LOGINLe front collé contre la vitre de la Range Rover, je regardais les immeubles de Los Angeles circuler sous mes yeux, Mama de Jonas Blue et William Singe en boucle dans mes AirPods Max. Le printemps était une saison particulièrement belle et frétillante avec son lot de couleurs, de fraîcheur et surtout de vie. On profitait de la pluie et du soleil en même temps en attendant gaiement les vacances. Pour moi, c'était la meilleure saison par apparence mais l'été restait la reine à cause de sa période libertine et les journées à la plage.
Le défilement du décor ralentit, signe que nous étions arrivés à destination. Je retirai promptement mon casque pour le ranger dans mon sac quand ma main frôla par inadvertance le bras de l'homme assis à côté de moi, le regard plongé dans son iPad et des oreillettes aux tympans. —...pour demain ! Je ne veux pas savoir que tu prépares un dîner avec Barack Obama ! Cheveux noirs coiffés avec élégance, yeux gris-bleu surmontés de longs cils épais, nez droit, mâchoire despotique, traits ciselés, carrure transcendante, attitude implacable, il était contenu dans un t-shirt noir qui embrassait ses pectoraux et qui dévoilait des bras aux biceps proéminents dont des tatouages impeccables avaient noirci la peau. Suspendue à son oreille gauche, une boucle en argent mettait en exergue la lettre « A » : A comme Asher Pavarotti; mon mari. —Patron, il y a des paparazzis à l'extérieur, informa le chauffeur. —Et vous êtes payés pour m’ennuyer ou pour agir? —Oui, patron ! Il éteignit le moteur de la voiture avant d'ouvrir sa portière pour sortir de l'habitacle, nous enfermant à deux. Comme s'il n'attendait que ça, Asher m'attrapa brusquement le bras et me tira à lui afin de planter ses yeux froids dans les miens. Ses ongles s'enfoncèrent si profondément dans ma chair que j'en gémis de douleur. —T'as intérêt à faire gaffe cette fois ci avec ta grande gueule, me menaça-t-il. Je n'hésiterai pas à t'en coller une dans le cas contraire. La frayeur s'estompât pour laisser place à la colère. —Je te l'ai déjà dit, Asher, sifflai-je avec amertume. Tu as épousé la mauvaise version si tu t'attends à un petit toutou qui va couiner quand tu rugiras. —Tu n'es qu'une doublure occasionnelle, rétorqua-t-il. Ce n'est pas toi ma femme. Sur ce, il me lâcha aussi violemment qu'il m'avait prise, me laissant une brûlure au bras tandis que nos portières respectives s'ouvraient sur nos agents de sécurité. Le vent frais de l'après-midi s'incrusta alors que j'accrochais mon sac à mon épaule avant de laisser l'homme en costard devant moi, m'aider à descendre de la voiture. Des flashs m'agressèrent automatiquement la vue et je dus user de ma main pour m'en protéger. Mon garde du corps quant à lui, jouait le bouclier en me frayant un passage dans la horde de vautours armés de caméras qui n'aspiraient qu'à des grains d'informations pouvant susciter un drame général. —Madame Pavarotti, parlez-nous de votre époux ! —Comment vous êtes-vous rencontrés ? —Reculez, s'il vous plait ! Laissez passer ! J'accélérai le pas, pressée de fuir cette angoisse interrogative. —Est-ce vrai que c'est un mariage de convenance ? —Les rumeurs disent que vous avez une sœur jumelle ! —Quels sont vos projets en tant que la femme d'Asher Pavarotti ? Les bruits des appareils photos continuaient de se mélanger aux questions alors je me pinçais les lèvres pour ne pas craquer. Il y a environ une semaine, quand Asher et moi avions fait notre première sortie publique, des paparazzis nous avaient agressés de la même façon. À cran et exaspérée, j'avais arraché le micro de l'un d'entre eux et avait clairement articulé dedans : « Aller vous faire foutre! ». Ce fut le choc total ensuite. Mon mari m'avait trucidé du regard puis quand nous nous étions retrouvés en privé, une dispute monstre avait éclatée. Nous nous sommes mutuellement engueulés avant qu'il ne se serve de ses relations pour que rien de cet écart ne paraisse dans les médias. Ce n'est pas que j'ai peur d'Asher et ses aboiements, c'est juste que j'ai moi-même reconnu que j'avais abusé et que je me devais d'agir avec plus de maturité. Je poussai un soupir de soulagement quand les portes vitrées du rez-de-chaussée se fermèrent derrière nous, bloquant les journalistes à l'extérieur. —Vous allez bien, madame ? s'enquit mon garde du corps. —Oui, merci. —Veillez à ce qu'ils aient dégagé avant notre retour, ordonna Asher dans mon dos. Ou sinon je vais casser des gueules ! —Ce sera fait, pation ! Le jeune homme vint ensuite passer une main dans mon dos pour me presser vers les ascenseurs. Nous nous engouffrâmes dans l'une d'entre elles et il me lâcha immédiatement pour sélectionner le numéro d'étage. Le système se mit en marche, alors que je m'étais appuyée contre l'une des parois miroitantes. Le silence dans l'habitacle contrastait tellement avec le brouhaha que nous venions de quitter au point où je le regrettai presque. Mon mari ne m'accorda même pas un seul regard, occupé à pianoter sur l'écran de son téléphone. Il faisait ça tout le temps : partagé entre son ordinateur, sa tablette et les appels téléphoniques. Pourquoi se marier alors qu'il savait pertinemment qu'il était trop occupé pour donner de l'attention à une femme ? —Nous allons à un gala de charité demain, m'informa-t-il platement sans m'observer. Sois présentable; Arminda t'aidera pour les détails. Je ne répondis rien, me contentant juste de fixer mon reflet devant moi. Dans cette jupe droite, j'avais l'air si diplomatique que l'envie de travailler dans un bureau me plût en même temps. Mes cheveux noirs avaient été relevés en une queue de cheval et mes yeux verts étaient quelque peu, mornes. Depuis deux semaines que j'avais quitté Moscou pour venir assister au mariage de ma sœur, ma vie avait virée au terne. Je me demandais si je n'avais pas mieux fait de choisir la prison que cette union pourrie. La culpabilité me rongeait à tel point que je faisais des cauchemars la nuit : je revoyais cet homme étendu au sol, la tête ensanglantée et ma mère m'annoncer avec flegme qu'il était mort. Je n'avais même pas eu le courage d'aller à son enterrement et rencontrer sa femme ou pire ses enfants éplorés. Revivre en boucle cet incident est déjà une torture suffisante. —Lorsque je te parle, j'ai besoin de t'entendre répondre, la voix de mon mari traversa mes pensées. Je pivotai le regard sur son reflet à ma gauche avant de souffler d'ennui par les narines. —N'est-ce pas préférable d'attendre que la vraie Irina sorte du centre de désintoxication pour l'afficher ? —Et tu serviras à quoi près de moi en attendant ? railla-t-il. J'ai voulu me marier à Irina car elle est l'épouse parfaite et quand je dis ça, ce n'est pas qu'une affaire de jambes en l'air. —Mais moi je ne suis pas parfaite, répliquai-je. —Tu es un désastre, je peux dire. Ces paroles me touchèrent en plein cœur quand je me rendis compte qu'elles s'apparentaient à celles de ma mère: « Je me demande pourquoi est-ce que c'est toi qui portes le prénom "Marya" ! Tu fais honte !» —Parce que je ne suis pas diplômée de grande université avec mention honorable ? m'enquis-je. Et qu'à la place, j'ai préférée être danseuse de clubs privés ? Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur un couloir éclairé et décoré de tableaux de marque. Nous nous tournâmes l'un vers l'autre près à sortir quand il me fixa de ses yeux gris presque transparents. —Pose-toi la question, me dit-il avant de me tourner le dos.PDV ASHER PAVAROTTI.―Je suis désolé, monsieur mais il n’y a rien à faire.―Comment ça ?! m’énervai-je. Faîtes des recherches, demandez à vos collègues, je sais pas ! Le docteur lâcha un soupir puis secoua la tête de gauche à droite alors que moi, je tenais difficilement sur mes jambes. J’avais envie de lui sauter dessus et l’étrangler.―Ce n’est pas ça le problème, s’expliqua-t-il. Votre femme lutte pour se remémorer ce qu’elle a oublié et nous, nous lui prescrivons des médicaments qui contribuent au contraire. Tout ça va à l’encontre du bon fonctionnement de son cerveau. Je rejetai la tête en arrière, lèvres pincées.―Les saignements, les pertes de conscience…, ce ne sont que les prémisses d’un état bien plus grave si elle continue à prendre ces comprimés. Son corps rejette clairement l’inhibition, on y peut rien.―Non, c’est vous qui ne comprenez pas, grondai-je. Il y a des souvenirs qu’elle ne PEUT pas recouvrer ! Notre relation en dépend ! Je me passai ensuite une ma
―Je l’ai ! Elle est ici ! BAM ! Mon sac à main alla violemment rencontrer la tête de l’homme dans une optique de défense. Son crane heurta le mur dans la foulée et il s’affaissa au sol, retourné sur le ventre avec un filet de sang coulant sur sa tempe. ―Oh non ! soufflai-je, horrifiée. Non, qu’est-ce que j’ai fait ?! Je me mis à reculer, le cœur battant au même moment où des pas se rapprochaient. Tremblante et appréhensive, je n’osai même pas me baisser pour vérifier s’il était encore vivant.―Marya ! s’exclama ma mère avec épouvante. Mais qu’est-ce que… ? Elle s’accroupit au niveau de l’homme et posa deux doigts dans son cou tandis que je respirais comme une vache, anxieuse. Les secondes passèrent et ma génitrice finit par se redresser, la mine grave. J’avais peur, très peur.―Tu as le choix, ma fille, lâcha-t-elle froidement. Tu consens à te marier à la place d’Irina ou tu finis en prison pour meurtre ?... Je me réveillai dans un bond et lâchai un soupir de soulage
―Alors c’est SPEED TRANSPORTS eux-mêmes qui ont résiliés le contrat ? ―Oui, répondit Flynn. De ce que j’ai découvert, CANDIES & CO n’exportait pas que leurs précieuses friandises. Ils faisaient aussi venir des containers apparemment suspects. ―Comment ils l’ont su ? m’enquis-je.―Au poids, répondit Asher. Il y en avait qui pesaient plus. ―Et le fait qu’ils se comportaient particulièrement bizarres avec a soulevé les soupçons. Je croisai les jambes dans mon canapé en expirant. Asher était affalé dans son siège et Flynn debout en face de lui.―Ça doit être super important pour eux, fis-je remarquer. Ils nous ont presque livrés l’entièreté de leur compte bancaire juste pour pouvoir faire passer ces fameux containers.―Chose qui me parle pas, commenta mon mari. ―Vous pensez qu’ils importent quoi ? demanda son cousin, sourcils froncés.―De la drogue ? suggérai-je.―Nan, pas sûr, répondit Asher. Ça doit être un truc beaucoup plus… en volume. Il échangea ensuite un regard étrang
―Asher ! Enfin ! J’ai presque cru que tu viendrais pas ! ―Et rater le direct de ta tronche en nœud papillon ? Tu rigoles ! Les deux hommes se firent l’accolade tandis que moi, je restais en retrait à sourire comme si j’étais vraiment heureuse d’être là. Harceler Nicolas Parker était un célèbre conducteur de F1. Ami avec Asher depuis l’étape du lycée, il n’a bien évidemment pas pu s’empêcher d’inviter ce dernier à sa réception de mariage. ―Irina ? Je me tournai vers la jeune femme aux cheveux roux habillée d’une robe blanche et d’une longue traîne transparente : Kathleen Parker ; l’heureuse élue. ―Tous mes vœux de bonheur, lui souhaitai-je dans un sourire. J’aime beaucoup la décoration. C’est une réussite. ―Merci, répondit-elle, gaiement. Je me suis inspirée de la vôtre. J’ai trouvé que les couleurs étaient fantastiques. Je fronçai les sourcils.―La mienne ? répétai-je.―Votre mariage. Avec Asher. Mon cerveau qui était allé aux toilettes revint à sa place.―Ah oui
―Debout madame, réveillez-vous ! En ronchonnant, je me tournai dans mon lit. Une forte lueur pénétra ma vision et je grimaçai.―Je ne vais pas au bureau aujourd’hui, Arminda, grommelai-je. Tu pourrais me laisser dormir encore un peu !―Le patron m’a personnellement chargée de votre emploi du temps, m’annonça-t-elle. Vous avez cours de langues dans deux heures et juste après, la visite de votre manager.―Je te donne ma place, râlai-je. Tu es officiellement Madame Pavarotti. La domestique eut un gloussement.―Si c’est uniquement pour que monsieur me transporte dans ses bras comme il l’a fait pour vous hier, j’accepte. Mais sinon, je préfère vous servir. Intéressée, j’ouvris un œil. Puis le second. Je finis par me redresser complètement dans le matelas pour m’asseoir contre le chevet. C’est à ce moment-là que je m’aperçus que je portais encore mes habits de la veille. Oh mon Dieu, je vois déjà ce qui s’est passé.―Quelle honte, me plaignis-je.―Mais non, rétorqua Arminda en
―Qui êtes-vous ?―Lâchez-moi ! En courroux, je me débattais de tous mes membres et avec toute ma force. Mais mon assaillant, un homme à coup sûr, me tenait fermement contre lui. Il avait un torse hyper ferme et un parfum bien étrange. Qui pouvait-il être ? Un voleur ? Un criminel ? Mon Dieu, un violeur ? Ou un proxénète ? Aïe, dans quoi me suis-je fourrée ? ―Lâchez-moi ! AU SECOURS ! Je l’entendis lâcher un juron puis ramener sa main contre ma bouche avant de me traîner avec lui. J’avais extrêmement peur. La panique avait posé bagage dans mon corps, je ne savais même plus ce que je faisais. Je continuais à gesticuler et à m’étouffer dans sa paume, le cœur battant. D’un coup de pied, l’homme ouvrit une porte et la lumière fut. J’aurais bien voulu voir son visage mais la manière dont il me maintenait m’interdisait tout mouvement de la tête. Il nous fit contourner le bâtiment et entrer dans une artère de containers. Je commençais à avoir chaud en dépit de la fraîcheur por







