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Chapitre 4 : Un calvaire 3

Author: Déesse
last update Petsa ng paglalathala: 2025-12-07 22:52:06

Leïla

Le bruit d’une chaise qu’on tire dans le salon me fait sursauter. Des pas s’approchent de la cuisine. Mon corps se tend, prêt au prochaine assaut. Ce n’est pas Fathia. C’est Karim. Il s’encadre dans la porte, les mains dans les poches, l’air franchement navré.

— Leïla… je… ils sont insupportables. Ne les écoute pas.

Sa voix est basse, sincère. Il a vu. Il a vu ma détresse. Ce simple constat, cette minuscule reconnaissance, fait vaciller quelque chose en moi. Je me détourne vivement pour cacher mon visage en larmes, m’essuyant les joues du revers de la main.

— Ça va, Karim. C’est… habituel.

— Ça ne devrait pas l’être, dit-il avec une fermeté inattendue. Il marque une pause. Je sens son hésitation. Youssef… il devrait dire quelque chose.

Je me retourne alors, les yeux brillants de pleurs refoulés et d’une colère soudaine.

— Et toi, tu lui dirais, à ta mère ? Tu crierais sur tous les toits que tu es impuissant ? Que c’est toi le problème ?

Les mots sont sortis, crus, violents. Je les regrette aussitôt. Karim a un mouvement de recul, choqué. Pas par la vérité, je pense, mais par son énonciation. Par mon audace à la formuler.

— Leïla… je… je ne suis pas à sa place.

— Non. Tu ne l’es pas. Et moi, je suis à la mienne. Alors s’il te plaît, laisse-moi.

Il hoche la tête, mal à l’aise, et retourne dans le salon. Je reste seule, tremblante, le tajine oublié qui commence à accrocher au fond de la marmite, dégageant une odeur de brûlé. Une odeur de choses gâchées, ratées. Une odeur qui ressemble à ma vie.

Le déjeuner est un calvaire. Chaque bouchée a le goût de la cendre. Les plaisanteries de Karim pour détendre l’atmosphère tombent à plat. Les regards continuent leur va-et-vient entre mon ventre et mon visage. Youssef mange comme un automate. Quand Fathia pose sa main sur la mienne, en disant « Courage, ma fille. La patience est une vertu », j’ai l’impression qu’une vipère se love autour de mon poignet.

Enfin, ils partent. Les baisers bruyants, les conseils derniers, les « à bientôt » chargés de sous-entendus. La porte se referme.

Le silence retombe, lourd, étouffant, pire que le bruit. Je me tiens au milieu du salon soudain trop grand, au milieu des verres sales et des cendriers pleins. Youssef passe devant moi pour aller dans la chambre, sans un mot.

Et là, quelque chose en moi se brise. Ce n’est pas une fissure, c’un effondrement.

— Youssef.

Ma voix est calme, étrangère.

Il se retourne, surpris par le ton.

— Oui ?

Je le regarde, vraiment. Cet homme que j’ai aimé, ou cru aimer. Ce compagnon de cellule.

— La prochaine fois qu’ils me traiteront de stérile, de femme incomplète, de mauvaise épouse… la prochaine fois qu’ils suggéreront que je ne prie pas assez ou que je ne sais pas te « stimuler »… Je leur dirai. Je leur dirai tout.

Son visage se décompose. La peur, la honte, la panique s’y succèdent.

— Tu ne feras pas ça.

— Je le ferai. À moins que tu ne le fasses toi-même. À moins que tu ne cesses de me laisser seule face à eux. Je ne peux plus, Youssef. Je ne peux plus porter ça.

— C’est notre secret, Leïla. Notre problème.

— NON ! tonne-je, et ma voix explose enfin dans le silence, chargée de quatre années de larmes avalées. C’est TON problème ! Et tu en as fait MON enfer ! Je ne veux plus de ce secret. Je ne veux plus de cette honte. Choisis : tu leur dis, ou c’est moi.

Je vois dans ses yeux qu’il ne le fera pas. La lâcheté est trop ancrée. Mais pour la première fois, je vois aussi autre chose : une peur réelle. La peur que son monde de mensonges ne s’écroule. Il a perdu le contrôle. Sa coupable silencieuse se révolte.

Il ne répond pas. Il tourne les talons et s’enferme dans la chambre.

Je reste debout, au milieu des débris de cette journée, le cœur battant la chamade. Je viens de lancer un ultimatum. Je ne sais pas si j’aurai le courage de passer à l’acte. Mais pour la première fois depuis quatre ans, je respire. Une respiration douloureuse, déchirante, mais vraie. Le couteau est sur la table. La vérité aussi. Et je suis au bord du précipice, à regarder en bas, avec plus de fascination que de vertige.

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