défendre, de retourner les preuves, ou pire : de faire croire qu’on l’avait piégé. Lucas et Maïa voulaient que tout soit net, simple, indiscutable. La justice, pas la rumeur, devait faire son travail.Ce matin-là, il
Le lendemain matin, le siège semblait calme, presque trop. Les couloirs baignaient dans une lumière uniforme, les écrans affichaient des rapports et des emails comme d’habitude. Mais Lucas et Maïa savaient mieux. Chaque pas, chaque sourire feint de leurs collègues pouvait cacher une observation, chaque geste pouvait être surveillé. Ils avaient passé la nuit à revoir le plan, à s’assurer qu’aucune action ne trahirait leurs intentions.Lucas arriva le premier. Son costume sombre et son regard neutre lui donnaient l’air d’un employé ordinaire, presque indifférent. Il salua quelques collègues, échangea quelques mots mesurés, et s’installa à son bureau. Son ordinateur s’alluma, les emails défilaient, il prit des notes sur un carnet. Tout semblait normal. Tout devait sembler normal.Maïa, de son côté, fit le tour des étages avec son rythme habituel. Elle salua la comptabilité, fit semblant de récupérer un rapport en informatique, puis s’arrêta devant la machine à café. C







