INICIAR SESIÓNChapitre 25POV KateJe me réveille avec la sensation d'avoir traversé une nuit entière sans rêve, sans souvenir, comme si on avait éteint quelque chose en moi.La lumière du matin est grise, filtrée par les rideaux. Je reste immobile, les yeux au plafond, le drap remonté jusqu'au menton. Pendant quelques secondes, il n'y a que le silence, la respiration lente de la maison, et ce vide étrange où devrait se trouver la douleur.Puis elle revient. Pas d'un coup, cette fois. Elle monte lentement, comme une eau qui s'infiltre, et chaque image la ramène un peu plus haut. Le canapé rouge. La main de cette fille sur sa poitrine. Les doigts de Yoann refermés sur mon poignet.Je baisse les yeux. Sur la peau de mon avant-bras, une trace violacée dessine un anneau irrégulier. Je la touche du bout des doigts. Elle est chaude, sensible, vivante. Ce n'est pas un rêve.Je n'avais pas besoin de la preuve. Mais elle est là, et elle ne s'effacera pas avant plusieurs jours.Sur mes épaules, je sens encor
Chapitre 24POV YoannJe reste planté au milieu du couloir bien après que la porte de l'escalier s'est refermée sur eux.La musique cogne dans les murs. Derrière moi, une fille rit trop fort. Un serveur me contourne avec un plateau de verres, comme on contourne un homme qui s'est arrêté au milieu d'une route. Moi, je regarde ma main droite. Celle qui a serré le poignet de Kate.Elle tremble.Je revois la marque rouge sur sa peau, ce cercle pâle qui virait déjà au sombre. Je n'ai jamais levé la main sur personne. Jamais. Et ce soir, dans un couloir de velours rouge, j'ai serré la femme que j'aime jusqu'à lui arracher un cri.Tu me fais mal.Ce n'était pas le ton de la colère. C'était celui de la surprise. Celui de quelqu'un qui découvre que l'homme en face d'elle, celui en qui elle avait tout misé, est capable de ça.Je descends l'escalier d'un pas mécanique, je traverse la salle, la foule, les lumières. Personne ne m'arrête. Dehors, l'air de la nuit me gifle. Je m'adosse au mur, les
Chapitre 23POV KateLa portière se referme sur moi avec un bruit sourd, et le monde extérieur disparaît.Plus de musique. Plus de lumières violettes. Plus de rires. Seulement le silence feutré de l'habitacle, le cuir froid contre mon dos, et le ronronnement du moteur qui démarre. Ken s'installe à côté de moi, à la même distance qu'à l'aller. Il ne dit rien. Il n'essaie pas de me toucher. Il ne me regarde même pas, ou alors seulement du coin de l'œil, par intermittence, comme on veille sur quelqu'un qui pourrait se briser au moindre choc.La voiture s'engage dans la nuit.Je fixe la vitre. Les rues défilent, les enseignes s'effacent, les passants deviennent des silhouettes floues. Je ne vois rien. Je ne regarde rien. Dans ma tête, une seule image tourne en boucle, d'une netteté insupportable : la main de cette fille posée sur la poitrine de Yoann. Son bras à lui, glissé autour de sa taille, sans même qu'il y pense.*Sans même qu'il y pense.*C'est ça, le pire. Pas le geste, mais l'évi
Chapitre 22POV KateLa porte s'ouvre sur un mur de lumière violette et de musique étouffée.Je reste sur le seuil, la main encore sur la poignée, et pendant une seconde, mon cerveau refuse de ranger ce que mes yeux lui envoient. C'est une suite semblable à la nôtre, en plus vaste : des canapés de cuir sombre en arc de cercle, une table basse noyée sous les bouteilles, des seaux à glace, des verres vides, des sacs de marques que je reconnais seulement parce que je les ai vus dans les vitrines, derrière lesquelles je n'ai jamais osé entrer.Et au milieu de tout ça, il y a Yoann.Il est affalé contre le dossier du canapé, une chemise que je ne lui connais pas déboutonnée sur la gorge, un verre de champagne qui penche dangereusement dans sa main. Il rit. Un rire large, facile, que je n'ai pas entendu depuis des mois. Autour de lui, quatre ou cinq jeunes femmes, en robes courtes et brillantes, riant avec lui, penchées vers lui, l'une à genoux sur le cuir pour verser du champagne dans son
Chapitre 21POV KateCamille frappe à ma porte un peu après dix-huit heures. Elle porte entre ses bras une housse de vêtements noire, qu'elle dépose avec précaution sur le lit avant de la déplier.— Monsieur m'a demandé de vous apporter ceci, mademoiselle.La robe est d'un bleu nuit si profond qu'elle paraît presque noire dans la pénombre de la chambre. Une soie fluide, dos nu, avec cette coupe simple qui n'a pas besoin d'ornement pour être éblouissante. Elle a manifestement coûté plus cher que ce que je gagne en six mois à L'Antique.— Il l'a choisie lui-même, ajoute Camille avec une douceur prudente. Il a insisté pour qu'elle soit de cette couleur.Je ne réponds pas. Je fixe le tissu, et je sens monter en moi une colère sourde. Il a choisi ma robe.Comme il a choisi mes vêtements, ma chambre, mes heures de repas. Comme s'il était en train de me fabriquer, pièce par pièce, une vie qui n'est pas la mienne.Mais je n'ai pas la force de la refuser. Ce soir, je n'ai la force de rien refus
Chapitre 20POV KateJe ne m'aperçois pas que je m'endors.Il n'y a pas de moment où je lâche prise. Il y a seulement mes pensées qui tournent, les photos, les mots de Ken, le visage de Yoann sous la neige, et puis plus rien. Quand j'ouvre les yeux, la lumière du matin traverse les rideaux, et pendant une seconde bénie, je ne sais plus où je suis.Puis tout me retombe dessus d'un bloc.Je suis toujours habillée. La lampe de chevet brûle encore, minuscule et pâle dans la clarté du jour. Sur la commode, le plateau de Camille, intact. La soupe a figé.Je reste allongée un instant, les yeux au plafond, et une seule pensée occupe tout l'espace, nette, sans détour. Je dois savoir.Pas de café, pas de douche, pas de petit déjeuner sur la terrasse. Je me redresse d'un coup, le cœur déjà à vive allure, et je vais droit à la commode. Camille a rangé mon téléphone dans le tiroir du haut, sous une pile de foulards, comme Ken me l'avait promis le premier soir. Je fouille entre les tissus. Mes doi







