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Chapitre 2 : Le Masque 2

Author: Déesse
last update publish date: 2026-05-01 04:40:06

Blanche

Sa voix est éduquée, traînante, celle d'un homme qui n'a jamais eu à élever le ton pour obtenir ce qu'il veut.

— Je… j'observe pour l'instant.

Il sourit. Et ce sourire est pire qu'une menace. C'est le sourire de celui qui t'a déjà classée, cataloguée, étiquetée. Le sourire de celui qui sait que tu vas tomber, que c'est une question d'heures ou de minutes, et que ta résistance fait partie du divertissement. Il a vu des centaines de femmes comme moi passer cette porte, avec la même lueur de défi dans les yeux, et il les a toutes vues plier.

— Alors observe, ma belle. Observe bien. Mais n'oublie jamais une chose.

Il se penche, sa bouche près de mon oreille. Son eau de toilette est un mélange de santal et de quelque chose de plus amer. De métallique.

— Ici, on est regardé autant qu'on regarde. Chaque mouvement que tu fais, chaque respiration, chaque battement de cils est une information que tu donnes à des prédateurs que tu ne vois même pas. Méfie-toi des miroirs. Et méfie-toi de ceux qui ne se reflètent dans aucun.

Il s'éloigne, avalé par la foule, me laissant seule avec mon champagne et mes certitudes qui s'effritent.

Je respire. J'essaie de faire redescendre mon rythme cardiaque. La vérité me frappe pour la première fois depuis que j'ai accepté cette mission, depuis que j'ai passé quatre mois à rassembler des informations sur ce club, à soudoyer d'anciens employés, à croiser des sources anonymes, à convaincre mon rédacteur en chef que cette infiltration était nécessaire, vitale, que personne d'autre ne pouvait le faire.

Je ne contrôle rien.

Je ne maîtrise rien.

Chaque mouvement que je fais est une information que je donne. Chaque regard que je pose, chaque sursaut que je réprime, chaque rougeur qui monte à mes joues est une confession involontaire. Je suis une proie qui vient de pénétrer dans l'antre du loup en se croyant chasseur.

Et pourtant.

Sous la peur. Sous la répulsion que je devrais ressentir, que je ressens, que je veux ressentir. Sous la voix professionnelle qui me dicte de rester lucide, de prendre des notes mentales, de garder la distance clinique du reporter face à son sujet. Sous tout cela, quelque chose pulse. Quelque chose de plus trouble, de plus honteux, de plus vrai peut-être.

Une curiosité malsaine.

Une chaleur que je refuse de nommer.

Je suis journaliste. Je suis là pour dénoncer ce lieu, pour exposer au grand jour ce qui se trame dans cette cathédrale de perversion. Mon article fera la une du Chronicle. Il déclenchera des enquêtes, peut-être des commissions parlementaires. Il fera tomber des têtes, des réputations, des fortunes. Je suis du côté de la justice, de la morale, de la lumière.

Mais en regardant la femme en laisse passer devant moi pour la deuxième fois, sa peau luisante de sueur sous les candélabres, son regard vide et pourtant étrangement paisible, une question que je ne voulais pas me poser s'insinue dans mon crâne comme un ver dans un fruit mûr. Elle rampe, elle creuse, elle s'installe.

Qu'est-ce que ça fait de s'abandonner à ce point ?

Qu'est-ce que ça fait de n'être plus responsable de rien, plus coupable de rien, plus rien qu'un corps qu'on guide et qu'on utilise ?

Je chasse la pensée d'un mouvement brusque de la tête. Ce n'est pas pour ça que je suis venue. Je ne suis pas comme ces femmes. Je ne suis pas ici par désir, par besoin, par manque. Je suis ici par devoir. Point.

La musique change. Un nouveau morceau, plus lent, plus lourd. Les basses descendent d'un octave, vibrent dans ma cage thoracique, modifient ma respiration sans mon consentement. Je sens le tempo dans mes os, dans mon ventre, dans ce point secret que je n'ose pas nommer. Les regards dans mon dos sont des brûlures. Le collier que je ne porte pas encore mais qui me serre déjà la gorge est plus réel que l'air que je respire.

Je suis Eva.

Eva n'a pas peur.

Eva n'est pas venue pour rien.

Eva est venue voir jusqu'où va la nuit, et la nuit ne fait que commencer.

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