LOGIN“Liam”
Le même mot que mon père. La même idée.
— Vous vous êtes donné le mot aujourd’hui ?
Elle sourit.
— Bonne journée, Liam.
Et elle s’éloigne avant que je puisse répondre.
Je reste là quelques secondes, immobile, l’observant s’éloigner. Agacé et confus, je secoue la tête et entre dans l’ascenseur. Les portes se ferment lentement.
Et pendant que la cabine descend, une pensée que je déteste traverse mon esprit. Et s’ils essayaient vraiment de me dire quelque chose ? Je chasse immédiatement l’idée. Ava ne me mentirait pas, JAMAIS. Pourtant…
Quand je sors du bâtiment et que je monte dans ma voiture, mon téléphone vibre. Un message ou plutôt un mail. Je vois que Ava m’avait déjà laissé un message, j’ouvre.
“Mon trésor”: “tu es bien arrivé j’espère. Tu me raconteras le soir, bisou”
Je tape rapidement une réponse que je lui envoie avant de glisser mon téléphone dans ma poche. Mais à peine ai-je démarré que les notifications mails se remettent à pleuvoir. Les vibrations se succèdent, de plus en plus insistantes. Pour une raison que je ne m’explique pas, ce son, pourtant familier me stresse d’un coup.
Encore une notification mail. Agacé, je décide d’ouvrir au moins l’objet pour voir de quoi il s’agit. Tout en gardant une main sur le volant, je déverrouille mon téléphone et ouvre ma boîte de réception. Un nouveau message. Aucun expéditeur. Aucun texte. Juste une pièce jointe. Curieux et impatient, j’appuie dessus. L’image s’affiche instantanément à l’écran. Mon sang se fige.
Dans un réflexe brutal, je pile sur le frein. Les pneus hurlent sur l’asphalte tandis que la voiture part légèrement en travers. Pendant une seconde interminable, je perds complètement le contrôle. J’entends un klaxon strident, puis un crissement de frein désespéré. J’évite de justesse la voiture qui me suivait de trop près. La secousse est si forte que mon téléphone a volé dans l’habitacle. Mon cœur tambourine dans ma poitrine, mes mains crispées sur le volant. Je me rabats rapidement sur la file de droite, le souffle court. Mon cœur bat si fort que j’ai l’impression qu’il va exploser. Tremblant de tout mon corps, je récupère mon téléphone et je rouvre les photos. Cette fois ci une autre photo différente de l’autre s’affiche. Ce que je vois me glace le sang.
Je reste figé quelques secondes devant les images sous mes yeux, puis je ferme brusquement l’écran prenant réellement conscience de ce qui se passe. Je file jusqu’au manoir tremblant de colère.
“Ava”
La porte claque. Pas violemment, mais assez pour que mon cœur fasse un bond. Liam ne claque jamais les portes. Qu’est-ce qui ne va pas?? Je relève la tête depuis le canapé.
— Liam ?
Il ne répond pas tout de suite. Il retire sa veste d’un geste brusque et la jette sur une chaise sans me regarder. L’air autour de lui est lourd, tendu. Mon ventre se noue.
— La réunion s’est mal déroulée ? Qu’est-ce qui se passe ? demandai-je.
Il lâche un rire amer, sans joie.
— C’est exactement ce que j’aimerais savoir.
Je me redresse lentement.
— De quoi tu parles ?
Il sort son téléphone rapidement et le tourne vers moi.
— Dis-moi que c’est une blague, Ava.
Je regarde l’écran puis je me fige.. Moi avec un autre homme ou plutôt une femme qui me ressemble trait pour trait est assise dans un café, penchée vers un homme que je ne connais pas. On a l’air… proches. Trop proches.
— Non… murmuré-je, la gorge serrée.
— Non ? répète-t-il d’une voix basse et tranchante. C’est tout ce que tu as à dire ?? Ça fait des années qu’on se bat pour être ensemble. Des années que je tiens tête à mon père pour toi. Et toi, tu fais ça, dans mon dos ?
— Liam… Ce n’est pas moi.
— Arrête, Ava. Regarde la photo, putain !
— JE LA REGARDE ! crié-je, la voix tremblante. Et ce n’est pas moi !
Il s’arrête net, les yeux brillants de colère et de douleur.
— J’ai reçu cinq mails aujourd’hui. Cinq ! Tu te rends compte de ce que ça veut dire ?
— Que quelqu’un essaie de nous pourrir la vie !
— OU QUE QUELQU’UN ESSAIE DE ME DIRE LA VÉRITÉ! Le silence tombe comme une gifle. Je recule d’un pas. Je n’étais plus seulement surprise… j’étais choquée, perdue et pendant une seconde je ne reconnais pas le Liam que j’ai devant moi.
— Tu penses vraiment ça ? murmurai-je, la voix brisée. Il détourne le regard. Liam regarde moi! Tu crois vraiment que je te tromperais ? Il hésite, puis plante ses yeux dans les miens. Ils sont rouges, perdus.
— Après tout ce qu’on a traversé ensemble ? Ma voix se casse. Les larmes montent et coulent sans que je ne les contrôle.
— Je ne veux pas y croire… mais merde, Ava, qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Que j’ignore ça ?
— Oui Liam, oui oui! Je ne sais pas d’où sortent ces photos mais ce n’est pas moi… je n’ai jamais vu cet homme de ma vie. Et je n’ai jamais été dans un endroit pareil. Jamais. Liam, crois moi stp !
Le silence est lourd. Soudain, sa colère semble retomber d’un coup. Il s’avance et prend mon visage entre ses mains.
— Merde… souffle-t-il avant de m’embrasser de manière fougueuse.
Il pose son front contre le mien, son souffle est saccadé.
— Je déteste ça. Je déteste même l’idée que quelqu’un puisse se mettre entre nous. J’ai complètement paniqué, Ava. Je t’aime trop pour rester calme quand je vois un truc pareil.
Je hoche la tête, la gorge nouée. Je comprends… mais ça fait mal. Il m’embrasse une dernière fois, puis recule.
— Je reviens, dit-il en reprenant sa veste. La porte se referme derrière lui.
Je me laisse lourdement tomber dans le canapé. Mais qu’est-ce qui se passe?? D’où est-ce que sortent ces photos??
“Isabella Rossi”
Les gens croient que le mensonge est difficile mais ils ont tort. Le plus difficile, c’est de fabriquer une vérité que les autres ont déjà envie de croire. Je fais glisser mon doigt sur l’écran de mon téléphone. La photo apparaît une nouvelle fois, Ava. Ou plutôt… une femme qui lui ressemble suffisamment pour tromper un homme amoureux.
L’angle est parfait. Les cheveux. La robe. La silhouette. Même moi, je dois regarder deux fois avant de distinguer les imperfections. Un sourire satisfait étire mes lèvres.
Les technologies modernes sont fascinantes. Il suffit de quelques images récupérées sur les réseaux sociaux, d’un logiciel suffisamment performant et d’un peu de patience pour fabriquer un souvenir qui n’a jamais existé.
Mon téléphone vibre. C’est Marcus Vance. Je décroche.
— Alors ? Me demande t’il sur un ton froid.
Je me tourne vers la baie vitrée de mon bureau.
— Les photos ont été envoyées.
— Liam les a reçues ?
— Depuis ce matin.
Je ferme les yeux un instant en imaginant son expression. La colère. L’incompréhension. Le doute. Le doute est toujours le premier à entrer dans un cœur amoureux. Et une fois installé, il grandit tout seul.
Marcus reprend :
— Tu es certaine qu’il ne découvrira rien ?
Je laisse échapper un léger rire.
— Les fichiers sont introuvables. Les adresses utilisées ont déjà disparu.
Il raccroche. Le silence revient. Je pose mon téléphone sur la table basse avant de me servir un verre de vin.
Je ne déteste pas Ava. En réalité, je ne la connais même pas vraiment. Je déteste seulement la place qu’elle occupe. Cette place qui aurait dû être la mienne. Quand Liam entre dans une pièce, il ne cherche qu’elle. Quand il sourit, c’est pour elle. Quand il oublie le monde entier… c’est encore elle qu’il regarde. Et ça, ça me rend folle.
Je refuse qu’une fille sortie de nulle part devienne la future Madame Vance. Je refuse qu’elle donne un héritier à cette famille.
— Tu n’avais qu’à tomber amoureuse d’un autre homme, Ava. Pensai-je à voix haute. Puis mon téléphone s’allume de nouveau.
Un message, « Photos ouvertes. »
Je souris. La première fissure vient d’apparaître. Et je sais une chose : Les histoires d’amour ne meurent presque jamais à cause de la haine. Elles meurent à cause du doute. Maintenant j’attends impatiemment cette soirée du Samedi.
“Liam”Edward lève son dernier verre, un sourire béat et un peu flou sur le visage, trinquant avec Sarah qui le regarde avec une affection amusée, prête visiblement à le ramener à la maison avant qu'il ne tente une nouvelle improvisation vocale sur la piste de danse.— On y va, dit-elle doucement, en l'aidant à se lever. Dis au revoir aux mariés.— Liam ! Ava ! lance Edward, les bras grands ouverts, manquant de renverser son verre vide au passage. Vous êtes... vous êtes le meilleur couple que je connaisse. Vraiment.— Merci, Edward, dis-je en riant, le serrant brièvement dans mes bras. Rentrez bien.Sarah m'adresse un sourire reconnaissant, l'entraînant doucement vers la sortie, Rachel leur emboîte le pas en bâillant, le bouquet toujours précieusement serré contre elle.— Je t'appelle demain, dit-elle à Ava, l'embrassant une dernière fois. Enfin, plutôt cet après-midi. Je ne me fais aucune illusion sur l'heure à laquelle je vais me réveiller.Diane s'attarde un peu plus longtemps, ass
“Ava”La danse se termine sous une salve d'applaudissements chaleureux, et Liam m'escorte doucement jusqu'à notre table. Il dépose un baiser sur mon front avant que nous ne nous asseyions à nouveau, essoufflés mais rayonnants. Le maître de cérémonie reprend le micro.— Et maintenant, un dernier mot, de la part de la mère de la mariée.Ma mère se lève, visiblement nerveuse, lissant sa robe d'un geste machinal avant de prendre le micro qu'on lui tend. Elle me cherche du regard, et je lui souris, l'encourageant silencieusement.— Je dois avouer, commence-t-elle, la voix tremblante, que je n'avais jamais imaginé prononcer ce discours. Pendant longtemps, Ava et moi avons vécu loin l'une de l'autre, séparées par des silences que je regrette amèrement aujourd'hui.Un silence attentif s'installe dans la salle, chacun percevant la gravité sincère de ce moment.— Mais ma fille m'a appris quelque chose d'essentiel, ces derniers mois : qu'il n'est jamais trop tard pour réparer ce qui semblait irr
“Ava”Le tintement d'une cuillère contre un verre fait taire peu à peu le brouhaha de la salle. Marcus se lève, un micro à la main, et un silence respectueux s'installe presque instantanément. Cette présence qu'il dégage naturellement, même dans ses moments les plus vulnérables.— Je ne suis pas un homme habitué aux grands discours sincères, commence-t-il, un sourire un peu gêné aux lèvres, provoquant quelques rires complices parmi les invités qui le connaissent depuis longtemps. Je préfère généralement les négociations de contrats aux déclarations publiques d'émotion.Un nouveau rire traverse l'assemblée. Liam serre ma main sous la table, un sourire amusé aux lèvres.— Mais aujourd'hui, continue Marcus, je me dois de faire une exception. Il y a quelques mois, j'étais un père convaincu de savoir ce qui convenait le mieux à son fils. J'avais tort. Profondément tort.Il marque une pause, son regard se posant sur moi, puis sur Liam.— Ava, je sais que je ne t'ai pas facilité les choses,
“Ava”La cérémonie se termine dans un tourbillon de joie des applaudissements par-ci, des embrassades par là. Je suis tellement heureuse m. Cette foule d'invités se levant d'un même mouvement pour nous entourer, nous féliciter, verser quelques larmes supplémentaires avant que le photographe ne nous entraîne, Liam et moi, pour une série de clichés sous l'arche fleurie, entourés de nos familles et témoins les plus proches.Marcus s'approche une dernière fois avant que la foule ne se disperse, pose un baiser léger sur ma joue, puis serre longuement Liam dans ses bras, ce geste si inhabituel de sa part arrachant un petit rire ému à plusieurs invités témoins de la scène.Peu à peu, les convives commencent à quitter le jardin, se dirigeant à pied ou en petites navettes électriques vers la grande salle de réception, de l'autre côté de la propriété — une orangerie magnifiquement restaurée, dont les immenses baies vitrées laissent déjà deviner, depuis l'extérieur, les tables dressées et les gu
AvaLe célébrant commence à parler, mais ses mots me parviennent comme à travers une brume douce, mon esprit entier absorbé par la main de Liam dans la mienne, par ce regard qui ne me quitte plus depuis que je suis apparue au bout de l'allée.— Nous sommes réunis ici aujourd'hui pour célébrer l'union de Liam et Ava, un amour qui a traversé bien des épreuves pour s'épanouir enfin dans toute sa splendeur. […]— C'est maintenant le moment de vos vœux, dit le célébrant, un sourire chaleureux aux lèvres. Liam, à toi l'honneur.Il se tourne complètement vers moi, prend mes deux mains dans les siennes, son regard si assuré, si tendre, qui le rassure. Mes yeux s’embuent de larmes…— Ava, commence-t-il, sa voix posée, chaude, empreinte d'une confiance tranquille que je ne lui ai jamais vue avec une telle intensité. Il y a quelques années, je pensais savoir exactement ce à quoi ressemblerait ma vie. Un chemin tout tracé, des attentes que je n'avais jamais vraiment questionnées. Et puis tu es ar
“Ava”La porte s'ouvre sur Marcus.Il se tient sur le seuil, costume impeccable, cheveux parfaitement coiffés, mais ses mains, jointes devant lui, trahissent une nervosité que je ne lui ai jamais vue. Pendant une seconde, personne dans la pièce ne dit un mot. Rachel arrête de lisser ma traîne. Priya suspend son pinceau dans le vide.— Marcus, dis-je, surprise. Je pensais que c'était le photographe.— Non, répond-il, en s'éclaircissant la gorge. Je me suis permis de venir moi-même. Si vous me le permettez.Diane échange un regard rapide avec moi, un sourire discret aux lèvres, et je comprends qu'elle est déjà au courant de ce qui se prépare.— Nous allions justement vous laisser, dit-elle en attrapant doucement le bras de Rachel. Viens, on va vérifier que le jardin est prêt.Une à une, elles quittent la pièce, avec cette discrétion complice des gens qui ont deviné qu'un moment important s'apprête à se dérouler. La porte se referme, et je me retrouve seule face à cet homme qui, il y a q







