LOGINMercredi prochain. Reviendra-t-il ?
Une partie de moi espère que non. Cette partie raisonnable, adulte, qui mesure les risques. Elle espère qu'il aura peur. Qu'il parlera à ses parents, au proviseur. Qu'un scandale éclatera et mettra fin à cette folie avant qu'elle ne commence vraiment. Je perdrai mon poste. Mon mariage déjà
Sa main a quitté mon menton. Elle a reculé d'un pas. La distance entre nous était infime mais elle semblait immense. — C'est un pacte que je vous propose, Enzo. Un pacte qui nous liera l'un à l'autre pour une durée que je déterminerai seule. Un pacte dont vous ne pourrez sortir que lorsque je le déciderai. Un pacte qui exigera tout de vous et qui vous donnera tout en retour. Ses yeux se sont plantés dans les miens. Deux émeraudes liquides qui me transperçaient. — Acceptez-vous ? Ma gorge était un désert de pierres. Mon cœur un tambour de guerre. Mes paumes brûlaient encore du souvenir de la règle, de cette douleur qui était aussi une leçon. J'ai pensé à ma vie d'avant. À cette existence vide de sens. Aux provocations sans objet. Aux rébellions stériles. À cette faim que rien ne comblait, ni les jeux vidéo, ni la musique, ni les lectures interdites. J'ai p
J'imaginais tout et son contraire. Des scénarios de plus en plus fous que je construisais et déconstruisais dans ma tête. Parfois violents. La règle de nouveau, mais sur d'autres parties de mon corps. Mes cuisses. Mon dos. Mes fesses. Parfois doux. Sa main dans mes cheveux. Sa voix qui me murmure des mots que je ne comprends pas mais qui m'apaisent. Parfois terrifiants. Des chaînes. Des menottes. Un bandeau sur les yeux. Parfois exaltants. Son corps contre le mien. Sa peau nue. Ses lèvres sur les miennes. Mon imagination galopait, nourrie par des lectures interdites et des désirs inavoués. Mais au fond, je savais que je me trompais. Qu'elle me surprendrait. Qu'elle avait déjà prévu quelque chose que je ne pouvais même pas concevoir, quelque chose qui dépassait mes fantasmes d'adolescent attardé. À tout perdre pour tout recevoir. Ses mots résonnaient dans ma tête. Une promesse. Une menace. Les
Mais je ne peux pas.Parce qu'elle a raison. Elle a complètement raison. Sur tout. Sur Sade qui ne décrit que l'écume, la surface grotesque. Sur la domination qui ne fait pas de bruit. Sur moi qui confonds la provocation avec la liberté et la brutalité avec la puissance. Sur cette faim que j'essaie de combler avec des lectures interdites et des défis de merde.Elle a mis des mots sur ce que je ressens depuis toujours sans pouvoir le nommer. Cette attente. Ce vide. Cette quête désespérée d'une intensité que la vie ordinaire ne peut pas offrir.Je suis resté longtemps sur ce banc. Jusqu'à ce que la nuit tombe et que les lumières des r&e
Mercredi prochain. Reviendra-t-il ?Une partie de moi espère que non. Cette partie raisonnable, adulte, qui mesure les risques. Elle espère qu'il aura peur. Qu'il parlera à ses parents, au proviseur. Qu'un scandale éclatera et mettra fin à cette folie avant qu'elle ne commence vraiment. Je perdrai mon poste. Mon mariage déjà vide se brisera pour de bon. Ma réputation sera anéantie. Mais au moins, je serai guérie de cette... tentation. Je retournerai à ma vie grise, à mes cours de littérature, à mes nuits solitaires dans le lit conjugal. Ce serait un désastre. Mais un désastre propre. Net. Définitif.Une autre partie de moi, plus sombre, plus ancienne, plus vraie, espère qu
Je me lève lentement. Mon corps est raide. La tension de l'échange m'a noué les muscles sans que je m'en rende compte. Je me dirige vers la fenêtre. La cour est vide. Le ciel est toujours ce couvercle de plomb qui écrase la ville depuis des jours. Un gris uniforme, sans nuance, qui pèse sur les toits et les arbres dénudés. Quelques gouttes commencent à perler sur la vitre. Bientôt la pluie.Qu'est-ce que je suis en train de faire ?La question traverse mon esprit comme une lame froide. Elle est brutale. Incontournable. J'ai quarante-deux ans. Je suis mariée depuis quinze ans à un homme que j'estime, que je respecte, avec qui j'ai construit une vie stable et confortable. Il est architecte. Il voyage beaucoup. Nos con
Je me lève lentement. Mes jambes sont engourdies par la position en tailleur. Mes paumes me brûlent toujours. Mais dans ma tête, c'est un ouragan. Ses mots tourbillonnent, s'entrechoquent, font voler en éclats tout ce que je croyais savoir. La domination silencieuse. Le pouvoir de celui qui se donne. L'abandon comme libération.— Et Enzo ?Je m'arrête, la main sur la poignée froide de la porte. Mon front touche presque le bois verni.— Oui, Madame ?— Mercredi prochain. Même heure. Même endroit. Si vous revenez, cela signifiera que vous avez compris. Que vous êt







