LOGINArthurLe dîner est fini, les portes se referment derrière le roi et la reine. Le silence tombe. Lourd. Juste elle et moi.Le salon est immense. Sofas en velours crème, tables basses en bois d’olivier. Des fenêtres ouvertes sur les jardins. L’air de la nuit entre, chaud, avec l’odeur du jasmin.Noor est assise en face de moi. Droite, parfaite, les mains posées sur ses genoux. La robe bleu saphir capte la lumière. Je ne peux m’empêcher de la regarder.Elle est belle. D’une beauté royale. Inattaquable. N’importe quel homme voudrait la voir à ses côtés. Pour son statut, pour son visage, pour son nom. Et pour l’intelligence qu’on sent dans son calme.Le silence dure trop longtemps. Il faut que je parle. Je suis le prince.Je lance le seul sujet que je connais.« Princesse, » je commence, la voix posée. « Votre travail avec les écoles dans le sud. C’est un projet important pour la stabilité de la région. L’Angleterre pourrait être intéressée par un partenariat. Sur l’éducation, sur le long
Arthur L’avion touche le sol. Un petit coup, puis le roulage. Les hublots sont sombres. Dehors, la nuit d’Amman. Je serre le petit mouchoir de Lila une dernière fois avant de le remettre dans la poche.La porte s’ouvre, l’air chaud me frappe au visage. L’odeur du jasmin, de l’encens.En bas des marches, ils sont là. Deux rangées de gardes jordaniens. Uniforme impeccable. Et au centre, un homme en costume traditionnel. Le représentant du roi.Il s’avance, il s’incline légèrement.« Votre Altesse Royale, Prince Arthur Fidelis Ki d’Angleterre, au nom de Sa Majesté le Roi Abdullah II, Roi de Jordanie, je vous souhaite la bienvenue. Que votre séjour parmi nous vous soit agréable et fructueux. »Je hoche la tête, royal, vide.« Merci. »Elena est derrière moi, discrète. Des valises sont prises. On m’ouvre la portière d’une voiture noire, drapeau jordanien sur le capot.Le trajet jusqu’à l’hôtel se fait en silence. Les rues défilent, les minarets éclairés, le désert au loin. Je ne regarde r
ArthurJe suis encore dans l’église. L’odeur de l’encens, le froid de la pierre. Lila vient de partir. J’ai embrassé son front comme un homme qui enterre ce qu’il aime. J’ai dit à Elena « ramenez-là chez elle. »Elena, ma garde rapprochée, la femme en costume. Elle a hoché la tête, sans un mot.Je l’ai regardé partir avec Lila. Le cœur lourd comme du plomb.Elle revient seule, des minutes plus tard. Elle ouvre la portière, je monte sans un mot. Silence tout le trajet. La pluie contre la vitre.On arrive au palais. Je traverse la cour, mes bottes claquent sur les dalles.« Je dois voir Sa Majesté. Maintenant. »« Le roi est occupé, votre Altesse. »J’attends. Debout, dans le couloir, les poings serrés.Deux heures plus tard, la porte s’ouvre.« Le roi vous reçoit, Prince Arthur Fidelis Ki. »Fidelis, le nom qu’on m’a donné à ma naissance. Fidèle, loyal jusqu’à la mort.Quand mon père prononce mon nom complet, c’est que ça va saigner.J’entre. Mon père ne lève pas les yeux. Il signe, le
LilaLe dîner finit par se terminer. Les assiettes se vident, les conversations s’éteignent doucement. Maman propose d’aller au salon.« Pour rester un moment en famille, » dit-elle.On se déplace. Le grand salon, les canapés trop mous, la lumière trop douce. L’odeur du café qui traîne encore dans l’air.Je m’assieds, je prends mon téléphone. Par réflexe, par panique. Je le déverrouille, je verrouille, je déverrouille encore. L’écran reste noir, aucune vibration, aucun nom. Mes pouces tremblent sur la coque. Deux semaines, deux semaines sans Wells. Deux semaines à attendre un miracle dans ma poche.Chloe me remarque. Elle s’approche, elle s’assoit sur l’accoudoir à côté de moi.« Lila ? » sa voix est douce et inquiète. « Tout va bien ? Tu attends un message ? Un appel ? »La question me transperce. Trop directe, trop vraie. Elle met des mots sur la honte que je cache depuis le début du dîner. Je lève les yeux, je force un sourire.« Non, ça va. » ma voix casse à la fin.Je ne supporte
LilaJe suis devant mon miroir. Le mascara à la main. La main qui tremble. Je m’apprête, mécaniquement. Rouge à lèvre, un trait d’eye liner, comme si le fond de teint pouvait cacher le vide. Derrière moi, la porte grince.« Tu peux entrer. »Je ne me retourne pas tout de suite. Je me connais. Si je me vois dans le miroir maintenant, je vais craquer.Des pas, lents, lourds. Je lève les yeux.Mon père, il est là, dans le reflet. Grand, droit, les épaules un peu tombées. Il me regarde. Pas ma robe, pas mon maquillage. Moi. Il analyse, il cherche, il sonde.Je vois tout sur son visage. L’inquiétude, la colère qu’il retient, la peur de me perdre encore.Depuis James, depuis l’église, depuis Wells. Il porte tout ça dans ses rides.Alors je me retourne. Je traverse la pièce, le miroir derrière moi. Et je lui souris. Un sourire dressé, appris.« Papa, ça va. »Ma voix sort trop vite, trop légère.« Je vais bien. Je te jure. Je n’ai plus mal pour James. C’est fini, je te promets. »Je mens, je
LilaDes jours, des nuits. Des heures qui s’étirent. Des secondes qui piquent. Des tierces, je compte même les minutes entre deux respirations.Mon téléphone ne me quitte plus. Je dors avec sous l’oreiller. Je mange avec posé à côté de mon assiette. Je fais semblant de vivre avec dans la main.Chaque sonnerie me fait sursauter. Chaque vibration me transperce. Chaque notification… je retiens mon souffle. Et chaque fois, ce n’est pas lui.Depuis l’église, plus rien. Pas un message. Pas un appel. Pas un mot. Juste le souvenir de ses lèvres sur les miennes. Juste le poids de ses mains sur mon visage. Juste sa voix « il est temps que tu partes, Lila. »Je garde espoir. Je m’accroche. Je me dis qu’il prépare quelque chose. Qu’il règle ses mots comme une prière. « J’ai foi. Fais-moi confiance. »Mais la vérité, elle, ne me lâche pas. La vérité me murmure la nuit quand je ne dors pas : Wells t’a oublié. Peut-être qu’il n’y avait rien de sérieux. Peut-être que ce baiser dans l’église n’était q
LilaJe descends l’escalier. Le talon de ma botte claque sur le bois. Une fois. Deux fois. Silence dans la cuisine.Papa lève le nez de son journal. Maman lâche sa tasse de thé. Ils me regardent. Fixement. Comme si j’avais une troisième jambe.« Lila ? » Maman cligne des yeux. « Tu… tu sors. »Je
LilaJe me gare devant chez mes parents. Moteur coupé. Mains sur le volant. Respirer. La maison est la même. Volets bleus, Glycine qui mange la façade. Sauf que ce soir, il y a deux valises devant la porte. Et la Volvo de James.Non, non, non.La porte s’ouvre avant que j’aie le temps de faire dem
Lila« Salut… toi, » il répète.Son verre tinte contre le mien. Le bruit est net. Réel. Contrairement à tout ce que je viens de quitter sous la tente.Je bois une gorgée. Le whisky descend, brûle, me rappelle que j’ai encore un corps. Que je ne suis pas un fantôme.« Toi, » Je souffle. « C’est bien
LilaL’enveloppe crème atterrit sur mon paillasson avec la délicatesse d’une bombe.Mademoiselle Lila Matthews est priée d’assister au mariage de Miss Chloe Bennet et Mr James Carter. Samedi 14 juin. Ashford Manor, Kent. Cérémonie à 15h.Je la fixe. Longtemps. Le papier est épais. Lettrage doré. Il







