เข้าสู่ระบบNerina La nuit est tombée depuis longtemps quand je descends à la cambuse. Je ne devrais pas être ici, pas à cette heure, pas la veille de la mutinerie. Kaelan m'a demandé de rester dans la cabine, de me reposer, de me préparer pour l'épreuve qui nous attend. Mais je ne peux pas dormir. Mes pensées tournent en boucle dans ma tête, des pensées de violence, de trahison, de mort. J'ai besoin de parler à quelqu'un qui n'est pas Kaelan, quelqu'un qui a connu Isabella, quelqu'un qui peut m'aider à comprendre ce qui nous attend. Cora est assise devant le four de brique, sa silhouette frêle est courbée sur un ouvrage de couture, ses doigts déformés par l'arthrite manipulent l'aiguille avec une précision étonnante. La lumière du four danse sur son visage ridé, creusant des ombres dans ses joues, illuminant ses yeux gris. — Je t'attendais, dit-elle sans lever la tête. Assieds-toi, ma belle. Il y a du thé chaud sur le fourneau.
Je me lève, je marche vers la fenêtre. Nerina est toujours à la barre, le vent fait flotter sa robe blanche autour d'elle comme un linceul ou un étendard. Elle ne sait rien de ce qui se trame dans l'ombre. Je ne lui ai rien dit, je ne veux pas l'effrayer, je ne veux pas qu'elle porte le poids de mes inquiétudes. Mais peut-être que je devrais. Peut-être qu'elle a le droit de savoir. Peut-être qu'elle est assez forte pour supporter la vérité. — Je vais lui parler, dis-je à Sao Feng sans me retourner. Je vais tout lui dire. — C'est ton choix. Mais fais attention à ce que tu dis. Elle est courageuse, mais elle est aussi vulnérable. Elle n'a pas ton expérience, elle n'a pas ta carapace. — Je sais. Sao Feng s'incline légèrement, il se dirige vers la porte. — Je continuerai à surveiller Torv. Si quelque chose change, je te préviendrai. — Merci, Sao Feng. Tu es mon roc dans cette t
Kaelan La carte est déployée sur la table de cuivre, ses bords sont maintenus par quatre pierres polies que j'ai ramassées sur les plages des îles du Sud, il y a une éternité. Une pierre noire, une pierre blanche, une pierre rouge, une pierre bleue. Les quatre couleurs de la mer, les quatre visages de mon existence. Je trace du doigt la route que nous suivons, une ligne imaginaire qui serpente entre les récifs, les îles, les dangers. Nous avons dévié de notre cap initial, nous avons abandonné les passages que Sereia a révélés à Vargas, nous naviguons maintenant dans des eaux inconnues, des eaux que seuls les fous et les désespérés osent affronter. Mais je n'ai pas le choix. Si Vargas sait où nous allons, il nous attendra. Il nous tendra une embuscade. Et je ne peux pas me permettre de perdre une bataille maintenant. Pas maintenant que Nerina est à bord. Pas maintenant que j'ai quelque chose à perdre. Je lève les yeux de la
Ma voix s'étrangle sur les derniers mots. Je ravale mes larmes, je serre les poings, je cherche le regard de Torv. Il hoche la tête, un geste d'approbation, un geste qui me dit que je suis sur le bon chemin. — Kaelan n'est plus digne de commander, reprend Torv en s'adressant à l'assemblée. Il a trahi ses hommes, il a trahi son navire, il a trahi la mémoire d'Isabella. Il est temps de le renverser. Il est temps de reprendre La Veuve et de lui redonner sa gloire d'antan. — Et qui commandera à sa place ? demande l'un des frères O'Malley. — Moi, répond Torv sans hésitation. Je commanderai avec l'aide de Thorne, qui sera mon second. Ensemble, nous mènerons La Veuve vers de nouveaux horizons, vers de nouveaux butins, vers une nouvelle ère de puissance et de liberté. — Et les hommes qui restent fidèles à Kaelan ? demande Dimitri. Sao Feng, Cora, les autres ? — Ceux qui se rallieront à nous seront épa
Kaelan sourit à nouveau, un vrai sourire cette fois, qui creuse des rides au coin de ses yeux.— Non, tu ne l'es pas. Tu es le pirate le plus imprudent que j'aie jamais rencontré. Mais tu es aussi le plus loyal. Et je te fais confiance pour mener cette mission à bien.Je m'incline légèrement, un geste de respect que je réserve à peu d'hommes.— Je ne te décevrai pas, Capitaine.Je quitte la cabine, je remonte sur le pont. Nerina est toujours là, debout près de la barre, sa robe blanche est un phare dans la nuit. Elle me regarde approcher, ses yeux sont calmes, mais je vois la question qui brûle derrière ses prunelles.— Tout va bien ? demande-t-elle.— Tout va bien. Pour l'instant.Je ne lui en dis pas plus. Ce n'est pas à moi de lui révéler les secrets du capitaine. Mais en passant près d'elle, je pose brièvement ma main sur son épaule, un geste de réconfort, de protection, de solidarité.— Ne t'inqui
Il hoche la tête, il pose une main sur l'épaule de Nerina.— Attends-moi ici. Je reviens.Nous descendons dans la cabine de cuivre, la porte se referme derrière nous, et le silence nous enveloppe comme un manteau. Je sors le carnet de ma veste, je le pose sur la table.— J'ai trouvé ça dans les affaires de Sereia. C'est son journal intime.Kaelan prend le carnet, il le tourne entre ses mains, il ne l'ouvre pas.— Tu l'as lu ?— Oui. Et ce que j'ai lu m'a glacé le sang.— Raconte.Je lui raconte tout. Les confessions de Sereia, son amour obsessionnel, sa haine grandissante, ses contacts avec Vargas, son plan pour détruire La Veuve et prendre sa revanche. Kaelan écoute en silence, son visage est un masque de pierre, mais je vois ses doigts qui se crispent sur le carnet, ses jointures qui blanchissent.— Elle était malade, dis-je en conclusion. Pas seulement jalouse, pas seulement traîtresse. Mal
ZorahLe soleil tape sans pitié sur les dunes qui s'étendent à perte de vue, un océan de sable doré que notre caravane traverse depuis maintenant douze jours. La chaleur est si intense qu'elle déforme l'horizon, créant des mirages qui dansent au loin comme des promesses illusoires. Je suis installé
ZorahLa femme frêle esquisse une ombre de révérence. Ses yeux noirs sont immenses dans son visage pâle, des yeux de biche effarouchée qui semblent toujours au bord des larmes. Elle est belle, d'une beauté fragile et mélancolique qui inspire plus la pitié que l'envie.— Et voici Amina, la troisième
ZorahMon cœur s'arrête.— Il est vivant. Mes hommes l'ont assommé, pas tué. Il est prisonnier dans une forteresse à trois jours d'ici. Ta tante aussi. Et ils le resteront tant que tu te montreras... coopérative.Un flot de soulagement me submerge, aussitôt suivi par une vague de terreur encore plu
Zorah Le palais est un monde en soi, une cité close où tout semble régi par des règles invisibles que je ne connais pas. Les femmes que je croise baissent les yeux sur mon passage. Les hommes détournent le regard. Personne ne me parle, personne ne semble même me voir. Je suis un fantôme, une ombre







