LOGIN11h34
J'ai repris mes cours. Les annales d'anatomie m'attendaient et il fallait bien que je m'y mette sĂ©rieusement. J'ai sorti des fiches, j'ai notĂ© des schĂ©mas, j'ai mis de la musique douce pour me concentrer. Un peu de Bilal Hassani pour le moral entre deux dĂ©finitions de nerfs. 14h10 Youness est passĂ© me voir pour laisser des affaires qu'il avait rangĂ©es dans le garage. Il m'a fait une petite grimace quand il a vu mes fiches Ă©parpillĂ©es. Youness: T'es motivĂ©e dis donc, c'est bien. Tu veux qu'on rĂ©vise ensemble cet aprem ? Juste 1 heure, je te promets. Moi: (sourire) Oui, ça m'aiderait. Merci. On a rĂ©visĂ© maniĂšre chill: il me posait des questions, je rĂ©pondais, et quand je sĂ©chais il me taquinait gentiment. C'Ă©tait marrant et surtout ça changeait les idĂ©es. 17h02 J'ai profitĂ© du jardin pendant une demi-heure, j'ai pris le soleil, j'ai fermĂ© les yeux, et pour la premiĂšre fois depuis plusieurs jours je me suis sentie un peu normale. La peur ne m'habitait plus Ă chaque coin de rue. Peut-ĂȘtre que l'absence de la silhouette voulait dire qu'il s'Ă©tait lassĂ©, ou qu'il n'Ă©tait jamais venu pour de vrai. Dans tous les cas, j'ai choisi de pas y penser trop longtemps. 19h30 DĂźner avec Kayla. On a ri en regardant une Ă©mission stupide Ă la tĂ©lĂ© et elle m'a racontĂ© des anecdotes de quand elle Ă©tait plus jeune. Elle a ce talent de rendre la maison lĂ©gĂšre, et moi j'ai apprĂ©ciĂ© chaque mot. 21h50 Avant de dormir, j'ai relu mes fiches une derniĂšre fois. J'ai pris quelques notes et j'ai arrachĂ© une feuille pour prĂ©parer un planning d'Ă©tudes pour la semaine Ă venir. Si je veux rĂ©ussir cet examen, il faut que je sois organisĂ©e. J'ai senti une petite fiertĂ© me traverser : je reprenais le contrĂŽle de ma vie, pas Ă pas. Les jours suivants se sont enchaĂźnĂ©s comme ça: rĂ©visions, aidĂ©e par Mamadou de temps en temps, des pauses avec Kayla et quelques petites sorties « encadrĂ©es » Ă la fenĂȘtre du jardin pour bronzer. Mon pĂšre a appelĂ© quelques fois pour vĂ©rifier, mais il n'a remarquĂ© rien d'anormal. Les gardes Ă©taient occupĂ©s ailleurs et Nelson venait souvent s'installer devant l'entrĂ©e le soir, rien d'inquiĂ©tant mais rassurant. Petit Ă petit, la silhouette est devenue un souvenir flou, une peur qu'on range dans un coin et qu'on remplace par des choses concrĂštes: des schĂ©mas Ă mĂ©moriser, des mots Ă apprendre, des moments avec ceux que j'aime. J'ai compris que je pouvais continuer Ă vivre mĂȘme avec la peur au fond de la gorge, tant que je m'entourais des bonnes personnes. 11h42 J'Ă©tais en plein milieu de mes rĂ©visions quand mon tĂ©lĂ©phone s'est mis Ă vibrer. NumĂ©ro masquĂ©. Mon cĆur a fait un bond dans ma poitrine. J'ai hĂ©sitĂ©, puis j'ai dĂ©crochĂ©. đČMoi: AllĂŽ ? đ±??: ... đČMoi: (voix tremblante) AllĂŽ ? Y'a quelqu'un ? đČ??: Stella... J'ai sursautĂ©. Une voix grave, mĂ©connaissable. Elle avait murmurĂ© mon prĂ©nom. Puis un rire sec, presque Ă©touffĂ©. Bip bip. On m'a raccrochĂ© dessus. Je suis restĂ©e immobile, le tĂ©lĂ©phone serrĂ© contre mon oreille. Comment ils connaissaient mon prĂ©nom ? Pourquoi sur un numĂ©ro masquĂ© ? Quelques secondes plus tard, Kayla est montĂ©e pour me demander si tout allait bien. Moi: (vite) Oui, oui, t'inquiĂšte pas. Kayla: T'es sĂ»re ? T'as l'aire terrifiĂ©e, ma belle. Moi: Juste fatiguĂ©e. Je pouvais pas lui dire. Si elle s'inquiĂ©tait, elle le rĂ©pĂ©terait peut-ĂȘtre Ă mon pĂšre, et lui... lui ça allait tourner en catastrophe. 15h18 Je suis redescendue dans le salon pour souffler un peu. J'ai mis la tĂ©lĂ© sur une chaĂźne random. Mais impossible de rester tranquille: je me sentais surveillĂ©e, mĂȘme Ă l'intĂ©rieur. Et lĂ ... toc toc toc Ă la porte. J'ai sursautĂ©e. Kayla: (de la cuisine) Tu peux ouvrir s'il te plaĂźt ? J'ai les mains pleines. Je me suis approchĂ©e de la porte d'entrĂ©e doucement. Mon cĆur battait Ă mille. J'ai regardĂ© dans le judas: un livreur, sac sur le dos. Je souffle de soulagement et j'ouvre. Livreur: Bonjour, livraison pour... Stella M****. Je le regarde, choquĂ©e. Moi: Mais j'ai rien commandĂ©... Il me tend un petit carton. Dessus, pas de nom, pas d'adresse complĂšte. Juste Ă©crit au marqueur noir : « Ă ma jolie prisonniĂšre ». Mon sang s'est glacĂ©. Moi: Euh... non dĂ©solĂ©e, y'a une erreur. Livreur: Pourtant c'est bien ce nom-lĂ . AprĂšs si vous voulez refuser, je repars avec. J'ai pris le colis. Moi: Merci monsieur Livreur: Pas de problĂšme, bonne journĂ©e J'ai claquĂ© la porte, les mains tremblantes. Kayla est arrivĂ©e en me regardant bizarre. Kayla: C'Ă©tait quoi ça ? Moi: Rien... une erreur de livraison. J'ai menti, Ă©videmment. Je pouvais pas lui dire ce qui Ă©tait Ă©crit. Pas maintenant. Je suis remontĂ©e dans ma chambre avec le carton, mĂȘme si j'avais dit Ă Kayla que je l'avais refusĂ©. Mes mains tremblaient tellement que j'ai failli le faire tomber. Je l'ai posĂ© sur mon lit. Il Ă©tait lĂ©ger. Trop lĂ©ger. Comme s'il y avait presque rien dedans. Moi: (en murmurant) C'est quoi encore cette histoire... J'ai respirĂ© un grand coup puis j'ai ouvert. Ă l'intĂ©rieur, il y avait: Une seule photo polaroĂŻd... de moi. Prise de loin, sĂ»rement depuis la rue, alors que j'Ă©tais dans ma chambre en train de rĂ©viser hier. On voyait clairement ma silhouette assise Ă mon bureau, penchĂ©e sur mes cahiers. Et un petit papier pliĂ© en deux. Je l'ai ouvert d'une main tremblante. « Tu crois que tu es en sĂ©curitĂ© derriĂšre tes murs ? Je te vois. Toujours. » Mon estomac s'est retournĂ©. Je me suis levĂ©e d'un bond, j'ai couru fermer les rideaux, j'ai mĂȘme vĂ©rifiĂ© que la fenĂȘtre Ă©tait bien verrouillĂ©e. Mon cĆur battait si fort que j'avais l'impression que Kayla allait l'entendre depuis le rez-de-chaussĂ©e. Je savais que je devais prĂ©venir mon pĂšre. Mais si je lui disais, il allait me faire vivre un enfer, m'enfermer pour de bon, mettre dix gardes derriĂšre ma porte. Et une part de moi refusait ça. Alors j'ai glissĂ© la photo et le papier sous mon oreiller. Comme si en les cachant, j'allais pouvoir oublier. Mais la vĂ©ritĂ©... c'est que maintenant, j'avais la certitude: La silhouette que j'avais vue n'Ă©tait pas une hallucination, quelqu'un m'observait.đ¶ Comment ça on peux pas finir ensemble Tu me l'avais promis Je sais que c'est nos diffĂ©rence qui nous rassembleđ¶ __________________________________________________________________ Dans la peau de Stella đMadeleine, Nice, retour Ă la villa L'appel avec mes parents m'avait laissĂ©e confuse. Papa avait dit que Youness avait "le droit de dĂ©cider pour moi". Traduction: encore une fois, je n'ai aucun mot Ă dire sur ma propre vie. Je me suis laissĂ©e tomber sur mon lit, le regard vide. Nelson a toquĂ© quelques minutes plus tard. Nelson: Tout va bien, princesse ? Il commençais Ă me soĂ»ler avec ce surnom. C'est pas Ă lui de m'appeler comme ça... Moi: Ouais. Enfin, non. J'me sens enfermĂ©e. Nelson: (en s'appuyant contre la porte) T'es pas la seule, tu sais. Y'a des gars ici qu'on garde enfermĂ©s dans leurs rĂŽles aussi. Je le fixe. Son regard est sincĂšre, malgrĂ© son ton lĂ©ger. Moi: Et toi ? Tu fais partie de ceux qui obĂ©issent sans broncher ? Nelson: J'obĂ©is... mai
đ¶ Je n'avais pas vu ça quand j'ai vu tes photosJ'suis déçu, c'est beaucoup trop đ¶__________________________________________________________________đLuanda, plus tard dans la matinĂ©eJe rangeais mes papiers, encore en train de repenser Ă l'appel avec Stella.Y'avait un truc dans sa voix... un truc qui sonnait pas comme d'habitude. Elle voulait me dire quelque chose sans vraiment le dire.Et cette histoire de Youness qui "dĂ©cide Ă sa place"...J'le connais, Youness. C'est un bon Ă©lĂ©ment, loyal, carrĂ©, mais parfois trop dur, trop froid.S'il l'a blessĂ©e d'une maniĂšre ou d'une autre, il va m'entendre.Sara: (en mettant sa veste) T'sais, tu peux pas la protĂ©ger de tout, hein ? Ă un moment, elle va vivre sa vie, avec ou sans ton accordMoi: (en grinçant des dents) Ouais, mais tant que c'est sous mon toit, c'est moi qui dĂ©cide, SaraSara: (en riant doucement) Tu dis ça, mais ta fille a ton caractĂšre. Elle fait dĂ©jĂ ce qu'elle veut, en douceMoi: Tu crois qu'j'l'ai pas captĂ© ? Depuis qu
đ¶ J'ai besoin d'une boisson qui me fait des frissons et moi en tĂȘte j'ai dĂ©jĂ ma potion đ¶ __________________________________________________________________ Je suis remontĂ©e dans ma chambre sous le regard de Nelson. Nelson: (intriguĂ©) Tu vas oĂč comme ça ? Moi: Dans ma chambre Nelson: Oui c'est ça ouais tu vas regarder ton amoureux par la fenĂȘtre J'ai roulĂ© des yeux en montant les escaliers. ArrivĂ©e dans ma chambre, je me suis jetĂ©e sur le lit j'ai cherchĂ© le numĂ©ro de mon pĂšre d'abord. Je vais aller me plaindre Ă lui. Dans la peau de Christian đLuanda, Angola, 10h12 Je me suis rĂ©veillĂ© ce matin dans les bras de ma femme. Aujourd'hui j'ai beaucoup d'affaires Ă rĂ©gler ici. Sara m'accompagne dans ce voyage d'affaires car elle va voir sa famille. Moi, je vais rĂ©gler quelques petites choses avec un grand patron d'ici. Vous savez que le faite d'ĂȘtre chef de gang me lasse et j'aimerai bien arrĂȘter tout ça. Avec tout l'argent que je me suis fait, j'aimerai i
đ¶ J't'ai vue, tu Ă©tais belle et mignonne, pas attirĂ©e par l'million (ah, ah, ah) Et j'aime pas quand tu m'ignores, quand tu me fais la minotte (ah, ah, ah) đ¶ __________________________________________________________________ Stella: (en colĂšre) C'est pas juste. Vous parlez de moi comme si j'Ă©tais un secret, une erreur. Comme si j'avais rien Ă dire dans tout ça. Youness: (en tentant de se contenir) Stella, retourne dans ta chambre. C'est pas une discussion pour toi. Stella: (en avançant) Si, justement. Parce que ça me concerne. C'est moi qu'tu veux enfermer, moi qu'tu veux protĂ©ger au point d'm'Ă©touffer ! Et lui (en dĂ©signant du doigt) il fait juste ce qu'toi t'as jamais fait: il m'Ă©coute. Youness serre les dents, furieux, mais surpris. Il la regarde avec cette expression de grand frĂšre Ă bout de nerfs. Youness: Tu comprends pas ce que tu dis, Stella. Tu joues avec un truc dangereux. Ce monde, c'est pas des sentiments et des promesses, c'est des balles et des trahisons.
đ¶ Quand on ne sait pas ce qu'on veut, on perd souvent ce qu'on aJe crois qu'enfin je l'ai compris, c'est juste un petit peu trop tard đ¶ __________________________________________________________________ Je l'ai regardĂ©, le souffle court. Moi: (nerveuse) Yassine... c'est quoi cet endroit ? Pourquoi tu m'emmĂšnes ici ? Il m'a fait face. Et dans ses yeux, j'ai vu cette mĂȘme flamme que la veille. Mais ce soir, elle brĂ»lait plus fort. Yassine: Parce que j'en peux plus, Stella. Parce que si je garde tout ça pour moi, j'vais exploser. Il a passĂ© une main dans ses cheveux, nerveux, avant de s'approcher lentement. Yassine: J'me suis dit que si j'te fuyais, ça passerait. Que si je gardais mes distances, ça finirait par s'Ă©teindre. Mais Ă chaque fois que je te vois, que t'ouvres la bouche, que tu ris, j'me rends compte que c'est pire. J'ai senti mon cĆur se serrer. Yassine: (la voix qui tremble lĂ©gĂšrement) T'es lĂ , dans ma tĂȘte, dans mes pensĂ©es, mĂȘme quand j'essaie d'pen
đ¶ Tout ce que tu veux, j'te le paye Mais sache qu'on a rien sans rien đ¶ __________________________________________________________________ J'entends le silence derriĂšre sa porte, puis un lĂ©ger bruit, comme si elle bougeait encore. Je frappe doucement. Rien. Moi: (en chuchotant) Stella, c'est moi... ouvre. La porte s'entrouvre aprĂšs quelques secondes. Ses yeux sont encore Ă©veillĂ©s, fatiguĂ©s, mais surpris. Stella: (Ă voix basse) Yassine ? Qu'est-ce que tu fais lĂ ? Je baisse les yeux, un peu honteux. Mais je devais lui parler. Moi: J'peux entrer une minute ? Elle hoche la tĂȘte, intriguĂ©e, et s'Ă©carte doucement pour me laisser passer. Je referme la porte derriĂšre moi, sans bruit. Et lĂ , seul avec elle, je sens mon cĆur se resserrer encore une fois. Moi: (doucement) Faut qu'on parle, Stella. Parce que si on continue comme ça... on va tout faire exploser. Dans la peau de Stella Quand j'ai ouvert la porte, j'pensais que c'Ă©tait Kayla ou peut-ĂȘtre mĂȘme Youn







