LOGINSasha
Mes hanches roulent en cercles lents, hypnotiques. Je lève les bras au-dessus de ma tête, laissant la robe glisser encore plus bas sur mes épaules, révélant la courbe de ma colonne vertébrale, la fossette juste au-dessus de mon cul. Mes doigts s’accrochent à mes cheveux, tirent juste assez pour que ma tête se renverse en arrière, exposant ma gorge. Je ris. Un son rauque, brisé, qui n’a rien d’amusé. C’est un défi.
Et il le relève.
Je le vois se pencher en avant, les coudes sur les genoux, les doigts serrés autour d’un verre de vodka pure. Il ne boit pas. Il m’observe. Comme un prédateur qui a repéré sa proie et savoure l’instant avant la curée. Ses lèvres , minces, pâles , se courbent en quelque chose qui n’est pas tout à fait un sourire. Plutôt une promesse.
Puis il lève une main.
Un geste minuscule. À peine un frémissement des doigts.
Et comme par magie, deux de ses gorilles , des types en costard noir, visages de pierre , se matérialisent à mes côtés. L’un d’eux pose une main sur mon bras. Pas brutal. Juste… inévitable.
— Mademoiselle. Monsieur Volkov vous invite en privé.
Je pourrais refuser. Je devrais refuser. Fuir. Disparaître dans les toilettes, trouver une issue de secours, me fondre dans la nuit. Mais quelque chose en moi , quelque chose de tordu, de affamé , me fait sourire.
— Pourquoi est-ce que je ferais ça ?
La voix de l’homme est un grognement sourd.
— Parce que vous n’avez pas le choix.
Je ris à nouveau, plus fort cette fois. Puis je me tourne vers Volkov, là-haut dans son antre. Il n’a pas bougé. Il m’attend.
— Très bien, dis-je en me dégageant. Mais je ne monte pas pour lui.
Je monte parce que je le veux.
Les escaliers menant à la suite privée sont étroits, tapissés de moquette rouge foncé qui étouffe le bruit de mes pas. L’air devient plus lourd à mesure que je grimpe, chargé de l’odeur du cuir, du tabac cher, et de quelque chose d’autre , quelque chose de musqué, d’animal. Lui.
La porte s’ouvre avant que je ne frappe.
À l’intérieur, c’est l’antithèse du chaos du club. Un silence presque religieux. Les murs sont capitonnés de velours noir, les lumières tamisées, juste assez pour voir sans être vu. Un bureau massif en acajou trône au centre, mais ce n’est pas là qu’il est.
Volkov est assis dans un fauteuil en cuir, les jambes écartées, les mains posées sur les accoudoirs comme un roi sur son trône. Il a enlevé sa veste. Sa chemise blanche, impeccable, moulante, épouse les contours de ses épaules, de ses pectoraux. Je vois le contour de ses muscles sous le tissu, la façon dont ils se tendent quand il se lève.
Lentement.
— Fermez la porte, dit-il.
Je m’exécute. Le déclic du verrou résonne comme un coup de feu.
— Tu danses bien.
Sa voix est plus grave que je ne l’imaginais. Raque. Comme du gravier sous des pneus. Elle me fait frissonner.
— Je fais plein de choses bien, rétorqué-je en croisant les bras, ce qui fait remonter mes seins, les offre à son regard.
Il sourit. Enfin. Un vrai sourire. Cruel.
— Montre-moi.
Un ordre. Pas une demande.
Je devrais lui cracher au visage. Lui dire d’aller se faire foutre. Mais au lieu de ça, je sens mes doigts trembler en attrapant l’ourlet de ma robe.
— Tu veux un striptease, c’est ça ?
— Non....Je te veux toi.
Le mot résonne entre nous, lourd de sous-entendus. Je déglutis. Puis, sans me presser, je fais glisser la robe le long de mes épaules. Elle tombe à mes pieds dans un chuchotement de soie.
Je ne porte rien en dessous.
Son souffle se bloque. Juste une seconde. Assez pour que je sache que je l’ai touché. Que cette créature de glace peut brûler.
— Tourne-toi, gronde-t-il.
Je obéis, lentement, laissant ses yeux dévorer chaque centimètre de ma peau. Mes fesses, rondes, fermes. Le creux de mon dos. La courbe de mes hanches. Quand je fais face à lui à nouveau, ses pupilles sont dilatées, noires, affamées.
— Approche.
Je fais un pas. Puis un autre. Jusqu’à ce que je sois assez près pour sentir la chaleur de son corps, pour distinguer l’odeur de son parfum , bois de santal, cuir, et cette note métallique qui doit être lui. Son odeur.
— À genoux.
Ma respiration s’accélère. Je devrais refuser. Mais mes genoux touchent le sol avant même que j’aie fini d’y penser.
Il se penche en avant, attrape une mèche de mes cheveux, l’enroule autour de ses doigts. Tirer. Juste assez pour que je gémisse, pour que ma tête se renverse en arrière, exposant ma gorge.
— Tu es à moi maintenant, murmure-t-il contre ma peau. Tu le sais, n’est-ce pas ?
Je devrais nier. Lutter. Mais les mots qui sortent de ma bouche sont un murmure rauque, brisé :
— Oui....Non..
Et quand sa main glisse entre mes cuisses, trouvant la chaleur humide qui coule déjà, je sais que je mens.
Je ne lui appartiens pas.
Pas encore.
Mais putain, j’en meurs d’envie.
Mon corps est maigre. Trop maigre. Les côtes saillent sous la peau, formant des ombres, des creux, des vides. On compterait chaque côte, chaque vertèbre, chaque os. Les hanches sont pointues, les seins sont petits, les bras sont fins comme des brindilles. La peau est pâle, presque bleue, presque transparente. Les bleus sur mes bras, sur mes cuisses, sur mes côtes. Des bleus anciens, jaunes et verts. Des bleus récents, violets et noirs. Des bleus qui ne partiront jamais, imprimés dans ma chair comme des tatouages, comme des souvenirs, comme des condamnations.La marque sur ma joue. Violette, jaune, verte. Les doigts d'Andreï. Quatre doigts et un pouce. Une main entière imprimée sur mon visage comme une signature, comme une promesse, comme une menace.Je me regarde.Je ne me reconnais pas.Cette femme dans le miroir a les yeux vides, les joues creuses, les lèvres sèc
Mes jambes cèdent, mes genoux touchent le sol, mes mains s'écrasent sur le bitume. Le sol est froid, sale, humide. Il sent l'urine, la peur, la mort. Irina s'accroupit à côté de moi, ses bras m'entourent, sa chaleur me réchauffe.— Pleure, dit-elle. Pleure tout ce que tu as à pleurer. Et après, on se relève. On se relève et on continue.— Je ne peux pas. Je n'en peux plus. Je n'ai plus de force. Je n'ai plus d'espoir. Je n'ai plus rien.— Tu peux. Tu es plus forte que lui. Plus forte que Natacha. Plus forte que tout. Tu as survécu à Dimitri. Tu as survécu à la rue. Tu as survécu à la peur. Tu survivras à Andreï.Je pleure. Je pleure Andreï, ses mains sur le corps d'une autre, ses yeux froids, son indifférence. Je pleure l'amour que j'avais, l'avenir que j'imaginais, la vie que je voulais. Je
SashaJe reste figée sur le seuil.Mes jambes ne me portent plus. Elles sont devenues du plomb, de la pierre, de la glace. Mes mains tremblent sur la poignée, mes doigts sont glacés, mes jointures sont blanches. Mon cœur s'arrête, repart, s'arrête encore. Il bat la chamade, il bat la mort, il bat le vide.Il me voit.Ses yeux se lèvent. Ses yeux gris, ses yeux d'acier, ses yeux de monstre. Il me regarde. Il ne s'arrête pas. Il ne bronche pas. Il ne détourne pas le regard. Il continue à la baiser. Il me regarde pendant qu'il la baise.Ses mains sont sur ses hanches, ses doigts s'enfoncent dans sa chair, ses ongles laissent des marques. Des marques rouges, des marques de violence, des marques de possession. Les mêmes marques qu'il laissait sur moi.Ses yeux sont froids. Cruels. Satisfaits. Il me regarde comme on regarde un ennemi vaincu, une riv
Dans le noir, je vois Sasha. Son visage. Ses cheveux qui tombent sur mes épaules. Ses mains sur mon dos, ses ongles qui s'enfoncent dans ma peau. Sa voix qui dit mon nom, qui le murmure, qui le crie. Andreï. Andreï. Andreï.Je la baise. Je baise Sasha. Je la baise comme je ne l'ai jamais fait. Avec rage. Avec haine. Avec désespoir. Avec toutes les larmes que je n'ai pas pleurées, avec tous les mots que je n'ai pas dits, avec tout l'amour que j'ai détruit.— Andreï, murmure la femme.— Tais-toi.Je ne veux pas entendre sa voix. Je ne veux pas savoir son nom. Je ne veux pas qu'elle parle, qu'elle respire, qu'elle existe. Je veux seulement son corps. Un corps. N'importe lequel. Tant que ce n'est pas le sien. Tant que je peux faire comme si c'était elle. Tant que je peux mentir.Je jouis en pensant à Sasha.Le plaisir explose, bref, violent, dévastateur. La tê
AndreïJe bois.La vodka coule dans ma gorge comme du feu liquide, brûle mon œsophage, incendie mon estomac. Verre après verre, gorgée après gorgée, nuit après nuit. Je bois pour oublier. J'oublie son visage. J'oublie ses yeux. J'oublie la marque sur sa joue. Mais ça ne dure jamais. Dès que l'alcool redescend, dès que la brûlure s'éteint, elle revient. Sasha. Ses yeux noirs. Ses yeux de haine. Ses yeux qui disent "tu as tué ce que tu aimais". Ses yeux qui me jugent, me condamnent, m'exécutent.Je ne dors plus.Le lit est trop grand, trop vide, trop froid. L'oreiller sent encore son odeur, ses cheveux, sa peau, son parfum. Cette odeur qui me rendait fou, qui me faisait bander, qui me faisait vivre. Maintenant, elle me tue. Je ferme les yeux, je vois son visage. Je les rouvre, je vois le plafond. Je les referme, elle est là. Toujours l&ag
Sa main se pose sur mon bras. Ses doigts sont froids, tremblants, fragiles. Si fragiles qu'on dirait qu'ils vont se briser au moindre contact. Elle me regarde avec ses yeux rouges, ses yeux cernés, ses yeux brisés. Ses yeux qui ont vu l'enfer, qui ont traversé la mort, qui ont touché le fond.— Il me trouverait. Il a des hommes partout, des informateurs, des espions. Il a des yeux dans chaque rue, des oreilles dans chaque mur, des mains dans chaque ombre. Il me trouverait, et il te tuerait. Il te tuerait, Kirill. Il te tuerait parce que tu m'as aidée. Il te tuerait parce que tu m'as aimée. Il te tuerait parce que tu existes. Et je ne veux pas que tu meures à cause de moi.— Je préfère mourir que de te voir souffrir.Ma voix est rauque, étranglée, presque inhumaine. Les mots sortent du fond de mes tripes, du fond de mon âme, du fond de ma peur.&mda
AndreïJe referme la porte derrière moi.Un bruit sec. Un clic. Et je sens le masque qui remonte, qui se replace sur mon visage comme une seconde peau. Mes épaules se redressent, ma mâchoire se serre, mes yeux deviennent froids. Le mécanisme est rodé, automatique. Vingt ans d'entraînement. Vingt an
SashaJe bois. Le champagne est frais, pétillant, absurde. On mange en silence, assises par terre, adossées au lit, comme des gamines lors d'une soirée pyjama qui aurait mal tourné.— Il t'a parlé, finit par dire Lena, la bouche pleine. Vraiment parlé. Personne ne fait ça, ici. Les mecs comme lui,
SashaIl m'attire contre lui, m'embrasse sur le front. Un geste tendre, presque paternel, qui me fait fondre.— Sasha, dit-il doucement. Je ne sais pas dire les mots. Je ne sais pas ce que c'est, l'amour. Mais ce qu
LénaJe danse. Je danse comme toutes les nuits, le corps qui bouge au rythme de la musique, l'esprit ailleurs. Mais ce soir, je danse différemment. Parce que tout à l'heure, je l'ai vue. Sasha. En robe rouge







