ログインKate pensait avoir tout ce dont elle avait besoin pour être heureuse. Un homme qu’elle aime, un fiancé avec qui elle partage sa vie, et L’Antique, le petit restaurant qu’ils ont bâti ensemble à force de sacrifices, de travail acharné et de nuits sans sommeil. Mais lorsque les dettes s’accumulent, leur rêve tourne au cauchemar. Des prêteurs sur gages, des hommes dangereux et sans scrupules, commencent à leur mettre la pression. Chaque jour qui passe les rapproche un peu plus de la ruine, et Kate ne voit aucune issue. L’Antique risque de leur être retiré, et avec lui, tout ce qu’ils ont construit. Jusqu’à ce que Ken décide d’intervenir. Tout le monde connaît cet homme. Un gangster puissant, froid et redouté, dont le nom suffit à faire taire les conversations. Un homme que personne n’ose provoquer et encore moins contrarier. Ken fréquente régulièrement L’Antique… et depuis quelque temps, ce n’est plus la cuisine qui l’y attire. C’est Kate. Alors qu’elle cherche désespérément un moyen de sauver le restaurant, Ken lui propose de régler toutes ses dettes et de faire disparaître ses problèmes financiers. Mais son aide a un prix. Un prix que Kate n’aurait jamais imaginé devoir payer. — Je peux sauver L’Antique. Mais en échange, vous devrez m’accorder quelque chose. Face à cet homme dangereux, Kate sait qu’elle devrait fuir. Pourtant, lorsqu’on risque de perdre tout ce qu’on a construit, jusqu’où peut-on aller pour sauver son rêve ? Et surtout… Que peut bien exiger un mafieux comme Ken en échange d’une fortune capable de tout changer ?
もっと見るChapitre 1
KATE
Il est à peine sept heures quand je pousse la porte de L'Antique, et pourtant je sais déjà, rien qu'à l'odeur, que Yoann est arrivé avant moi.
Café fraîchement moulu, pain qui dore doucement dans le four, et ce léger parfum de bois ciré qui imprègne les vieilles tables que nous avons chinées ensemble, un dimanche de pluie, deux ans plus tôt. C'est l'odeur de notre vie. Celle qu'on a construite pierre par pierre, dette par dette, nuit blanche après nuit blanche.
— Tu aurais pu me réveiller, dis-je en posant mon sac sur le comptoir.
Yoann lève les yeux de la caisse enregistreuse, un sourire déjà accroché aux lèvres, comme s'il m'attendait depuis un moment. Il essuie ses mains sur son tablier et traverse la salle en trois enjambées pour venir m'enlacer. Ses bras se referment autour de moi et, l'espace d'une seconde, j'oublie tout. Les factures. Les hommes en costume sombre qui rôdent depuis quelques semaines. Le regard fuyant du comptable la dernière fois qu'on s'est vus.
Il n'y a que ça. Son odeur de café et de savon, sa joue mal rasée contre mon front, et ce battement de cœur régulier que je sens contre le mien.
— Tu dormais comme un bébé, murmure-t-il dans mes cheveux. J'ai pas eu le cœur de te réveiller. Tu avais l'air si loin de tout, pour une fois.
Je souris contre son épaule, même si une petite part de moi sait que ce sommeil-là n'a rien d'un repos. C'est de l'épuisement pur. Celui qui vous rattrape quand on passe ses nuits à faire des calculs qui ne tombent jamais juste.
Mais ce matin, je décide de ne pas y penser. Pas tout de suite.
— Allez, dis-je en me détachant de lui avec un dernier baiser volé au coin des lèvres. On a une salle à ouvrir.
L'Antique n'est pas grand. Douze tables, une devanture en bois vert bouteille que j'ai repeinte moi-même l'été dernier, et cette lumière particulière qui tombe par les fenêtres en fin de matinée et qui donne à tout, même aux verres ébréchés, un air précieux. C'est un tout petit royaume. Le nôtre.
Je noue mon tablier, sors les chaises que Yoann a empilées la veille, aligne les couverts, plie les serviettes avec cette gestuelle devenue automatique à force de répétition. Lui s'active derrière le comptoir, règle la machine à café, vérifie que les croissants sont bien dorés, allume l'ardoise du jour à la craie blanche.
— Soupe du jour, potage de courge, annonce-t-il en reculant pour admirer son écriture. Tu valides ?
— Je valide toujours, je réponds en riant. Tu sais très bien que je suis incapable de te dire non.
Il me lance un regard en coin, ce regard qui, deux ans après notre rencontre, me fait encore quelque chose au ventre.
— C'est bon à savoir, dit-il. Je m'en souviendrai.
Dehors, la rue commence à s'animer. Le boulanger d'en face relève son rideau de fer dans un grincement familier, une camionnette de livraison se gare en double file, et le vieux monsieur du numéro 12 sort promener son chien comme chaque matin, sans exception, depuis que je le connais.
Je jette un dernier coup d'œil à la salle. Tout est prêt. Presque parfait, si on oublie la pile de courriers que je n'ai pas eu le courage d'ouvrir, planquée dans le tiroir de la caisse.
— Prête ? demande Yoann en retournant la pancarte sur la porte.
Ouvert.
Je hoche la tête, et mon cœur fait ce petit bond qu'il fait chaque matin depuis l'ouverture. Cette excitation intacte, malgré tout. Malgré les dettes qui s'accumulent en silence, malgré les regards insistants de ces hommes que je préfère ne pas nommer.
La clochette au-dessus de la porte tinte à peine cinq minutes plus tard.
Notre premier client.
Je me retourne, le sourire déjà prêt, celui que j'ai perfectionné pour accueillir chaque inconnu comme s'il était le plus important de la journée.
Et c'est là que je le vois.
Costume sombre, taillé sur mesure. Une allure tranquille, presque nonchalante, mais qui occupe toute la pièce sans effort. Il s'arrête un instant sur le seuil, comme s'il prenait le temps d'observer chaque détail de la salle. Puis ses yeux se posent sur moi.
Et je sens, sans même savoir pourquoi, que cette journée ne sera pas comme les autres.
— Bonjour, dis-je d'une voix que j'espère assurée. Installez-vous où vous voulez.
Un sourire discret étire ses lèvres. Il ne répond pas tout de suite. Il choisit la table du fond, celle qui donne sur la rue, celle qui offre une vue parfaite sur toute la salle.
Sur moi.
— Merci, Kate, dit-il enfin.
Je me fige.
Je ne lui ai pas donné mon prénom.
Je reste un instant figée devant lui, la voix coincée quelque part entre ma gorge et mes lèvres. Comment connaît-il mon prénom ? Mais avant que je puisse formuler la question à voix haute, un mouvement dehors attire mon regard.
Une berline noire vient de se garer juste devant la vitrine, suivie d'une seconde. Deux hommes en costume en descendent en premier, larges d'épaules, le visage fermé, et se postent de chaque côté de la porte comme deux statues de pierre. Un troisième reste au volant, moteur allumé. Personne dans la rue ne semble surpris. Personne ne s'arrête. Comme si ce genre de scène faisait partie du décor, quelque part, pour certains.
Je comprends alors que l'homme assis au fond de ma salle n'est pas entré seul. Il a fait entrer tout un monde avec lui.
Un monde qui n'a rien à faire ici.
L'Antique, c'est du bois patiné, des nappes en lin un peu élimées, une ardoise à la craie et l'odeur du café du matin. Ce n'est pas un endroit pour un homme comme lui. Costume qui vaut sûrement plus cher que notre loyer mensuel, montre en or discrète mais qui ne trompe personne, et cette façon de s'asseoir, dos droit, comme s'il possédait déjà les murs.
Je me force à respirer, à retrouver mes gestes, mon rôle. Je suis serveuse avant d'être terrifiée. J'attrape mon carnet et je traverse la salle.
— Vous avez fait votre choix ?
Il retire lentement ses lunettes de soleil, les plie d'un geste précis, et les pose sur la table. Ses yeux sont clairs, presque trop calmes pour ce qu'ils dégagent.
— Un café noir, dit-il. Sans sucre.
— C'est tout ?
— Pour l'instant.
Il y a quelque chose dans sa voix qui n'a rien à voir avec le ton d'un client ordinaire. Une certitude tranquille, comme s'il savait déjà que ce « pour l'instant » allait durer bien plus longtemps qu'un café.
Je hoche la tête et je m'éloigne, trop vite sans doute, jusqu'au comptoir où Yoann prépare déjà une commande.
— C'est qui, ce type ? je chuchote en me penchant vers lui.
Yoann jette un œil discret par-dessus mon épaule, et je le vois se raidir imperceptiblement.
— Aucune idée. Mais avec les gorilles qu'il a amenés, j'ai l'impression qu'on n'a pas affaire à un commercial en assurance.
— Il connaît mon prénom, Yoann. Je ne me suis pas présentée.
Il fronce les sourcils, pose sa cafetière, et pour la première fois depuis que je suis entrée ce matin, une ombre traverse son visage.
— On lui apporte son café, on reste polis, et on verra bien, dit-il enfin. On n'a pas le choix de toute façon.
Je prends le café fumant, je me retourne vers la salle.
Et c'est à cet instant précis
que la porte s'ouvre une nouvelle fois.
Je les reconnais immédiatement. Comment pourrais-je les oublier ?
Chapitre 8 LE POINT DE VUE DE KATE — Non, dis-je, la voix ferme malgré les larmes qui menacent de tout emporter. Non, je refuse. Catégoriquement. Je me fiche de ce que Yoann a dit hier soir au téléphone, je me fiche de vos délais et de vos menaces. Je n'irai nulle part avec vous.Ken m'observe un long moment, presque avec une forme de pitié, ce qui m'écœure plus que sa froideur habituelle.— Je crains que ce ne soit plus vraiment une option, Kate, dit-il enfin, sa main plongeant dans la poche intérieure de sa veste.Il en sort une liasse de papiers, épaisse, agrafée avec un soin presque obscène, et la dépose sur la table avec la même désinvolture qu'il aurait pour poser une carte de visite. Un contrat. Officiel, en apparence, avec des lignes de texte serrées que je n'ai même pas le temps de lire avant qu'il ne fasse glisser un stylo à travers la table, en direction de Yoann.— Un accord verbal reste fragile, poursuit-il. Ceci, en revanche, ne laisse plus aucune place au doute. Il ne
Chapitre 7LE POINT DE VUE DE KATE Le matin se lève sur L'Antique comme si de rien n'était, une lumière douce et dorée qui filtre à travers les vitres, presque insolente tant elle contraste avec le poids que je porte depuis des jours. Je descends la première, comme souvent, laissant Yoann profiter de quelques minutes de sommeil supplémentaires. Il avait l'air si épuisé hier soir en se glissant dans le lit, presque absent, que je n'ai pas eu le cœur de le réveiller pour lui demander ce qui le tracassait tant.Je m'attaque au ménage avec une énergie presque mécanique, comme si frotter chaque table, aligner chaque chaise, pouvait remettre un peu d'ordre dans le chaos qui s'est emparé de notre vie ces derniers jours. Il ne nous reste qu'un jour. Un seul, avant que le délai de Ken n'expire. Et pourtant, ce matin, je m'efforce de me concentrer sur les gestes simples, familiers, ceux qui d'habitude m'apaisent.Je passe la serpillière, je nettoie les vitres, je dispose les nouvelles fleurs a
Chapitre 6LE POINT DE VUE YOANN La nuit est tombée depuis longtemps quand je m'assois seul à la table du fond, celle-là même où Ken s'était installé la première fois, comme si le hasard prenait un malin plaisir à me rappeler chaque détail de cette histoire.Kate dort à l'étage, épuisée par ces derniers jours qui nous ont vidés de toute énergie. Je lui ai menti, tout à l'heure, en lui disant que je montais juste après avoir fermé la caisse. En réalité, je savais que je ne pourrais pas trouver le sommeil. Pas ce soir. Pas avec cette carte qui me brûle presque les doigts à travers la poche de mon jean.Je la sors, je la pose devant moi sur le bois usé de la table, et je la fixe comme si elle pouvait, à force de la regarder, me révéler une vérité que je refuse encore de m'avouer.Ken. Un numéro. Rien d'autre.Un simple rectangle de papier, et pourtant, j'ai l'impression qu'il contient le poids de toute notre vie, comme s'il suffisait de composer ces quelques chiffres pour que tout bascu
Chapitre 5 Kate Les jours qui suivent se transforment en une course contre une montre invisible, dont chaque tic-tac résonne un peu plus fort dans ma tête.Le soir même, une fois le restaurant fermé, les volets baissés et le tablier accroché à son clou, Yoann étale sur la table de la cuisine tous les papiers qu'on possède. Relevés bancaires, factures, contrat de bail, jusqu'au vieux livret d'épargne qu'on n'a plus touché depuis des années. Comme si, à force de les aligner et de les relire, un chiffre miracle allait soudain apparaître entre les lignes.— Il doit bien y avoir une solution, murmure-t-il, un stylo entre les doigts, en griffonnant des colonnes de chiffres qui ne mènent jamais nulle part.Je m'assois en face de lui, épuisée, et je pose ma main sur la sienne pour l'empêcher de recommencer, pour la quatrième fois, le même calcul qui donne toujours le même résultat désespérant.— Yoann. On a déjà tout regardé. Trois fois.— Alors on regarde une quatrième fois.Je ne discute






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