LOGINLuck
Le premier jour, je lui envoie des fleurs.
Je passe une heure chez le fleuriste. Une heure à tourner en rond entre les bouquets, à sentir les parfums, à toucher les pétales. Une heure à me demander ce qu'elle aime, ce qu'elle déteste, ce qui la fait sourire. Je ne sais plus. J'ai tout oublié. Ou peut-être que je n'ai jamais su.
— Les roses blanches, dis-je finalement. C'est ce qu'elle pr&eacut
Sa voix se fait plus ferme. Pas dure. Ferme. Comme une main qu'on pose sur une épaule pour empêcher de tomber.— C'est ce qu'ils représentent pour vous. Luck, c'est la douleur que vous connaissez. L'humiliation familière. L'amour qui fait mal. Le schéma que vous avez appris depuis l'enfance. Celui qui dit : "Pour être aimée, il faut souffrir."— Et Cormac ?— Cormac, c'est une illusion de sécurité. Un refuge factice. Une promesse d'être vue, d'être choisie, d'être la seule. Votre cerveau ne choisit pas entre deux hommes. Il essaie de survivre entre deux dangers. Il essaie de trouver la sortie d'un labyrinthe où tous les chemins mènent à la douleur.Je la regarde. Ses mots résonnent en moi comme une clé qui ouvre une porte que j'avais condamnée, verrouillée, murée. Une porte derrière laquelle il y a
Le Dr. Marchand me reçoit trois jours plus tard.Trois jours à hésiter. Trois jours à chercher des raisons d'annuler. Trois jours à me dire que je n'ai pas besoin de ça, que je vais bien, que ça va passer. Trois jours à repousser, à tergiverser, à trouver des excuses.Mais je viens quand même.Son cabinet est dans le centre-ville, un immeuble ancien avec des escaliers en pierre usés par les pas de tous ceux qui sont venus avant moi. Une plaque en cuivre sur la porte, polie par les doigts. "Sophie Marchand, Psychologue clinicienne." Je monte les marches lentement. Mes jambes sont lourdes, comme si elles étaient remplies de sable. J'ai envie de faire demi-tour. J'ai envie de rentrer chez moi, de me glisser sous les draps, de ne plus sortir, de ne plus voir personne, de ne plus parler à personne.Je frappe quand même.La porte s'ouvre.
Leo va bien. Leo va guérir. Leo a souri.Mais au fond de moi, une voix murmure. Une voix que je connais trop bien. Celle de mes nuits. Celle de mes cauchemars. Celle qui ne se tait jamais."Et toi ? Est-ce que tu vas guérir ?"Je n'ai pas de réponse.Je n'ai jamais eu de réponse.Je n'aurai peut-être jamais de réponse.Je reste là, dans le noir, à écouter le silence, à attendre le jour, à attendre que tout recommence. Les cauchemars reviendront. Ils reviennent chaque nuit. Chaque nuit, je me perds dans cette pièce blanche. Chaque nuit, Luck me frappe et Cormac me sauve. Chaque nuit, je ne sais plus qui est qui.Mais pour l'instant, Leo va bien. Leo va guérir. Leo a souri.Pour l'instant, ça suffit.Alessandra— Tu devrais voir quelqu'un, me dit Leo.Nous sommes dan
Le visage de Luck est encore là, imprimé dans ma rétine. Ses yeux durs. Ses lèvres minces. Sa main qui se lève, qui s'abat, qui frappe. La douleur sur ma joue, si réelle, si présente, si vivante que je dois porter la main à ma peau pour vérifier qu'il n'y a pas de bleu, pas de marque, pas de trace.Il n'y a rien. Ma peau est intacte. Lisse. Blanche. Pas la moindre rougeur.Mais la douleur est là. Fantôme. Souvenir. Menace.Le visage de Cormac est là aussi. Ses yeux noirs. Ses mains douces. Ses lèvres chaudes. Sa voix qui supplie. Sa voix qui dit "reste". Sa voix qui dit "j'ai besoin de toi".Je ne sais plus qui est le bourreau et qui est la victime.Je ne sais plus qui me veut du bien et qui me veut du mal.Je ne sais plus qui est l'ombre et qui est la lumière.Je ne sais plus qui aimer et qui haïr.Je ne sais plu
La douleur s'estompe.La brûlure s'apaise.La marque de Luck s'efface sous ses doigts comme la neige au soleil.— Lève-toi, dit-il.Il passe ses mains sous mes bras. Ses paumes sont larges, fermes. Il me soulève comme on soulève un enfant, sans effort, avec une douceur infinie. Mes jambes tremblent. Je vacille. Il me tient contre lui. Son corps est chaud, solide. Je m'y appuie sans le vouloir.— Pourquoi tu fais ça ? je murmure.Ma voix est à peine un souffle. Je ne sais même pas si j'ai parlé ou si j'ai pensé. Je ne sais plus où je suis. Je ne sais plus qui je suis.— Parce que tu mérites mieux. Parce que tu as toujours mérité mieux.Il écarte une mèche de mes cheveux. Ses doigts glissent sur ma tempe, descendent le long de ma joue, s'attardent sur ma lèvre inférieure. Son regard est intense, absolu. Il me regarde comme si j'étais la seule chose qui existe dans cet univers blanc. Comme si j'étais tout.— Tu es belle, dit-il. Tu es si belle.— Ne mens pas.— Je ne mens jamais. C'est m
Ce rire. Je le connais. Je l'ai entendu mille fois dans les couloirs du lycée, dans les couloirs de ma mémoire, dans les couloirs de mes nuits. Un rire froid, méprisant, qui me glace le sang, qui me vide de toute substance, qui me réduit à rien.Il se penche sur moi. Sa main attrape mes cheveux. Ses doigts s'enfoncent dans mon crâne, tirent, arrachent. Ma tête bascule en arrière. Je suis forcée de le regarder. Son visage est tout près du mien. Je sens son souffle. Il sent l'alcool et la cigarette et la haine.— Tu n'es rien, Alessandra. Rien. Tu le savais, n'est-ce pas ? Depuis le début. Depuis toujours. C'est pour ça que tu restais. C'est pour ça que tu revenais. C'est pour ça que tu acceptais tout. Parce que tu savais que tu ne méritais pas mieux. Parce que tu savais que tu n'étais pas digne d'être aimée.Des larmes coulent sur mes joues. Elles sont chaudes sur ma peau meurtrie. Elles coulent le long de mon cou, se perdent dans le tissu de ma chemise de nuit. Je veux répondre. Je ve
AlessandraJe pousse la porte de son bureau sans frapper.Luck lève les yeux. Ses iris clairs s'attardent sur la robe rouge une seconde de trop.— Tu es ponctuelle.— Tu as dit 11 heures.Il pose son stylo.— Ferme la porte.Je la ferme.L'espace est vaste, baigné de lumière. Derrière lui, la ville
Alessandra Il accélère, s’enfonçant plus profondément, et ses doigts sur mon sexe deviennent plus insistants, plus rapides, suivant un rythme diabolique qui fait monter la pression en moi à un point intolérable. Je lutte, je me tords, mais chaque mouvement amplifie les sensations. Mes résistances
Luck AdlerSon regard est un lac gelé, mais au plus profond, je vois passer quelque chose. De la terreur, oui. Mais autre chose. Une lueur noire, un écho à ma propre folie. C’est cette lueur que je veux saisir, éteindre ou enflammer, peu importe.— Il veut t’inviter à dîner ? reprends-je, la voix d
AlessandraLe silence entre nous est épais comme la buée sur le verre. Il n’est rompu que par le léger ronronnement de la ventilation. Je regarde ce visage de statue, ces yeux qui m’inspectent comme un spécimen défectueux, et quelque chose en moi se fige, puis se cristallise en une lame de rage pur







