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Rosalie La chambre est sombre, éclairée seulement par la lueur tremblante des bougies qui dansent sur les murs, qui projettent des ombres mouvantes sur les tentures de velours rouge, sur les draps de soie noire, sur nos corps nus. Le miroir est là, un grand miroir encadré d'or, posé contre le mur, qui attend, qui observe, qui juge. Alessandro est derrière moi, il me tient par la taille, ses mains posées sur mes hanches, ses doigts qui s'enfoncent légèrement dans ma chair, qui me retiennent comme si j'allais m'envoler, comme si j'allais disparaître. Il a déposé la chaîne, il a enlevé la chaîne de ma cheville, je suis libre de mes mouvements, libre de marcher, libre de courir, libre de fuir. Mais je ne fuis pas. Je suis trop épuisée, trop brisée, trop perdue. Je suis trop liée à lui pour m'en aller. — Regarde-toi, Rosalie, dit-il, et sa voix est un murmure à mon oreille, son souffle chaud sur ma nuque. Regarde-toi, et dis-moi ce que tu vois. Je regarde le miroir, et je vois une femm
Rosalie La salle à manger est immense, un espace qui pourrait accueillir trente personnes sans que personne ne se sente à l'étroit, avec sa table en acajou longue de plusieurs mètres, ses chandeliers en argent qui projettent des ombres dansantes sur les murs tendus de soie, ses assiettes en porcelaine fine, ses verres en cristal taillé qui captent la lumière des bougies comme des diamants. Alessandro est assis au bout de la table, dans un fauteuil en cuir noir qui ressemble à un trône, et il me regarde avec ses yeux sombres, avec son sourire cruel, avec sa certitude de victoire. Je suis à genoux à ses pieds, la chaîne à ma cheville, le collier autour de mon cou, la robe de dentelle noire qui laisse voir ma peau marquée, mes cuisses striées de rouge, mes seins qui se soulèvent sous le tissu fin. La position est humiliante, une humiliation que je ressens dans chaque fibre de mon être, dans chaque battement de mon cœur, dans chaque inspiration de mes poumons. — Tu vas dîner, Rosalie,
Rosalie Une nouvelle journée se lève sur ma prison, une lumière dorée qui traverse les rideaux de velours et vient se poser sur mon corps meurtri, sur ma peau qui commence à guérir, sur mes marques qui s'estompent lentement. Je suis debout aujourd'hui, ou plutôt je me tiens au pied du lit, les bras croisés sur ma poitrine, le regard fixé sur la porte comme si je pouvais la faire exploser par la seule force de ma volonté. La chaîne est toujours à ma cheville, le collier toujours autour de mon cou, la robe de dentelle noire toujours sur mon corps, mais je sens que quelque chose a changé en moi, une dureté nouvelle, une colère froide qui remplace la peur. La porte s'ouvre, et Alessandro entre, et il porte quelque chose de différent aujourd'hui, quelque chose que je n'ai jamais vu. C'est un fouet, mais pas comme l'autre, pas comme le fouet de cuir tressé qui a laissé des marques sur mes cuisses. Celui-ci est fait de soie, des lanières de soie rouge, fines et légères comme des rubans, q
Il continue, il descend, ses doigts glissent sur mes côtes, sur mes hanches, sur mes cuisses. Il écarte la dentelle, il touche ma peau nue, et je sens le frisson qui parcourt mon corps, un frisson de peur, de désir, de honte. Je mords plus fort, je sens le sang qui coule dans ma bouche, le goût du métal, le goût de la lutte. — Tu te tais bien, Rosalie, dit-il, et sa voix est un murmure à mon oreille, son souffle chaud sur ma nuque. Mais ce n'est que le début, ma poupée. Ce n'est que le début. Il se penche, il pose ses lèvres sur mon cou, et je sens sa bouche qui s'ouvre, ses dents qui se referment sur ma peau, qui mordent avec une précision chirurgicale. La douleur est vive, soudaine, comme une décharge électrique qui traverse tout mon corps. Je respire fort, je ferme les yeux, je serre les poings. Je ne crie pas. Je ne fais pas de bruit. Je reste silencieuse. Il continue, il descend, ses lèvres parcourent ma poitrine, elles s'attardent sur mes seins, elles les sucent, les mordent,
Rosalie Le matin s'installe dans la chambre comme un visiteur indésirable, une lumière grise et blafarde qui rampe sous les rideaux de velours épais, qui se faufile entre les interstices du tissu pour venir se poser sur mon corps étendu, sur ma peau nue à travers la dentelle, sur mes yeux ouverts qui fixent le plafond sans le voir. Je suis allongée sur le dos, les bras le long du corps, les doigts légèrement crispés sur les draps de soie noire, la respiration lente et mesurée comme si je pouvais encore contrôler quelque chose dans cette pièce, comme si je pouvais encore maîtriser le rythme de mon propre sang. Le collier de cuir est autour de mon cou, une présence constante, une pression qui me rappelle à chaque mouvement de tête que je ne suis plus libre, que je ne le serai peut-être plus jamais. La chaîne à ma cheville tinte quand je bouge, un bruit métallique qui résonne dans le silence comme un glas, comme une promesse de jours encore plus sombres. J'ai mangé, j'ai bu, j'ai dormi
RosalieLa nuit est tombée, une nuit noire, sans lune, sans étoiles, sans espoir, et je suis toujours à genoux, mon corps est en feu, mes genoux sont en sang à travers la soie de ma robe, ma gorge est sèche comme du sable, comme du verre pilé, comme un désert sans fin, et la faim est une bête sauvage qui griffe mes entrailles, qui déchire mon estomac, qui me fait voir des étoiles devant les yeux, et la porte s'ouvre, Alessandro entre, il porte une chemise noire, ouverte sur sa poitrine, ses muscles qui jouent sous la peau, ses torses qui se soulèvent à chaque respiration, il tient une bouteille de vin, il ne porte pas de plateau, il ne porte pas de nourriture, il porte juste le vin, le vin qui va lui servir d'arme, d'outil, de séduction, et il s'assied sur le bord du lit, il remplit un verre de vin, il boit, il me regarde par-dessus le bord du verre, il me dit "Tu as faim, Rosalie ?", et je ne réponds pas, je le regarde, je sens la faim, la soif, la douleur, mais je ne cède pas, je ne







