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Chapitre 2.

Author: Kester
last update publish date: 2026-08-05 12:25:56

Une pluie battante s'abattait sur la nuit. L'eau du ciel trempait la fine robe d'Elena, qui collait à son corps grelottant. Pourtant, ce froid n'était rien comparé à la glace qui avait déjà figé son cœur.

Elena continuait d'avancer, s'éloignant du quartier huppé où se trouvait la résidence de la famille Vane. Pendant cinq ans, elle avait appelé cet endroit sa maison, alors qu'il ne l'avait jamais traitée avec la moindre humanité.

Dans le petit sac en toile qu'elle serrait contre elle ne se trouvaient que quelques vêtements usés et un test de grossesse affichant clairement deux lignes rouges.

Elle était enceinte.

Elena resserra son étreinte sur son sac. Les larmes qu'elle avait retenues devant Charlie finirent par se mêler à la pluie. Pourquoi cet enfant devait-il arriver précisément au moment où son monde venait de s'effondrer en mille morceaux ?

« Tu crois vraiment que je voudrais avoir un enfant d'une meurtrière ? »

Les paroles cruelles que Charlie lui avait lancées un an plus tôt résonnèrent de nouveau dans son esprit. Ce soir-là, il l'avait humiliée devant toute la famille au cours d'un dîner.

Elena posa une main tremblante sur son ventre encore parfaitement plat. L'instinct protecteur d'une mère s'éveilla soudain en elle.

— Tu es mon enfant, murmura-t-elle au milieu des rafales de vent. Mon enfant... rien qu'à moi.

Si Charlie ou Sarah apprenaient cette grossesse, ils ne la laisseraient jamais vivre en paix. Sarah, aussi rusée que perfide, ferait tout pour se débarrasser du bébé, tandis que Charlie, dans sa cruauté, serait capable de le lui enlever comme une nouvelle punition. Elena se jura de cacher à jamais l'existence de cet enfant à l'homme nommé Charlie Vane.

Soudain, les phares d'une voiture déchirèrent l'obscurité derrière elle. Une luxueuse berline noire s'arrêta juste à sa hauteur, projetant de l'eau sur l'ourlet de sa robe. Le cœur d'Elena se mit à battre à toute vitesse. Était-ce Charlie ? Était-il revenu pour lui infliger de nouvelles souffrances ?

La portière s'ouvrit.

Mais ce ne fut pas Charlie qui descendit.

Une femme vêtue d'un manteau de fourrure rouge éclatant sortit du véhicule avec élégance. Son garde du corps ouvrit aussitôt un parapluie noir au-dessus de sa tête.

Sarah.

Ce visage presque identique à celui d'Elena la contemplait avec un sourire triomphant. Plus de fauteuil roulant. Plus de teint pâle ni d'air souffrant qu'elle affichait constamment devant Charlie. Sarah se tenait droite, rayonnante de santé.

— Comme c'est pitoyable, dit-elle d'une voix douce, chargée pourtant d'un mépris évident. J'ai entendu dire que tu avais signé. C'était une décision intelligente, chère grande sœur Elena.

Elena ne recula pas d'un seul pas. Elle redressa les épaules.

— Tu as déjà obtenu Charlie. Qu'est-ce que tu veux de plus ?

Sarah eut un léger rire. Elle s'approcha jusqu'à murmurer à l'oreille d'Elena d'une voix glaciale.

— Assure-toi simplement de ne jamais revenir. Charlie te déteste. Même si tu mourais au bord de cette route ce soir, il ne verserait pas une seule larme pour toi.

Elena serra les poings si fort que ses jointures blanchirent.

— L'accident d'il y a cinq ans... Les freins de cette voiture... C'était toi, n'est-ce pas ?

Le sourire de Sarah s'élargit davantage, confirmant tout sans avoir besoin de prononcer un seul mot.

— Et alors ? Qui s'en soucie ? lança-t-elle avec ironie avant de retourner vers sa voiture. Juste avant de refermer la portière, elle jeta un dernier regard à Elena. Profite bien de ta nouvelle vie dans les ordures, ma chère sœur.

La voiture de luxe démarra en trombe, laissant derrière elle une traînée d'éclaboussures et de fumée. Elena demeura immobile.

Pourtant, au lieu de pleurer, ses yeux s'embrasèrent d'une haine ardente. Toute sa tristesse s'était évaporée, remplacée par une détermination farouche à leur faire payer chacune de leurs fautes.

— Nous verrons bien, murmura Elena en regardant disparaître la voiture de Sarah. Dans cinq ans... c'est vous qui ramperez à mes pieds.

D'un pas assuré, Elena prit la direction de la gare où passaient les trains de nuit. Elle allait quitter cette ville et reconstruire sa vie à partir de rien, pour l'enfant qu'elle portait.

Cette nuit-là, l'Elena malheureuse disparut à jamais.

Il ne restait plus qu'une femme prête à défier le monde entier.

Pendant ce temps, dans le somptueux bureau du manoir des Vane, un silence oppressant régnait.

Charlie se tenait devant l'immense baie vitrée, observant les gouttes de pluie qui glissaient sur le verre. Dans sa main, un verre rempli d'un liquide ambré, mais son esprit était ailleurs.

Sur son bureau reposaient les documents du divorce, désormais signés par Elena.

Une étrange oppression serra sa poitrine. Un vide inexplicable envahissait soudain son cœur. Il aurait pourtant dû se sentir soulagé d'être enfin débarrassé de la femme qu'il considérait comme un monstre.

Mais le dernier regard qu'Elena lui avait adressé ne cessait de revenir le hanter. Un regard vide, dépourvu de souffrance comme d'amour. Comme si elle avait définitivement effacé son existence de sa vie.

« Tu supplieras Dieu de te ramener à cette journée. »

Les dernières paroles d'Elena résonnèrent de nouveau dans son esprit, glaciales, presque comme une malédiction. Charlie vida son verre d'un trait, espérant chasser le malaise qui lui rongeait le cœur.

— Bon sang..., grommela-t-il à voix basse en reposant brutalement son verre. Ce n'est qu'une meurtrière. Elle mérite ce qui lui arrive.

Pourtant, au plus profond de lui, un minuscule doute venait de naître. Un doute qui, un jour, se transformerait en une tempête capable de détruire tout son univers.

Charlie ignorait encore qu'en cette nuit, il n'avait pas seulement abandonné l'épouse qu'il détestait. Il avait également rejeté la femme qui lui avait autrefois sauvé la vie... ainsi que son propre enfant.

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