LOGINMaya
La voiture roule.
Dehors, le paysage défile. Des sapins, des bouleaux, des pins. La forêt russe, infinie, majestueuse, indifférente. Parfois une clairière, parfois un village aux maisons de bois, parfois un champ à perte de vue. Le ciel est gris, pâle, avec des éclaircies par moments.
Je regarde par la fenêtre, mais je ne vois rien. Je suis ailleurs. Je suis encore dans cette chambre, dans ce lit, dan
Kaï On marche depuis des heures. La forêt est dense, sombre, hostile. Chaque pas est un effort. Chaque racine qui affleure est un piège. Chaque branche basse qui nous fouette le visage est une agression. On avance en silence, l'arme à la main, les sens en alerte, constamment aux aguets. Mes yeux balayent sans arrêt les alentours, cherchant un mouvement suspect, une forme anormale, un reflet métallique. Mes oreilles guettent le moindre bruit qui ne serait pas naturel — un cliquetis d'arme, un froissement de tissu, un pas sur les feuilles mortes. Maya est derrière moi. Elle suit mon rythme sans se plaindre, même si je sais qu'elle est épuisée. Je l'entends parfois trébucher, jurer à voix basse, se rattraper à un tronc d'arbre. Je l'entends respirer fort, de plus en plus fort, à mesure que les heures passent. Elle n'a presque pas mangé depuis des jours. Elle n'a presque pas dormi. Son corps est en défi
Je le regarde, incrédule. Il est sérieux. Il pense vraiment ce qu'il dit. Il a déjà tout planifié dans sa tête. — T'es fou, dis-je. Complètement fou. — Peut-être. Mais c'est la seule façon. C'est la seule façon de la sauver. — Non. — Maya... — Non. Si tu y vas, je viens avec toi. — C'est trop dangereux. Regarde ce qu'il lui a fait. Il te fera la même chose. Pire. — Je m'en fous. — Maya, écoute-moi... — Non, c'est toi qui vas m'écouter. Je me lève. Mes jambes tremblent, mais ma voix est ferme. Je m'approche de lui. Je plante mes yeux dans les siens. Je veux qu'il voie, qu'il comprenne, qu'il sache que je ne céderai pas. — Si tu y vas sans moi, je te jure que je te retrouverai morte. Tu m'entends ? Morte. Parce que je ne survivrai pas à ton absen
Elle est attachée à une chaise en métal, dans une pièce sombre aux murs de béton brut. Un entrepôt, peut-être, ou une cave. Ses vêtements sont déchirés, lacérés, tachés de sang frais et de sang séché. Son chemisier blanc , je me souviens de ce chemisier, elle le portait le jour de notre séparation , n'est plus qu'une loque rougeâtre. Son visage est tuméfié, méconnaissable. Un œil est complètement fermé, gonflé, violacé. L'autre est rouge, injecté de sang, gonflé de larmes qui coulent sans arrêt. Sa lèvre inférieure est fendue, du sang a coulé sur son menton et a séché là. Elle pleure. Elle tremble de tout son corps. Elle regarde la caméra avec une terreur absolue, primitive, animale. Une terreur qui va au-delà des mots, au-delà de la raison. — S'il vous plaît... dit-elle d'une voix brisée, à peine reconnaissable. S'il vous plaît, aidez-moi... Une main gantée de noir apparaît dans le cadre. Elle saisit les che
Maya Troisième jour dans la cabane. Le temps s'étire, étrange, élastique. Par moments, il semble suspendu, comme si l'univers retenait son souffle, attendant quelque chose. À d'autres, il file à toute vitesse, et je panique à l'idée que chaque minute qui passe nous rapproche de la fin, que chaque seconde gaspillée est une seconde de moins à vivre. Kaï est sorti chercher de l'eau et du bois. Il est parti depuis une heure, peut-être plus. Je suis seule dans la cabane, assise devant le poêle, à regarder les flammes. Je devrais me reposer, profiter de ce moment de calme pour dormir, pour reconstituer mes forces. Mais je n'y arrive pas. Trop de pensées. Trop de peurs. Trop de tout. Je pense à Leo. À son visage pâle, à sa respiration sifflante, à ses points de suture que j'ai faits moi-même, de mes propres mains tremblantes. Où est-il maintenant ? A-t-il survécu à ses blessures ? Est-
Je fais une pause. Les images sont encore très nettes. La poussière qui flottait dans l'air, les cris, le sang sur les murs. Et ce gamin, ce petit garçon de six ou sept ans, coincé sous les gravats, terrifié. — Tu l'as sorti ? — Oui. J'ai soulevé la poutre à mains nues. Je me suis déchiré des muscles dans le dos, je l'ai su après. Mais sur le moment, j'ai rien senti. J'ai juste vu ce gamin, et j'ai su que je devais le sortir de là. Je l'ai porté dans mes bras jusqu'aux ambulances. Il s'accrochait à moi comme si j'étais son père. Il pleurait, il tremblait, mais il était vivant. — Et après ? — Quand je l'ai déposé dans les bras d'un ambulancier, il m'a regardé. Avec des yeux... des yeux pleins de gratitude. De confiance. Comme si j'étais un héros. Comme si j'avais fait quelque chose d'extraordinaire. Maya lève la tête vers moi. Ses yeux brillent, pleins d'une émotion qu
Elle se redresse sur un coude. Elle regarde autour d'elle, redécouvrant la cabane, la misère, la réalité. Je vois le moment exact où tout lui revient. La traque, la fuite, Chernov, la vidéo d'Anastasie. Son visage se ferme légèrement, perd un peu de sa paix matinale. — J'avais oublié, dit-elle doucement. Pendant quelques secondes, en me réveillant, j'avais oublié où on était. J'étais ailleurs. Quelque part de chaud. De sûr. — C'est bien. Ça veut dire que t'as vraiment dormi. Que ton corps a pu se reposer vraiment. — Grâce à toi. Elle se penche vers moi. Elle m'embrasse. Un baiser doux, lent, plein de gratitude et de tendresse. Ses lèvres sont encore un peu sèches, craquelées par le froid et la déshydratation, mais elles sont douces contre les miennes. Je ferme les yeux une seconde, je me perds dans ce contact, dans cette preuve qu'elle est là, vivante, avec moi. — J'a
MayaMes pas résonnent dans le couloir trop silencieux. Chaque écho semble me précéder, annoncer mon arrivée à celui qui m’attend, à ceux qui guettent. Le poids du pistolet à ma ceinture est une réalité froide, un contrepoids absurde à la tempête chaude qui continue de faire rage en moi. Je l’ai vé
Maya« Prépare-toi. Nous partons dans une heure. »Les mots reviennent, froids, pratiques, après l’incendie de la confrontation. Le monde continue. Les missions existent. Le terminal l’attend. Et moi, je fais partie de ce « nous ». Je dois le suivre. Le regarder agir, commander, être Kaï. Avec entr
MayaLa porte s'est refermée sur son passage.Le son est net, définitif.Un point final.Et moi, je reste là, pétrifiée dans le fauteuil, le corps traversé de courants contraires, l’esprit en déroute.Merde.Le juron explose en silence dans ma tête, sourd et viscéral.Qu’est-ce que tu viens de fair
MayaIl lève lentement la main.Mon souffle se suspend, coince dans ma poitrine. Le monde se réduit à ce geste imminent.Ses doigts s’approchent, frôlent ma joue. Ce n’est pas une caresse. Ce n’est pas encore cela. C’est un contact léger, exploratoire, presque cruel dans sa retenue calculée. Sa pea







