LOGINEt Raphaël est là, debout près de la fenêtre, dos à moi, regardant la nuit. Il porte un peignoir blanc, ouvert sur son torse nu, comme au premier jour. Il se retourne quand il m'entend entrer, et ses yeux gris s'illuminent. Il ne bouge pas. Il attend. Il me laisse venir à lui. Je m'approche, m'arrête à quelques centimètres de lui. Le silence entre nous est palpable, vibrant, chargé de tout ce que nous avons traversé pour en arriver là. Puis je parle. — Je suis là. — Tu es là, répète-t-il doucement. — Pour de bon. — Pour de bon. — Je lui ai dit. À Sophie. Je lui ai dit que je t'aimais. Je lui ai dit la vérité. Toute la vérité. — Comment te sens-tu ? — Nu. Fragile. Terrifié. Mais vivant. Plus vivant que je ne l'ai jamais été. Il sourit. Un sourire différent, un sourire qui n'est ni calculateur ni séducteur, un sourire simplement heureux. Il ouvre
Non. Je ne suis pas ça. Je ne suis pas qu'une étiquette, une case, une définition réductrice. Je suis Léo. Juste Léo. Un garçon de vingt-deux ans qui aime un homme de quarante-cinq ans. Un garçon qui a mis des semaines à accepter cette vérité, qui a lutté contre lui-même, qui a menti, qui a trahi, qui a fui. Mais un garçon qui aujourd'hui, dans cette chambre d'hôtel déserte, entouré de bougies qui s'éteignent et de pétales de roses qui se fanent, décide enfin d'arrêter de fuir. Je prends mon téléphone. Mes doigts tremblent, mais ce n'est plus de peur. C'est d'impatience. Je compose le numéro de Raphaël, ce numéro que je connais par cœur, que j'ai composé des dizaines de fois en cachette, que j'ai effacé de mon journal d'appels pour ne pas éveiller les soupçons. Il décroche à la première sonnerie. — Léo ? Tout va bien ? Sa voix est grave, inquiète. Il ne dort pas, il ne dormait pas. Il attendait mon appel. Il m'attend, lui, toujours,
Léo La porte claque, et le bruit se répercute dans la chambre comme une détonation. Je reste debout au milieu de la pièce, pétrifié, les bras ballants, les yeux fixés sur cette porte derrière laquelle Sophie vient de disparaître. Les bougies crépitent encore sur la table, les pétales de roses jonchent le sol comme des confettis après une fête ratée, le champagne tiédit dans les flûtes intactes. Tout ce décor romantique, toute cette mise en scène minutieuse, tout cela n'était qu'un tombeau. Le tombeau de notre amour. Je m'assieds sur le canapé, lourdement, comme un pantin désarticulé. Ma tête tombe entre mes mains, mes coudes s'enfoncent dans mes genoux. J'ai encore son goût sur mes lèvres, le goût de ses larmes mêlées au champagne. J'ai encore son odeur dans les narines, ce parfum qu'elle porte depuis que je la connais et qui restera à jamais associé à elle. J'ai encore sa voix dans les oreilles, cette voix brisée par le chagrin et la co
La colère est revenue, balayant le chagrin. Je me lève, le visage ruisselant de larmes, la voix tremblante de rage. Je m'approche de lui, le pointe du doigt, et je crache tout ce que j'ai sur le cœur. — Tu m'as menti, Léo. Tu m'as menti pendant des semaines, des mois peut-être. Tu rentrais le soir avec son odeur sur ta peau, et tu m'embrassais comme si de rien n'était. Tu recevais ses messages à table, et tu me disais que c'était ta mère. Tu m'as prise pour une idiote, tu m'as manipulée, tu m'as trahie. Et aujourd'hui, tu voudrais que je te comprenne ? Que je te pardonne ? Non. Non, Léo. Je ne te pardonnerai jamais. Jamais. — Sophie, je... — Tais-toi. Tais-toi et écoute-moi. Je t'ai aimé. Vraiment. De tout mon cœur. J'étais prête à tout pour toi. J'aurais déménagé à l'autre bout du monde, j'aurais changé de travail, j'aurais renoncé à tout ce que j'avais. Et toi, tu m'as jetée comme une vieille chaussette pour un homme qui a l'âge d
Il se tait, s'enfonce dans le canapé, les yeux fixés sur les bulles qui remontent dans sa flûte. Je m'assieds en face de lui, sur le pouf recouvert de velours, et je commence mon discours. Un discours que j'ai préparé, répété, peaufiné toute la journée. Un discours qui vient du cœur, du ventre, des tripes. — Je t'aime, Léo. Je t'aime depuis le premier jour, depuis ce bar où tu as renversé ta bière sur ma robe en voulant m'inviter à danser. Tu étais maladroit, tu étais timide, tu étais terrifié, et j'ai tout de suite su que tu étais différent des autres. Pas un dragueur, pas un beau parleur. Juste un garçon sincère, avec un cœur énorme et une peur bleue de mal faire. Je suis tombée amoureuse de cette sincérité, de cette maladresse, de cette pureté. Et pendant deux ans, j'ai été heureuse. Vraiment heureuse. Tu m'as rendue heureuse, Léo. Il ne dit rien. Il me regarde, et je lis dans ses yeux une émotion complexe, un mélange de tendresse et de culpabi
Sophie Je ne vais pas le laisser partir comme ça. Pas sans me battre. Pas sans essayer une dernière fois. L'idée me vient au milieu de la nuit, alors que je suis recroquevillée dans le canapé de ma meilleure amie, les yeux grands ouverts dans le noir, incapable de dormir. J'ai quitté l'appartement il y a trois jours, j'ai tout laissé derrière moi, mes vêtements, mes livres, mes plantes vertes, ma vie entière. Je n'ai emporté que l'essentiel : mon ordinateur, quelques affaires de toilette, et ma colère. Ma colère qui ne s'éteint pas, qui ne faiblit pas, qui me tient éveillée la nuit et me donne la force de me lever le matin. Je ne vais pas le laisser partir. Je ne vais pas m'avouer vaincue. Pas encore. Pas après deux ans d'amour, de projets, de sacrifices. Pas après tout ce que j'ai construit avec lui. Raphaël m'a dit que Léo n'était pas une propriété, qu'on ne pouvait pas posséder les gens. Il a raison, bien sûr. Mais l'amour, le vrai, c'
Raphaël DelacroixCe mot. Ce simple mot de trois lettres, prononcé doucement, sans défi, sans arrogance. Juste un constat. Une évidence. Je n'ai pas envie de fermer les yeux. Je veux vous voir. Et soudain, c'est moi qui ai envie de détourner le regard, de me cacher, de fuir. Parce que ce qu'il cher
Raphaël DelacroixLa chambre est plongée dans une semi-obscurité calculée. C'est ainsi que je les préfère, ces corps de passage, ces silhouettes anonymes qui défilent dans mon lit comme des figurants dans un théâtre vide. La pénombre efface les détails, gomme les particularités, transforme chaque v
Livio MorettiSa voix est grave, profonde, posée. Sans chaleur, mais sans hostilité non plus. Juste un ordre poli. Je franchis le seuil, et il me semble que je franchis bien plus que le seuil d'une suite de luxe. La porte se referme derrière moi avec un claquement sourd qui me fait sursauter. La su
Livio MorettiMais une autre partie de moi, une partie que je refuse d'écouter parce qu'elle est dangereuse et stupide, espère autre chose. Espère qu'il sera différent. Espère qu'il me regardera vraiment, qu'il verra autre chose qu'un corps à consommer. C'est stupide. C'est dangereux. C'est le meil







