Home / LGBTQ+ / Sa Chaleur dans ma Bouche 1 / Chapitre 4 : Le dossier secret 1

Share

Chapitre 4 : Le dossier secret 1

Author: Déesse
last update publish date: 2026-03-16 18:21:53

Théo

Je n'ai pas dormi.

Toute la nuit, j'ai tourné et retourné les mots du juge dans ma tête. Parce que je le veux. Qu'est-ce que ça signifie ? Quel pouvoir a-t-il sur mon père ? Pourquoi me dit-il cela ? Pourquoi me regarde-t-il ainsi ?

À 14h précises, je suis de nouveau devant sa porte. Je frappe. Pas de réponse. J'attends une minute, deux. Je frappe encore. Rien. J'ose tourner la poignée, doucement, comme un voleur. La porte s'ouvre sans bruit.

Le bureau est vide. La lampe est allumée sur le bureau, créant un cercle de lumière dans la pénombre. Et une chaise a été placée à côté du fauteuil du juge, pas en face. Une chaise intime, proche, presque conjugale.

Je reste debout, ne sachant quoi faire, regardant cette chaise qui semble m'attendre, qui semble dire quelque chose que je ne comprends pas encore. Les minutes passent. Dix. Vingt. Je commence à croire qu'il m'a posé un lapin, qu'il se joue de moi, quand soudain la porte s'ouvre derrière moi.

Je me retourne. C'est lui. Il est en robe cette fois, noir de juge, impressionnant, presque effrayant dans cette tenue qui le grandit encore, qui lui donne une autorité absolue. Il referme la porte derrière lui, lentement, le bruit de la serrure qui claque résonne dans le silence.

— Vous êtes là. Bien. Asseyez-vous.

Il montre la chaise à côté de son fauteuil. J'obéis, je m'assois, mal à l'aise d'être si proche, de sentir la chaleur de son fauteuil vide à côté de moi. Il s'installe à son tour, pose une liasse de documents sur le bureau, puis se tourne vers moi. Il est si près que je pourrais le toucher, que je sens son parfum m'envelopper.

— Aujourd'hui, Théo, je vais vous montrer quelque chose. Ce que personne n'a jamais vu.

Il ouvre un tiroir de son bureau, en sort un dossier épais, jauni par endroits, usé par les manipulations. Il le pose devant moi, sur le bureau, à portée de ma main.

— Ouvrez.

Mes doigts tremblent en défaisant la liasse. À l'intérieur, des documents officiels, des relevés bancaires, des témoignages signés, des analyses graphologiques. Tout ce qui accuse mon père. Je feuillette, le cœur serré, chaque page une nouvelle douleur. C'est accablant. Des signatures qui ressemblent à la sienne, troublantes de ressemblance, des virements vers des comptes à son nom, des mails compromettants avec son adresse, des photos de lui devant des banques.

— C'est un montage, dis-je. Ce n'est pas lui. Regardez, ici, la signature est trop parfaite, trop appliquée. La sienne est plus relâchée d'habitude.

— Bien sûr que non. Je vous l'ai dit, je sais qu'il est innocent.

— Mais alors... pourquoi ces documents existent-ils ? Pourquoi sont-ils dans votre dossier ?

Il me regarde, un long regard appuyé, profond, qui semble plonger au plus profond de moi.

— Parce que je les ai créés.

Le monde s'arrête de tourner. Le temps se fige. Mon cœur cesse de battre une seconde, deux secondes, une éternité.

— Quoi ?

— Les signatures, les virements, les mails, les photos. J'ai tout fabriqué. Avec l'aide de quelques complices, des experts qui savent imiter parfaitement, des informaticiens qui savent créer des preuves. Votre père est en prison parce que j'ai voulu qu'il y soit.

Je me lève d'un bond, la chaise tombe derrière moi avec un bruit qui déchire le silence. Mes poings se serrent, tout mon corps tremble de rage.

— Vous êtes fou ! Complètement fou ! Pourquoi ? Pourquoi détruire un innocent ? Pourquoi détruire ma famille ?

— Calmez-vous, Théo. Asseyez-vous.

— Non ! Je vais tout révéler ! Je vais dire à tout le monde ce que vous avez fait ! Je vais aller voir la presse, le procureur, le garde des sceaux !

Il ne bouge pas, ne semble pas inquiet le moins du monde. Il se contente de me regarder avec une sorte de pitié amusée, comme on regarde un enfant faire une colère.

— Et qui vous croira ? Un jeune avocat sans expérience, sans relations, sans preuves, contre un juge respecté, décoré, adulé ? Vous n'avez aucune preuve de ce que j'avance. Ce dossier, je peux le faire disparaître en une seconde, le brûler, le déchiqueter, et personne n'en saura jamais rien. Ou je peux l'étoffer encore, ajouter des preuves, des témoignages, des certitudes. Choisissez votre camp, Théo. Mais choisissez bien.

Je reste debout, tremblant de rage et d'impuissance, les poings serrés si fort que mes ongles s'enfoncent dans mes paumes. Il a raison. Je ne peux rien contre lui. Je ne suis rien contre lui.

— Pourquoi ? finis-je par articuler, la voix brisée. Pourquoi mon père ? Qu'est-ce qu'il vous a fait ?

Il se lève lentement, avec cette grâce féline qui le caractérise, et s'approche de moi. Il est si proche maintenant que je sens son souffle sur mon visage, chaud, régulier. Il est si grand que je dois lever la tête pour le regarder.

— Ce n'est pas votre père que je voulais, Théo. C'est vous.

Je recule d'un pas, heurte le bureau, ne peux plus reculer. Je suis coincé, lui faisant face, prisonnier de son regard.

— Moi ?

— Je vous ai vu, il y a trois mois, à une conférence de droit pénal. Vous étiez avec vos camarades de promo, au troisième rang. Vous avez pris la parole pour poser une question sur la prescription en matière financière. Et j'ai vu votre bouche. La façon dont elle formait les mots, dont elle s'arrondissait sur les voyelles, dont elle s'humectait entre les phrases, dont elle s'ouvrait pour laisser passer votre voix. Je n'ai plus pensé qu'à ça. Pendant trois mois, je n'ai plus pensé qu'à votre bouche.

Je suis glacé d'horreur. Glacé et pourtant brûlant, parcouru de frissons contradictoires. Et au fond de moi, quelque chose que je refuse de nommer, une émotion trouble, honteuse, inavouable.

— Alors vous avez... vous avez piégé mon père... pour... pour moi ?

— Pour vous avoir. Pour vous amener ici, dans ce bureau. Pour que vous reveniez, soir après soir. Pour que vous m'écoutiez. Pour que vous fassiez ce que je vous dirai de faire. Pour que votre bouche soit enfin à moi.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • Sa Chaleur dans ma Bouche 1   Chapitre 5 : Le dossier secret 2

    Théo Il retourne à son bureau, ouvre un autre tiroir, en sort une deuxième liasse de documents, plus épaisse encore, plus officielle.— Et voici ce qui peut le sauver.Je m'approche, regarde. Des preuves de l'innocence de mon père. Des témoignages de ses collègues repentis, des alibis vérifiés, des analyses graphologiques qui prouvent que les signatures sont fausses, des relevés bancaires qui montrent où est vraiment allé l'argent. Assez pour le libérer immédiatement et le blanchir complètement, définitivement.— Ces documents existent donc, dis-je.— Depuis le début. Je les ai préparés en même temps que les faux. Je voulais avoir les deux possibilités. La carotte et le bâton. La clé et le verrou.Je comprends soudain, avec une clarté aveuglante. Le marché.— Vous voulez que je choisisse. Mon père ou...— Je veux que vous veniez chaque soir, Théo. Dans ce bureau. À genoux. Et que vous utilisiez cette bouche qui me hante, qui me torture, qui m'obsède. Pour supplier. Pour implorer. Pou

  • Sa Chaleur dans ma Bouche 1   Chapitre 4 : Le dossier secret 1

    ThéoJe n'ai pas dormi.Toute la nuit, j'ai tourné et retourné les mots du juge dans ma tête. Parce que je le veux. Qu'est-ce que ça signifie ? Quel pouvoir a-t-il sur mon père ? Pourquoi me dit-il cela ? Pourquoi me regarde-t-il ainsi ?À 14h précises, je suis de nouveau devant sa porte. Je frappe. Pas de réponse. J'attends une minute, deux. Je frappe encore. Rien. J'ose tourner la poignée, doucement, comme un voleur. La porte s'ouvre sans bruit.Le bureau est vide. La lampe est allumée sur le bureau, créant un cercle de lumière dans la pénombre. Et une chaise a été placée à côté du fauteuil du juge, pas en face. Une chaise intime, proche, presque conjugale.Je reste debout, ne sachant quoi faire, regardant cette chaise qui semble m'attendre, qui semble dire quelque chose que je ne comprends pas encore. Les minutes passent. Dix. Vingt. Je commence à croire qu'il m'a posé un lapin, qu'il se joue de moi, quand soudain la porte s'ouvre derrière moi.Je me retourne. C'est lui. Il est en

  • Sa Chaleur dans ma Bouche 1   Chapitre 3 : La première convocation

    ThéoLe couloir est long, interminable, éclairé par des néons qui bourdonnent, une lumière blafarde qui donne à tout une teinte maladive. Des portes en bois sombre s'alignent, toutes identiques, avec des plaques de cuivre usées par le temps. Des noms gravés, des titres, des numéros. Cabinet 312. Je frappe.— Entrez.Une voix grave, posée, profonde, qui semble venir de très loin et pourtant résonner tout près, dans ma poitrine, dans mon ventre. Je pousse la porte.La pièce est vaste, beaucoup plus que je ne l'imaginais. Des bibliothèques du sol au plafond couvertes de dossiers et de codes, des reliures de cuir, des titres dorés, une odeur de vieux papier et de bois ciré. Un bureau immense en acajou, parfaitement ordonné, pas un papier qui dépasse, pas un stylo qui traîne. Une fenêtre qui donne sur la ville, mais le ciel est gris, la lumière morne, et tout baigne dans une pénombre savamment entretenue. Et derrière le bureau, lui.Édouard Delacroix.Il ne porte pas sa robe aujourd'hui. U

  • Sa Chaleur dans ma Bouche 1   Chapitre 2 : Le verdict brisé 2

    ThéoJe sens son regard comme une brûlure, comme une flamme qui lèche ma peau sans la toucher. Il observe mes lèvres, ma façon de les mordre pour ne pas pleurer, de les serrer pour garder ma dignité, de les humecter nerveusement quand l'angoisse dessèche ma gorge. Il suit chaque micro-mouvement avec une attention qui me paralyse, qui me cloue sur place, qui me donne l'impression d'être nu devant lui, exposé, vulnérable. Qui est-ce ? Pourquoi me regarde-t-il ainsi ? Pourquoi fixe-t-il ma bouche avec cette faim dans les yeux ?Le président annonce la décision. Mon père est placé en détention provisoire. Immédiate.Le chaos s'ensuit. Ma mère s'effondre, son corps glisse sur le banc, je dois la retenir. Isabelle hurle, un cri aigu, déchirant, qui transperce le brouhaha de la salle. Les gendarmes s'approchent de mon père, lui passent les menottes. Le bruit du métal qui claque est le plus horrible que j'aie jamais entendu. Il se laisse faire, digne, mais je vois ses épaules s'affaisser légè

  • Sa Chaleur dans ma Bouche 1   Chapitre 1 : Le verdict brisé

    ThéoLa salle d'audience retient son souffle. Moi, je ne respire plus.Le prétoire est bondé, suffocant, étouffant, des corps pressés sur les bancs de bois, des souffles courts, des chuchotements qui ressemblent à des prières. Mais je n'entends que les battements de mon cœur qui résonnent dans mes tempes, un tambour sourd qui accélère, qui martèle, qui menace de briser ma poitrine. Mes mains sont crispées sur le bois de la barre, si fort que mes jointures blanchissent, que mes ongles s'enfoncent dans la paume sans que je ressente la douleur. Devant moi, la silhouette de mon père se tient droite, trop droite, comme s'il refusait de plier même quand tout s'effondre autour de lui, même quand le sol se dérobe sous ses pieds, même quand le monde qu'il a construit pendant cinquante-deux ans n'est plus que poussière.Jacques Delmas. Mon père. Cadre financier irréprochable depuis trente ans. Mari fidèle. Père aimant. Et aujourd'hui, accusé.Le président du tribunal feuillette ses papiers avec

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status