LOGINAlessandraLe lycée est vide.C'est les vacances scolaires, les couloirs sont silencieux, les salles de classe désertes. Nous avons obtenu une autorisation spéciale pour venir, Luck et moi. Il a utilisé ses contacts, comme toujours. Il a dit que c'était important, que c'était nécessaire, que nous avions besoin de revenir ici pour tourner une page.Je n'étais pas sûre de vouloir. Ce lieu est chargé de tant de souvenirs douloureux, d'humiliations, de larmes. Chaque pierre, chaque recoin, chaque fenêtre me rappelle celle que j'étais, cette jeune fille effacée, terrorisée, qui écrivait des lettres qu'elle n'envoyait jamais, qui aimait en silence un garçon qui la méprisait.Mais Luck a insisté. Et maintenant que je
Le Dr Marchand hoche la tête.— C'est un schéma classique. Les enfants qui grandissent dans des environnements où l'amour est conditionnel, ou absent, développent souvent une incapacité à recevoir l'amour. Ils ne savent pas quoi en faire, alors ils le repoussent, le sabotent, le détruisent. C'est plus facile que d'accepter d'être aimé, parce qu'accepter d'être aimé, c'est prendre le risque d'être abandonné.— Oui. C'est exactement ça.— Et maintenant, vous voulez changer ce schéma.— Oui. Je veux apprendre à recevoir son amour. À lui faire confiance. À ne plus avoir peur qu'elle parte.— C'est un beau projet. Un projet difficile, mais beau. Et je suis là pour vous aider.Je la regarde. Elle
Luck s'approche du lit. Il s'arrête, maladroit, ne sachant pas quoi dire. Puis il prend une grande inspiration.— Leo, je suis désolé. Pour le restaurant. Pour avoir douté de ta sœur. Pour avoir failli à ma promesse. Je suis désolé.Leo le regarde longuement. Puis il tend sa main, celle qui n'a pas de perfusion.— Serre-moi la main, dit-il.Luck s'exécute, doucement, avec précaution.— Plus fort. Je ne suis pas en sucre.Luck serre plus fort. Leo soutient son regard.— Prends soin d'elle. C'est tout ce que je te demande. Prends soin de ma sœur.— Je le ferai. Je te le promets.— Bien. Alors on n'en parle plus. Maintenant, racontez-moi. Qu'est-ce que
Je ris doucement, un rire mouillé de larmes.— Tu as toujours veillé sur moi. Même quand tu ne le savais pas.Je sors de la chambre. Je traverse les couloirs de l'hôpital, mes pas résonnant sur le linoléum. Je salue les infirmières, je prends l'ascenseur, je sors dans l'air frais du soir.Et je rentre chez nous.Alessandra---La maison est silencieuse quand je pousse la porte.Trop silencieuse. Le salon est vide, la cuisine est vide, les chambres sont vides. Une boule d'angoisse se forme dans ma poitrine. Où est-il ? Est-il parti ? M'a-t-il abandonnée, cette fois ?Puis je vois la lumière, sous la porte de son bureau.Je m'approche doucement. La porte est entrouverte. Je la pousse, sans bruit.
Alessandra— Il est comme il est à cause de ce qu'il a vécu.La voix de Leo est douce, presque un murmure. Il est allongé dans son lit d'hôpital, pâle, fatigué, mais ses yeux brillent de cette sagesse étrange qu'il a toujours eue, même enfant. Je suis assise à son chevet, ma main dans la sienne, et je l'écoute.— Ça n'excuse pas tout, continue-t-il. Il reste responsable de ce qu'il fait. Mais si tu l'aimes, si tu veux vraiment que ça marche entre vous, tu dois l'aider à guérir.Je ne réponds pas tout de suite. Je regarde par la fenêtre, le ciel gris de cette fin d'après-midi, les arbres dénudés qui se balancent dans le vent.
Leo hoche la tête.— Il est comme il est à cause de ce qu'il a vécu, dit-il doucement. Ça n'excuse pas tout. Il reste responsable de ses actes. Mais si tu l'aimes, si tu veux vraiment que ça marche, tu dois l'aider à guérir.— Comment ?— En lui montrant qu'il peut te faire confiance. En étant patiente. En ne cédant pas à ses crises, mais en ne l'abandonnant pas non plus. En lui rappelant, chaque jour, qu'il mérite d'être aimé.Je le regarde. Mon petit frère. Si jeune, si sage. Il a toujours su trouver les mots justes, même dans les moments les plus sombres.— Tu crois que c'est possible ? je demande. Qu'il change vraiment ?— Je crois que tout le monde peut changer, si on lui en donne la
AlessandraLe dernier morceau de pain trempé dans le jus de l’assiette. Il pose sa fourchette avec un clic précis qui résonne dans le silence du bureau. Le son marque la fin d’un acte. Le mien continue.— Tu peux manger, dit-il sans me regarder, en reprenant le document qu’il avait posé sur son bur
AlessandraJe reste plantée là, longtemps après son départ. Le miroir ne me renvoie plus une victorieuse. Il me montre une complice.Rédemption.Le mot résonne dans mon crâne, hideux et séduisant. Il voudrait se racheter ? Se laver de sa boue en faisant de moi son eau sacrée ? Absurde. Mon silence
AlessandraLa nuit est un tunnel sans fin. Je tourne en rond dans cette chambre devenue cellule, hantée par le fantôme de la jeune fille que j’étais. Son rire cristallin résonne dans mes tempes, se superpose au silence lourd de cette maison.Au petit matin, je me retrouve devant la fenêtre, les pau
AlessandraLa nuit qui suit est différente de toutes les autres. Ce n'est pas un vide peuplé de peur. C'est un territoire que je parcours, une reine dans les décombres de son propre royaume. Je n'ai pas dormi. Je n'en avais pas besoin. L'adrénaline est un feu qui nettoie tout sur son passage.Le le







