ログインLuck
Le téléphone sonne au milieu de la nuit.
Je suis dans mon bureau, je ne dors pas, je ne dors plus depuis qu'elle est partie. Je regarde des photos de la côte, des plans, des itinéraires possibles. Gallagher est affalé sur le canapé, il ronfle légèrement.
Je décroche.
— Allô ?
Une voix. Étouffée. Déformée par un appareil ou un
Je retire ma main de la sienne. Lentement. Doigt après doigt. Je sens sa résistance, cette force avec laquelle il veut me retenir. Je sens son désespoir dans cette poigne qui se resserre une seconde, puis qui se relâche. Comme s'il savait que me forcer serait pire. Comme s'il commençait à comprendre.Je retire ma main. Je la pose sur mes genoux. Mes doigts tremblent. Je les regarde trembler, fascinée par cette vibration que je ne contrôle pas. Mes ongles sont cassés, mes phalanges rougies par le froid. Ce ne sont plus mes mains. Ce sont les mains d'une étrangère.— Alessandra...— Je veux voir Leo.— Demain. Il est tard. Tu as besoin de repos. Tu as besoin de te poser. De manger. De dormir. De...— Je veux voir Leo maintenant.Ma voix est ferme. Inébranlable. C'est la seule chose dont je suis sûre, dans ce chaos. Leo.
AlessandraLa voiture roule dans la nuit comme un animal blessé qui cherche son refuge.Les phares découpent un tunnel de lumière dans l'obscurité, révélant des bouts de route, des bouts de lande, des bouts d'arbres qui filent à toute vitesse. Je regarde défiler les paysages par la fenêtre, mais je ne les vois pas. Mon front est collé à la vitre froide. Le contact du verre sur ma peau est une ancre, une chose réelle dans un monde qui ne l'est plus.Je vois autre chose.La lettre de Cormac. Ses mots qui tournent en boucle dans ma tête comme une mélodie qu'on n'arrive pas à oublier. "Tu mérites d'être aimée sans être possédée." Son écriture fine, appliquée, presque scolaire. Les lettres parfaites, alignées, comme quelqu'un qui a appris à écrire proprement pour ne
Je serre les poings si fort que mes ongles s'enfoncent dans ma chair. La douleur est bonne. Elle me rappelle que je suis vivant. Elle me rappelle ce que je ressens.Continue d'avancer. Ce n'est pas le moment. La jalousie peut attendre. La rage peut attendre. La douleur peut attendre. Maintenant, je dois survivre. Pour me venger. Pour la reconquérir. Pour finir ce que j'ai commencé. Pour être celui qui sera là quand Luck échouera, comme il a toujours échoué, comme il échouera toujours.Cent vingt-trois pas. Cent vingt-quatre. L'air change. Il devient plus frais, plus humide, plus salé. La mer. Je la sens avant de la voir. Son odeur d'iode et de varech. Son bruit, ce grondement permanent qui ne s'arrête jamais, qui rythme les marées et les saisons. Sa présence immense, indifférente, éternelle.Cent trente-cinq. Cent trente-six. Mes cuisses commencent à brûler. La pente s'est inversée, je monte maintenant vers la sortie. L'air est plus vif, plus léger. Je sens l'humidité sur ma peau, cet
CormacJe les entends arriver avant même de les voir.Le vrombissement des moteurs, loin d'abord, comme un bourdonnement à peine perceptible, une vibration qui monte du sol, qui traverse les murs, qui se glisse sous ma peau. Puis plus proche. Plus distinct. Le bruit des pneus sur les graviers de la piste, ces graviers que j'ai moi-même disposés, que j'ai moi-même choisis, que j'ai moi-même répandus pour entendre venir ceux qui voudraient me prendre ce qui m'appartient.Ironie du sort. C'est moi qui ai préparé leur venue.Je suis dans la cuisine, une tasse de café à la main, immobile au milieu de la pièce. Le café est froid. Il est froid depuis des heures. Je n'ai pas dormi. Je n'ai pas fermé l'œil. Je savais qu'ils viendraient. Je savais que Luck finirait par me trouver. C'était juste une question de temps. De patience. De stratégie. Et j'ai choisi de ne pas me battre.Pas cette fois.La tasse tremble légèrement dans ma main. Pas de peur. Pas d'émotion. Non. C'est autre chose. C'est l
Le silence. Un silence immense, absolu. Derrière lui, dans le couloir, les mercenaires continuent de fouiller la maison. Des bruits de pas, des voix étouffées. Mais entre nous, il n'y a que ce vide. Ce gouffre.— Qu'est-ce que tu racontes ? Il t'a fait quoi ? Il t'a droguée ? Il t'a lavé le cerveau ?— Personne ne m'a lavé le cerveau. Pour la première fois, je pense par moi-même. Et ce que je pense, c'est que tu m'as détruite, Luck. Pendant des années.— Alessandra...— Tu m'as humiliée. Devant tout le lycée. Devant tes amis. Devant tout le monde. Tu as fait de moi ta chose, ta pute, ton souffre-douleur. Tu m'as regardée comme une merde, tu m'as traitée comme une merde, tu m'as fait croire que je ne méritais rien de mieux que tes restes.— C'était avant. Avant que je sache. Avant que je comprenne
LuckJe n'abandonne pas.Je ne sais pas ce que ça veut dire, abandonner. Je ne l'ai jamais appris. Mon père m'a appris à frapper, à écraser, à gagner. Ma mère m'a appris à encaisser, à me taire, à sourire. Personne ne m'a appris à lâcher prise. Personne ne m'a appris à laisser partir ce que j'aime.Alors je ne laisse pas partir.Gallagher entre dans mon bureau. Il a cette expression qu'il a quand il va dire quelque chose que je ne veux pas entendre.— Luck, on a parlé avec les types de la sécurité. Ils ont localisé la maison. La vraie, cette fois. Pas un leurre.— Où ?— Landes. Zone isolée. À quatre heures d'ici.— On y va.— Attends. C'est une zone difficile. Terrain accidenté, pas de routes, pas de repères. Si
AlessandraLe choc de l’eau est tiède, mais il me fait frissonner. Ce n’est pas la température. C’est l’inversion. Le renversement complet. Je suis devenue l’objet à nettoyer, la toile sur laquelle il étend ses mains avec une intention nouvelle, terrifiante.Il ne prend pas l’éponge. Il utilise ses
AlessandraIl redescend alors. Sa bouche quitte mes seins, emprunte le chemin plat de mon ventre, et avant que je ne réalise son intention, elle est là, à la place de ses doigts.Le choc est absolu.C’est une sensation que je n’ai jamais connue, que je n’aurais jamais pu imaginer. La chaleur humide
AlessandraMa main tremble. Une vibration incontrôlable qui part de mon poignet et se propage jusqu’au bout de mes doigts. La crème, d’un blanc laiteux, contraste violemment avec la peau sombre et tendue de son sexe. Je respire un grand coup, l’air sifflant entre mes dents serrées.Je le touche.Le
AlessandraLe mensonge de Luck. Bien sûr. Je lève la tête, essuyant mes joues d’un revers de main rapide. Je dois sourire. Je dois le rassurer.— Tout va bien, je te promets. Le travail est… prenant. Mais je vais bien. Et toi ? Les médecins, que disent-ils ?Il esquisse un sourire, un pâle reflet d







