LOGINJe suis dans une voiture garée de l'autre côté de la rue. Vitres teintées, moteur silencieux. Je la regarde sortir, fermer sa porte, vérifier deux fois qu'elle est bien verrouillée. Je la regarde marcher, son sac à main sur l'épaule, son pas rapide, presque pressé. Je la regarde disparaître au coin de la rue.
Elle est plus maigre. Ses vêtements, qui étaient ajustés, flottent maintenant
Je suis dans une voiture garée de l'autre côté de la rue. Vitres teintées, moteur silencieux. Je la regarde sortir, fermer sa porte, vérifier deux fois qu'elle est bien verrouillée. Je la regarde marcher, son sac à main sur l'épaule, son pas rapide, presque pressé. Je la regarde disparaître au coin de la rue.Elle est plus maigre. Ses vêtements, qui étaient ajustés, flottent maintenant sur elle. Ses joues sont creuses, ses pommettes saillantes. Ses yeux sont cernés, deux croissants violets qui lui mangent le visage. Elle ne dort pas. Elle ne mange pas. Elle ne vit pas.À cause de moi. À cause de lui. À cause de tout ce qu'on lui a fait. À cause de cet amour qui la détruit.Le soir, elle rentre tard. L'hôpital, toujours l'hôpital. Son frère. Leo. Le seul être qui compte vraiment pour elle. Le seul
Je hoche la tête. Leo a raison. Il a toujours raison. Ce gamin allongé sur un lit d'hôpital, qui se bat pour sa vie, qui tousse son sang dans des mouchoirs, qui voit plus clair que je n'ai jamais vu.— Je vais essayer.— C'est tout ce qu'on te demande.Je sors de l'hôpital. La boîte sous le bras. Je la serre contre moi comme un bouclier. Le ciel est dégagé, le soleil est bas, la ville brille. Les gens marchent, parlent, rient. La vie continue. Indifférente. Aveugle.Je marche dans les rues. Je ne sais pas où je vais. Mes pieds me portent sans que je les guide. Je marche, et je pense à elle. À la petite fille qui écrivait des lettres d'amour à un monstre. À l'adolescente qui dessinait mes yeux dans son cahier, qui les coloriait en bleu, qui les faisait briller. À la jeune femme qui a vendu son âme pour sauver son frère, qui a accepté l'inacceptable, qui a traversé l'enfer pour que je puisse, moi, être libre.Je pense à tout ce que j'ai fait. À tous ces mots que j'ai dits. À tous ces ge
Elle rit encore. Je ris aussi.Dehors, le ciel s'éclaircit. Le soleil perce les nuages, dessine des rayures dorées sur les murs blancs de la chambre, sur les draps, sur nos mains. La pluie s'arrête. Les oiseaux se remettent à chanter. Un nouveau jour commence.Je ferme les yeux. Sa main est dans la mienne. Sa tête est sur mon épaule. Son souffle est régulier, apaisé.Pour la première fois depuis des jours, je sens que ça va aller. Pour elle. Pour moi. Pour nous.Luck---Leo me tend une boîte en carton avant que je parte.Ses mains sont faibles, ses doigts tremblent un peu, mais il tient la boîte comme on tient une relique, comme on tient un trésor. La boîte est usée, les coins écornés, le couvercle taché. Une boîte à chaussures, ou à souvenirs, ou à secre
Elle relève la tête. Ses yeux sont rouges, gonflés, mais ils sont secs maintenant. Plus de larmes. Juste cette lumière dure, cette flamme qui danse au fond.— Et maintenant, Luck ? Maintenant que tu sais, qu'est-ce que tu vas faire ?— Tout ce que tu voudras. Tout ce dont tu auras besoin. Je passerai le reste de ma vie à me faire pardonner si tu me laisses. Je serai ce que tu veux. Je ferai ce que tu veux. Je deviendrai ce que tu veux.— Et si je ne te laisse pas ? Si je ne te pardonne jamais ?Il reste immobile. Ses mains retombent le long de son corps. Son visage se vide. Il devient blanc, très blanc, comme s'il avait perdu tout son sang d'un coup.— Alors je passerai le reste de ma vie à essayer de mériter ton pardon sans jamais te demander rien. Je resterai loin. Je serai invisible. Je ferai en sorte que tu n'aies jamais à me voir. Mais je t'aime
Alessandra est immobile sur le rebord de lafenêtre. Ses mains sont crispées sur le rebord. Ses jointures sont blanches. Ses ongles s'enfoncent dans le bois.— Elle avait des règles, Luck. Des centaines de règles. Alessandra n'avait pas le droit de parler trop fort. Pas le droit de rire trop fort. Pas le droit de pleurer. Pas le droit d'être en colère. Pas le droit de vouloir quoi que ce soit. Pas le droit d'être. Chaque jour, elle devait être parfaite. Silencieuse. Invisible. Absente.Je marque une pause. La toux me reprend. Alessandra ne bouge pas. Elle regarde par la fenêtre. Son visage est vide, comme une maison abandonnée.— Et quand Alessandra désobéissait, quand elle faisait quelque chose de mal, quand elle était trop bruyante, trop visible, trop présente, notre mère l'enfermait. Dans le placard sous l'escalier. Pas un placard à v&
Peur de ne plus pouvoir se cacher.Elle se rassoit. Elle pose ses mains sur ses genoux. Elles tremblent. Elles tremblent comme des oiseaux pris au piège, comme des feuilles dans la tempête.— Qu'est-ce que tu vas lui dire ? demande-t-elle.— La vérité.— Quelle vérité ?— Celle que tu n'as jamais osé lui dire. Celle que notre mère t'a empêchée de lui dire. Celle que tu portes depuis trop longtemps.Son visage se décompose. Je vois la panique monter dans ses yeux, cette panique qu'elle connaît bien, celle qui dit "non, pas ça, pas maintenant, pas jamais". Ses lèvres tremblent. Ses mains se serrent l'une contre l'autre, s'entrelacent, s'écrasent.— Leo, s'il te plaît...— Non. Ça suffit. Ça suffit de te voir comme ça. Ça suffit de te voir douter,
Luck Je l’entends. Pas vraiment, pas clairement. Mais je sais. Je sais qu’elle ne dort pas. Je perçois le silence trop actif de la salle de bain, ce silence qui vibre de colère rentrée et de veille forcée. Elle se terre. Elle se recompose. Contre moi.L’image de son visage sous la douche, l’eau ru
AlessandraL’aube s’est installée, grise et indifférente. Je suis restée sur le perron jusqu’à ce que le froid humide pénètre l’épaisseur du peignoir et me fasse frissonner jusqu’aux os. Les oiseaux ont commencé leurs cris. La vie, stupide et ordinaire, a repris son cours, ignorant le cataclysme de
Alessandra Il accélère, s’enfonçant plus profondément, et ses doigts sur mon sexe deviennent plus insistants, plus rapides, suivant un rythme diabolique qui fait monter la pression en moi à un point intolérable. Je lutte, je me tords, mais chaque mouvement amplifie les sensations. Mes résistances
Luck AdlerSon regard est un lac gelé, mais au plus profond, je vois passer quelque chose. De la terreur, oui. Mais autre chose. Une lueur noire, un écho à ma propre folie. C’est cette lueur que je veux saisir, éteindre ou enflammer, peu importe.— Il veut t’inviter à dîner ? reprends-je, la voix d







