登入Je pense à ma mère. Je pense à son visage la dernière fois que je l'ai vue, sur le quai du port, quand on m'a jetée sur ce navire comme un ballot de marchandise. Ses yeux noirs, les mêmes que les miens, emplis de larmes qu'elle refusait de verser. Sa voix brisée qui murmurait des mots que le vent emportait. Reviens-moi. Reviens-moi vivante. Pour revenir, il faut survivre. Pour survivre, il faut s'adapter. Pour m'adapter, je dois accepter ce qu'il m'offre, même si cela me terrifie, même si cela me blesse, même si porter la robe d'une morte est la chose la plus effrayante qu'il m'ait jamais demandée. Je prends la robe blanche et je l'enfile. Le tissu est doux, plus doux que tout ce que j'ai porté depuis mon arrivée sur ce navire – la toile de chanvre rugueuse de ma cellule, la robe de brume impudique du banquet. Il glisse sur ma peau comme une eau tiède, comme une caresse, comme un pardon. Il sent la lavande et
Il se brise sur ce mot. Avec un grondement sourd qui vient du plus profond de sa poitrine, un son animal et sacré, il me rejoint dans l'abîme. Il se répand en moi en longs spasmes brûlants, et je sens sa semence comme une marque, un sceau, un point final posé à la fin d'un chapitre. Et en même temps, un commencement. Il s'effondre sur le flanc, mais il ne se retire pas. Il reste en moi, profondément enfoui, comme s'il ne supportait pas l'idée de rompre ce lien que nous venons de créer. Il me garde serrée contre lui, lovée dans le creux de son corps, et mes fesses s'ajustent contre ses hanches. Nos souffles se mêlent dans l'obscurité parfumée d'ambre, de musc et de sel. Mes doigts tracent des cercles distraits sur les cicatrices de son torse. Je dessine des constellations sur sa peau abîmée. Je relie les points de ses blessures comme on relie les étoiles dans le ciel nocturne, cherchant un sens à cette cartographie de douleur.
Sa voix a repris l'autorité du commandement, mais une autorité teintée de quelque chose que je n'ai jamais entendu chez lui – une tendresse qui me serre la gorge, une vulnérabilité qu'il ne cherche pas à dissimuler. — Ce que tu as ressenti tout à l'heure n'était que le prélude. L'union, la vraie, est une autre traversée. Il y aura de la douleur. C'est le tribut que tu dois payer pour devenir pleinement toi-même. Il y aura du sang, un sang sacré que je répandrai sur ces draps comme on signe un pacte. Mais je te jure, je te jure sur ce qui me reste d'honneur, qu'il y aura aussi du plaisir. Un plaisir que tu n'imagines pas encore, si tu continues à me faire confiance. Ses yeux plongent dans les miens, et je m'y noie. Gris d'orage, gris de tempête, gris de ciel d'hiver sur une mer démontée. Ces yeux qui ne m'ont jamais quittée, même quand je ne les voyais pas, même quand j'étais seule dans ma cellule à écouter la mer battre contre la coque.
Nerina Le monde se réduit à cette cabine. À la lueur dansante des chandelles qui projette des ombres mouvantes sur les boiseries. Au parfum d'ambre et de musc qui émane de lui, qui imprègne les draps, qui s'infiltre dans mes pores comme une marque invisible. Mes doigts s'attardent sur le cuir usé du fauteuil, sur l'endroit précis où il s'est tenu, il y a une éternité , des semaines, des siècles, une autre vie , pour m'annoncer les règles du jeu. Ce jeu auquel nous jouons depuis que j'ai posé le pied sur ce navire. Ce jeu dont cette nuit est peut-être la dernière manche, ou la première d'une nouvelle partie dont je ne connais pas encore les règles. Je respire. L'air est lourd, chargé de sel et de désir, et chaque inspiration est une offrande, chaque expiration un abandon. La robe de brume qu'il m'a fait porter pour le banquet gît sur le sol, froissée, abandonnée comme une mue de serpent, et je suis nue devant lui pour la première fois. Pa
Il la fait pivoter doucement, la place dos à lui, la fait asseoir entre ses jambes écartées. Son dos nu contre son torse, ses fesses contre ses cuisses, et plus bas, la dureté de son désir pressée contre ses reins. Il ne la cache pas, cette érection qu'elle sent à travers le cuir de son pantalon. Il veut qu'elle sache l'effet qu'elle produit, qu'elle comprenne que ce désir qu'il éveille en elle, il le partage.Sa main droite contourne sa hanche, descend lentement sur son ventre, s'arrête à la lisière du triangle sombre.— C'est ici que la carte devient intime, chuchote-t-il à son oreille, sa barbe naissante râpant sa tempe. Là où le territoire se fait secret. N'aie pas peur, Nerina. Rien de ce que tu ressentiras n'est interdit. Rien de ce que tu désireras n'est honteux. Laisse la vague te porter.Ses doigts écartent doucement la robe de brume, se glissent sous le tissu transparent, trouvent la chaleur de son intimité. Le premier contact est un effleurement, à peine une suggestion de c
Son prénom dans sa bouche. C'est la première fois qu'il le prononce, et l'entendre, c'est comme une vague qui la submerge. Les larmes lui montent aux yeux sans qu'elle puisse les retenir, sans qu'elle veuille les retenir. Ce n'est pas de la tristesse. C'est de l'émotion à l'état pur, une reconnaissance si profonde qu'elle ne peut s'exprimer que par les larmes.Il les voit. Il n'en dit rien. Mais son expression s'adoucit imperceptiblement, et quelque chose dans ses yeux gris se trouble, comme une eau claire où l'on jette une pierre.Il la conduit vers le lit, mais il ne l'y fait pas monter. Au lieu de cela, il s'assied au bord, les jambes écartées, les pieds nus plantés sur le bois du plancher. Dans cette position, il n'est plus le capitaine qui la domine de toute sa hauteur. Il est un homme assis, et elle est une femme debout devant lui, et leurs visages sont presque au même niveau.Il l'attire entre ses jambes, ses mains se posant sur ses hanches avec une fermeté qui n'a rien de brut
Zorah Le palais est un monde en soi, une cité close où tout semble régi par des règles invisibles que je ne connais pas. Les femmes que je croise baissent les yeux sur mon passage. Les hommes détournent le regard. Personne ne me parle, personne ne semble même me voir. Je suis un fantôme, une ombre
Zorah Nous franchissons les grandes portes au galop, sans ralentir. Des gardes en turban blanc s'inclinent sur notre passage, leurs lances scintillant dans la lumière déclinante. Nous traversons une première cour, puis une deuxième, puis une troisième, chacune plus somptueuse que la précédente. De
Zorah Je vois le premier de nos gardes tomber. Un jeune homme que je connais depuis l'enfance, qui s'appelait Hakim et qui rêvait de devenir poète. Un cimeterre s'abat sur sa gorge, et un flot de sang jaillit, rouge vif, presque irréel dans la lumière éclatante du soleil. Son corps bascule de sa s
ZorahLe soleil tape sans pitié sur les dunes qui s'étendent à perte de vue, un océan de sable doré que notre caravane traverse depuis maintenant douze jours. La chaleur est si intense qu'elle déforme l'horizon, créant des mirages qui dansent au loin comme des promesses illusoires. Je suis installé







