ログインNaomi et Kael règnent ensemble sur un empire criminel. Elle est la stratège redoutée, il est le roi dont la parole est absolue. Leur amour indestructible se brise lorsque Kael ramène Liana, une inconnue aux allures d'innocente. Il s'éloigne de Naomi, l'humilie en la comparant à la douceur de cette rivale. Dévastée, Naomi s'enfuit et fonde son propre gang. Mais Liana n'est pas ce qu'elle paraît. Et Kael cache un secret qui pourrait tout faire basculer. Quand une balle visera la sœur de Naomi, Kael plongera pour la sauver. Avant de mourir, il lui glissera une clé. Une clé qui ouvrira un coffre renfermant la vérité qu'il n'a jamais pu lui dire.
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La fumée rampe sous les lustres comme une bête vivante, s'enroule autour des colonnes de marbre, s'accroche à mes cheveux, à ma robe, à l'intérieur de mes narines. Je la sens s'infiltrer en moi, toxique, étouffante. Je ne tousse pas. Je ne cligne pas des yeux. Je reste immobile, statue de glace dans un océan de cigarillos et de testostérone mal domptée.
Moretti transpire. Il transpire depuis vingt-trois minutes exactement , j'ai compté chaque seconde, chaque goutte qui perle sur son front dégarni, chaque fois que sa langue passe sur ses lèvres trop épaisses. Il croit que sa sueur est due à la chaleur des lampes. Pauvre imbécile. La peur a une odeur particulière, aigre, animale, et elle émane de lui par vagues successives depuis qu'il a franchi cette porte.
Il veut les docks. Il les veut sans payer. Il les veut parce que les rumeurs disent que Kael faiblit, que le Glaive s'émousse, que la Reine n'est qu'une façade derrière laquelle un homme brisé se cache. Les rumeurs mentent. Je les ai fabriquées moi-même, ces rumeurs, disséminées dans les bas-fonds comme des miettes de pain empoisonné. Moretti a mordu à l'hameçon avec une naïveté de poisson d'élevage.
Je jette un regard vers le fond de la pièce.
Kael est adossé au mur, bras croisés, jambes étendues devant lui. Il n'est pas à la table. Il n'y est jamais. Il laisse les autres s'imaginer au centre du pouvoir pendant que lui observe depuis les marges, depuis l'ombre, depuis cette position de retrait qui lui permet de voir tout ce que les autres cachent. Ses yeux sont deux braises dans la pénombre. Fixés sur moi. Uniquement sur moi.
Je connais chaque battement de ce cœur. Chaque inflexion de cette respiration. En ce moment même, son pouce caresse l'intérieur de son poignet, là où bat son pouls, geste inconscient qui trahit sa tension. Il est prêt. Il est toujours prêt. Non pas à intervenir , il sait que je n'en ai pas besoin , mais à bondir si quelqu'un ose poser un doigt sur moi. C'est son unique obsession. Sa seule religion : Moi.
Moretti abat son poing sur la table en acajou. Les verres en cristal vibrent. Un cendrier manque de tomber. Deux de mes hommes portent la main à leur veste.
— Je ne partirai pas sans un accord, Kael ! Je ne parle pas à ta femme, je parle au chef !
Ma main effleure la couverture du dossier. Beige. Sobre. Anonyme. Mon nom n'apparaît nulle part. Il n'apparaît jamais. Je n'ai pas besoin de signature pour qu'on sache qui a frappé.
— Moretti.
Ma voix est précise et froide . Je l'ai travaillée pendant six ans, cette voix, dans les salles de réunion enfumées, dans les caves où l'on interroge les traîtres, dans les nuits d'insomnie où je répétais seule devant un miroir les mots qui allaient briser des hommes. Moretti se tourne vers moi, agacé comme un enfant à qui l'on arrache un jouet.
— Quoi ?
Je pousse le dossier vers le centre de la table. Le cuir de mes doigts effleure le bois ciré. J'aurais pu le lancer, le jeter, le claquer. Mais la lenteur est une arme. La lenteur suggère la certitude. La certitude terrifie bien plus que la violence.
— Vous ne partirez pas sans un accord, en effet. Vous partirez sans rien.
Il ricane. Le bruit est gras, humide, écœurant.
— Et c'est toi qui le dis, la reine de pacotille ?
Je ne réponds pas. Je ne cille pas. J'attends.
Le silence s'étire. Une seconde. Deux secondes. Trois. Les hommes de main de Moretti commencent à se dandiner sur leurs chaises. Le plus jeune , un gamin à peine sorti de l'adolescence, acné et costume mal taillé , a un tic nerveux sous l'œil gauche. Il ne sait pas ce qui va arriver. Mais son instinct de proie le lui hurle dans le creux du ventre.
Moretti attrape le dossier. Ses doigts boudinés arrachent presque la couverture. Il l'ouvre.
Je vois le sang quitter son visage. Ce n'est pas une métaphore. C'est un processus physiologique précis : d'abord les joues, qui passent du rouge brique au blanc cadavérique en l'espace d'une expiration. Puis le front, qui se marbre de plaques violacées. Puis les lèvres, qui deviennent grises, exsangues, comme si la vie elle-même battait en retraite.
Il tourne la première page. La deuxième. La troisième. Ses doigts tremblent si fort que les feuilles bruissent comme des ailes d'insecte. Photographies. Relevés bancaires. Retranscriptions d'écoutes. Noms. Dates. Coordonnées. Secrets assez profonds pour faire tomber non seulement Moretti, mais tous ses alliés, tous ses complices, toute sa descendance jusqu'à la troisième génération.
— Où... où as-tu eu ça ?
Sa voix n'est plus qu'un filet. Un couinement de rat acculé.
Il pleure. Il pleure et il rit et il tremble en même temps que moi. Il sort l'alliance de la boîte. Il prend ma main gauche. Il glisse l'alliance à mon annulaire.Elle est à la bonne taille.Bien sûr qu'elle est à la bonne taille. Il connaît le tour de mon annulaire depuis huit ans. Il l'a mesuré une nuit, il y a des années, pendant que je dormais, avec un bout de fil qu'il avait ensuite rangé dans un livre.Je le laisse faire.L'alliance glisse. Elle se pose. Le petit éclat de balle brille sous la lumière du lampadaire , mat, gris, discret, presque banal si on ne sait pas ce que c'est, magnifique si on sait.Je regarde ma main.Je regarde son visage.Je souris.Je murmure.— C'est le plus beau bijou du monde, Kael.— Non.Il rit.— Non, ce n'est pas le plus beau bijou du monde. C'est un cercle avec un éclat de plomb. Ce n'est même pas très joli objectivement.— C'est le plus beau parce que c'est le tien.— C'est le tien maintenant. Je te le donne.— Je le prends.Je me penche.Nous n
NaomiC'est un soir de fin de printemps.Nous rentrons d'un dîner. Un dîner avec quatre lieutenants , Marek, Ivan, un du gang qui s'appelle Ismaël, et Dorian. Un dîner de travail où nous avons discuté d'une expansion possible vers le nord. Kael a parlé peu. Il a écouté beaucoup. Il a posé trois questions précises qui ont changé la structure du plan. Il est revenu. Il est complètement revenu. Personne autour de la table n'a douté une seconde qu'il était de nouveau le Glaive.Nous rentrons en marchant.L'appartement n'est pas loin du restaurant , vingt minutes à pied. Nous décidons de faire le trajet lentement. L'air est doux. Les marronniers de l'avenue commencent à fleurir. Il y a une odeur de miel et de tilleul qui traîne dans les rues.Nous marchons main dans la main.Nous ne parlons pas. Nous n'avons plus vraiment besoin de parler dans ces moments-là. Nos mains suffisent.En passant devant une vitrine , une bijouterie fermée, éclairée à l'intérieur , Kael s'arrête soudain.Il regar
Elle est comme dans mon souvenir, comme la première fois, comme la deuxième. Elle ne change pas, cette chapelle. Elle attend. Elle a le temps. J'entre. La lumière du matin entre en biais par la meurtrière. Elle pose son trapèze doré sur les dalles, exactement au même endroit. Je marche dedans. Ma silhouette coupe la lumière. Je souris. Je vais au fond. Je pousse le prie-Dieu. Je soulève la trappe. Je soulève la plaque. Je sors le coffre. Je l'ouvre. Il est comme je l'ai laissé. Le dossier Moreau , non, celui-là, je l'ai déjà pris, il est dans un endroit sûr au QG. Les carnets. Les paquets de lettres reliés par leurs ficelles. Je pose mon enveloppe sur le dessus. Précautionneusement. Puis je m'assieds à côté du coffre, dans le trapèze de lumière, sur les dalles fraîches, et je fais quelque chose que je n'avais pas prévu de faire.
La nuit, il se lève parfois. Rarement. Il va boire un verre d'eau à la cuisine. Il rentre en frissonnant. Il se glisse contre mon dos. Il pose sa bouche sur ma nuque et il murmure quelque chose que je n'entends pas , il ne veut pas que je l'entende, je crois, c'est un rituel à lui, il dépose des mots dans mon sommeil.Kael me masse les tempes le soir, quand j'ai la migraine. Je nettoie son arme le samedi, à la table du salon, avec des chiffons doux, pendant qu'il lit à côté de moi. Nous nous parlons peu, souvent. Nous nous regardons beaucoup. Il y a des silences où les yeux font tout le travail.Nous nous reconstruisons.Petit à petit.Geste après geste.Nous rebâtissons une vie qui n'est pas tout à fait celle d'avant , celle d'avant est morte dans l'entrepôt et il ne sert à rien de vouloir la ressusciter , nous rebâtissons une vie neuve, une vie deuxième, une vie qui a la marque de la balle en son centre et qui, précisément parce qu
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