LOGINAlexei. Son frère. Son sauveur. Son ami depuis vingt ans.Alexei travaille pour Chernov.Alexei va le tuer.Et moi avec.Je regarde Kaï. Son visage apaisé. Ses traits détendus. Il rêve de quoi ? De nous ? De notre avenir ? Il ne sait pas que son passé est là, dans la chambre d'à côté, en train de préparer sa mort.Qu'est-ce que je fais ?Je le réveille ? Je lui dis ? Je prends une arme et je vais tuer Alexei moi-même ?Je regarde mes mains. Elles tremblent. Je n'ai jamais tué personne. Je sais recoudre, je sais insulter, je sais aimer. Mais tuer ?Pour lui, je le ferais.Pour lui, je ferais n'importe quoi.Je m'assois sur le bord du lit. Je pose ma main sur son épaule. Il bouge, grogne, ouvre un œil.— Maya ? Qu'est-ce qui se passe ?— Rien, je mens. Rendors-toi.— Il est
Je ris. Je les regarde. Ces deux hommes qui ont traversé l'enfer ensemble. Cette amitié qui a survécu à tout.Puis Alexei me regarde. Plus longuement. Plus intensément.— Kaï m'a parlé de toi, dit-il. Pendant qu'on se cachait, pendant qu'on attendait le bon moment pour fuir. Il n'arrêtait pas de parler de toi. Maya par-ci, Maya par-là. J'ai cru qu'il devenait fou.— Il est déjà fou, je dis.— Peut-être. Mais fou de toi. C'est différent.Il y a quelque chose dans sa voix. Quelque chose que je ne comprends pas tout de suite. Une nuance. Une réserve. Un sous-entendu.— Ça te pose un problème ? je demande.Il secoue la tête.— Non. Bien au contraire. Je suis content qu'il ait trouvé quelqu'un. Je n'ai jamais vu Kaï amoureux. Je ne pensais pas que c'était possible.
La ligne coupe. Je reste là, le téléphone collé à l'oreille, à pleurer comme une madeleine. Le barman me regarde, gêné. Les autres clients détournent les yeux.Je m'en fous.Il est vivant. Il revient. Tout va bien.Je monte dans ma chambre en courant. Je frappe à toutes les portes. Leo, Anastasie, Dmitri. Je leur dis. Ils sourient. Anastasie me serre dans ses bras. Leo me tapote l'épaule. Dmitri dit :— Je savais bien que ce fils de pute était increvable.On descend tous au bar pour fêter ça. On commande de la vodka, des bières, tout ce qu'il y a. On boit. On rit. On attend.Il revient.Il revient.MayaIl arrive en fin d'après-midi.Je suis dehors, sur le pas de l'hôtel, à regarder la route. Je l'attends depuis deux heures. Je n'ai pas bougé. Je n'ai pas pu.La voiture apparaît au loin. Un point noir qui grossit. Qui devient une forme. Qui devient le véhicule que Kaï a pris.Je cours.Je cours vers la voiture comme une folle. Elle s'arrête. La portière s'ouvre. Il descend.Il est là.
MayaMinuit passe.Une heure.Deux heures.Je ne dors pas. Je suis allongée sur le lit, les yeux ouverts, à regarder le plafond. Le même plafond fissuré que le premier soir. Les mêmes fissures. La même tache d'humidité. Rien n'a changé. Sauf que je suis de plus en plus vide.Mon téléphone est dans ma main. Je le serre si fort que mes doigts me font mal. Je le regarde. Je le couve. Je le supplie.Sonne, putain. Sonne.Il ne sonne pas.À trois heures du matin, je n'en peux plus. Je me lève. Je m'habille. Je sors de la chambre sans faire de bruit. Je descends l'escalier sur la pointe des pieds. Je passe devant la réception vide. Je sors dans la rue.La nuit est froide. Le ciel est dégagé, plein d'étoiles. Je lève la tête. Je les regarde. Quelque part là-dessous, Kaï est vivant ou mort. Quelque part, il se bat ou il a déjà perdu.Je marche. Sans but. Juste pour marcher. Pour sentir le froid sur ma peau. Pour me rappeler que je suis vivante.La rue est déserte. Les magasins sont fermés. Un
MayaLe deuxième jour.Rien.J'ai passé la nuit à regarder le plafond. À compter les fissures. À imaginer des scénarios. Des scénarios où il est vivant, où il est blessé, où il est mort. Les scénarios de mort sont les plus nombreux. Mon esprit est un cinéma d'horreur.Je descends au bar. Je commande un café que je ne bois pas. Leo est là, silencieux. Anastasie aussi. Dmitri joue aux cartes tout seul.Vers midi, le téléphone sonne.— Maya.— Je suis là. Ça se complique. Je t'appellerai demain.— Kaï...La ligne coupe.Je reste là, le téléphone dans la main, à écouter le silence.Demain. Il a dit demain.Alors j'attends.---MayaLe troisième jour.Rien.J'ai attendu toute
Anastasie frappe à la porte.— Je descends au bar, dit-elle. Tu viens ?— Tout à l'heure.Elle hoche la tête. Elle me comprend. Elle sait que j'ai besoin d'être seule. Elle sait que je dois faire le deuil de quelque chose, même si ce n'est que temporaire, même s'il va revenir. Elle sait.La porte se referme. Je reste seule avec mon téléphone et le vide.Je m'allonge sur le lit. Le plafond est blanc, fissuré. Une tache d'humidité dans un coin. Je compte les fissures. Je compte les secondes. Je compte les battements de mon cœur.Une heure passe. Deux heures.Le téléphone sonne.Je bondis. Je l'attrape. L'écran affiche un numéro inconnu.— Allô ?— Maya.Sa voix. Sa voix dans l'oreille. Sa voix qui dit mon nom. Je ferme les yeux. Je le vois. Je le vois comme s'il était l&agra







