LOGINPOV de AMAURY
La porte de la chambre principale se referme dans un déclic métallique définitif. Dans cette pièce, il n’y a que moi, mon obscurité, et le parfum de jasmin qui se mêle désormais à l’odeur de peur et de désir contenu de ma nouvelle épouse.
J’enlève ma veste de smoking et la laisse tomber au sol. J’entends le froissement de la robe de soie de Thaïs lorsqu’elle s’éloigne de moi. Elle se tient près de la fenêtre — je le sais au murmure du vent qui s’y engouffre.
« Tu n’as pas à avoir peur, Thaïs, » dis-je d’une voix grave et rauque. « Je ne vais pas te dévorer… à moins que tu ne le demandes. »
« Ne sois pas arrogant, Amaury, » réplique-t-elle sèchement. « Je n’ai pas peur de toi. Je suis seulement écœurée par la façon dont vous, les mafieux, traitez les femmes comme des trophées. »
Je souris en coin en desserrant mon nœud papillon.
« Un trophée ? Non. Tu vaux bien plus que ça. Tu es un investissement. Et ce soir, je veux voir le rendement de mon investissement. »Je fais un pas en avant, voulant affirmer mon autorité. Je veux qu’elle comprenne que, même aveugle, je reste le maître ici. Je veux la dominer, briser ce qu’il reste de défi dans son regard.
« Viens ici, » ordonné-je.
Elle ne bouge pas. « Non. »
La colère et le désir se mêlent dans mon sang. J’avance plus vite, prêt à l’attraper, à lui montrer qui commande. Mais l’obscurité est une traîtresse cruelle.
Mon pied droit heurte le coin d’une petite table qui n’aurait pas dû être là — un domestique stupide a dû la déplacer. Je perds l’équilibre. Mon corps bascule en avant.
Merde. Je vais tomber comme un infirme devant elle.
Mais avant que mes genoux ne touchent le sol, deux petites mains solides attrapent mes épaules. Son corps frêle soutient le mien, nos poitrines se heurtent, et je sens la chaleur de sa peau sous mon nez.
« Attrape-moi, » murmure-t-elle, le souffle court contre mon cou.
Je me fige. Tous mes muscles se tendent. Le silence devient étouffant. Je perçois les battements précipités de son cœur à travers le tissu fin de sa robe, contre ma chemise.
Je me redresse brusquement, la repoussant avec dureté. La honte brûle mon visage.
« Ne me touche pas ! » grondé-je, les poings serrés. « Je n’ai pas besoin de ta pitié ! »
« Ce n’était pas de la pitié, Amaury ! » crie-t-elle. « C’était un réflexe ! Tu allais t’écraser au sol et j’ai juste empêché mon mari de se ridiculiser ! »
« Je n’ai pas besoin de ton aide pour marcher dans ma propre chambre ! »
« Vraiment ? Parce que, de ce que je vois, tu es juste un homme arrogant perdu dans sa propre maison ! » Elle avance, déterminée. « Arrête de te prendre pour un dieu. Tu es humain. Tu es blessé. Et tu as besoin de moi. »
Je me tourne vers sa voix, le souffle court. « Je n’ai besoin de personne. »
Soudain, je sens ses doigts rugueux mais délicats toucher le bandeau noir sur mes yeux. Je veux l’écarter, mais quelque chose dans son geste m’immobilise. Elle le retire lentement, laissant la soie tomber au sol une seconde fois.
« Regarde-moi, » murmure-t-elle, bien qu’elle sache que je ne le peux pas.
Elle prend mon visage entre ses mains. Chaleur. Une chaleur si intense qu’elle fissure quelque chose en moi.
« Écoute-moi bien, Lion de Montfort, » dit-elle d’une voix soudain douce mais ferme. « Je ne serai pas une servante à tes pieds. Ni un objet que tu exhibes puis jettes. Si je dois rester en enfer avec toi, alors je serai tes yeux. Je serai celle qui te protège quand tu baisses la garde. »
J’avale difficilement. « Pourquoi ? »
« Parce que tu es le seul à pouvoir me protéger de mon père et de ton cousin. Nous sommes liés par ce contrat de sang. Ne me combats pas. Utilise-moi. »
Le silence retombe, différent cette fois. Moins hostile. Plus dangereux. Ses lèvres ne sont qu’à quelques millimètres des miennes.
Le désir que je retenais explose.
Je saisis sa taille et la tire contre moi. Mes mains glissent le long de son dos, explorant chaque courbe.
« Tu joues avec le feu, Thaïs, » murmuré-je.
« Alors laisse-moi brûler, » répond-elle.
Je l’embrasse.
Pas comme à la chapelle. Cette fois, c’est un baiser chargé de faim et de tension. Elle y répond, ses doigts s’agrippant à mes cheveux, m’attirant davantage.
Je la pousse vers le lit. Son corps s’enfonce dans le matelas, et je la surplombe. Ma main trouve la fermeture de sa robe et la fait céder d’un geste brusque.
Je découvre son corps par le toucher — la finesse de sa taille, la chaleur de sa peau, la sensibilité de ses réactions. Chaque mouvement lui arrache un souffle qui alimente le feu en moi.
« Tu es à moi, » grondé-je contre sa peau. « Dis-le. »
« Je… suis à toi, » murmure-t-elle, la voix brisée.
Dans cette chambre plongée dans l’obscurité, je n’ai pas besoin de voir. Je ressens tout — ses frissons, son souffle, sa chaleur.
Ce qui devait être une nuit de contrainte devient autre chose. Une alliance dangereuse. Intime.
Je suis peut-être aveugle… mais ce soir, grâce à elle, je me sens plus vivant que jamais.
Elle est ma vision.
Et je suis son obscurité.
POV DE THAÏSLa pâle lumière de l’aube parisienne s’infiltre à travers les rideaux de velours gris, illuminant les particules de poussière qui dansent au-dessus du parquet en chêne.Je me réveille avec une douleur inhabituelle, une pulsation sourde dans le bas de mon corps et dans mon dos, souvenir de l’intensité de la nuit passée.Je suis enveloppée dans des draps de soie froide, mais une odeur masculine s’est imprégnée sur ma peau, comme si Amaury avait marqué chacun de mes pores.À côté de moi, Amaury dort encore. Sans le bandeau de soie noire qui recouvre habituellement son visage, il paraît… humain.Je pose mon menton sur ma main et l’observe. Les cicatrices autour de ses yeux n’enlèvent rien à sa beauté ; au contraire, elles lui donnent une dureté presque sculpturale, comme une statue de guerrier antique remontée des profondeurs de la Méditerranée.Je me lève lentement, veillant à ne faire aucun bruit, et enfile un peignoir de satin léger qui dévoile la ligne de mon cou.Mes pen
POV de AMAURYLa porte de la chambre principale se referme dans un déclic métallique définitif. Dans cette pièce, il n’y a que moi, mon obscurité, et le parfum de jasmin qui se mêle désormais à l’odeur de peur et de désir contenu de ma nouvelle épouse.J’enlève ma veste de smoking et la laisse tomber au sol. J’entends le froissement de la robe de soie de Thaïs lorsqu’elle s’éloigne de moi. Elle se tient près de la fenêtre — je le sais au murmure du vent qui s’y engouffre.« Tu n’as pas à avoir peur, Thaïs, » dis-je d’une voix grave et rauque. « Je ne vais pas te dévorer… à moins que tu ne le demandes. »« Ne sois pas arrogant, Amaury, » réplique-t-elle sèchement. « Je n’ai pas peur de toi. Je suis seulement écœurée par la façon dont vous, les mafieux, traitez les femmes comme des trophées. »Je souris en coin en desserrant mon nœud papillon.« Un trophée ? Non. Tu vaux bien plus que ça. Tu es un investissement. Et ce soir, je veux voir le rendement de mon investissement. »Je fais un
POV DE THAÏSCette robe minimaliste qui épouse mon corps avec tant de rigidité me coupe presque la respiration. Cette robe… on dirait la main d’Amaury revendiquant chaque centimètre de ma peau.Je me tiens devant le grand miroir de la loge du château, fixant mon propre reflet. Mon visage est pâle, contrastant violemment avec le rouge sang du rouge à lèvres que la servante, Clotilde, m’a imposé.« Vous êtes très belle, Mademoiselle, » murmure Clotilde, les mains tremblantes en ajustant mes cheveux.« Ne mens pas, Clotilde, » répondis-je d’une voix plate. « J’ai l’air d’une offrande sacrificielle. »La porte s’ouvre. Odilon, le garde du corps gigantesque d’Amaury, apparaît avec un visage impassible.« C’est l’heure, Mademoiselle. Monsieur Amaury vous attend à la chapelle. »Je prends une profonde inspiration, sentant l’oppression dans ma poitrine. Je sors et traverse les longs couloirs froids du château, en direction de la chapelle privée du clan Montfort. Elle est située sous terre, co
POV de AMAURYL’obscurité n’est plus mon ennemie. Elle est devenue ma seconde peau.Pour mes yeux, le monde n’est qu’une toile noire infinie, mais pour mes oreilles, il est une symphonie de secrets.J’entends le battement de cœur du garde devant la porte, irrégulier — il est nerveux. J’entends le froissement délicat de la soie du domestique qui tremble en déposant un verre de whisky à côté de moi.Je déteste être pris en pitié, mais je déteste encore plus paraître faible.Un bandeau de soie noire enveloppe mes yeux, dissimulant les brûlures et les péchés que j’ai récoltés à Marseille le mois dernier. L’explosion aurait dû me tuer, mais Dieu a choisi de me laisser vivre dans une obscurité permanente.« Monsieur, » la voix de Cyprien, mon consigliere, brise le silence. « Elle est arrivée. »Je bois une gorgée de whisky. Le liquide ambré brûle ma gorge, me donnant une illusion de contrôle.« Combien de temps a-t-elle pleuré dans la voiture ? »« Elle n’a pas pleuré, Monsieur Amaury. Elle
POV de THAÏSLa poussière de marbre blanc dansait dans l’air étouffant de son atelier, capturée par un rayon de soleil de fin d’après-midi qui se glissait par la verrière. Devant moi, un bloc de marbre de Carrare commençait à révéler sa forme : les muscles du dos d’un ange en train de pleurer.Chaque coup de marteau sur le ciseau d’acier dans ma main était le battement de mon cœur.« Encore un centimètre, et tu seras parfaite », murmurai-je à ce bloc de pierre inerte.Soudain, la porte en bois de l’atelier s’ouvrit violemment, frappant le mur avec fracas. Le bruit résonna, brisant la symphonie de silence que j’avais construite.Je sursautai. Le ciseau glissa de ma main, rayant la surface lisse du marbre. Mon cœur se serra.« Père ? »Étienne de Vangris se tenait sur le seuil, mais il ressemblait à peine à l’homme que je connaissais. Sa chemise en soie était déchirée, son costume coûteux avait disparu, et son visage… mon Dieu, son visage était une toile de sang. Ses yeux étaient gonflé







