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Chapitre 5 : Code Valkyrie

Author: Déesse
last update publish date: 2025-12-09 17:42:26

MAYA

Tu viens de signer ton arrêt de mort.

Ses mots sont des clous enfoncés dans ma réalité. Je regarde l’étranger sur mon matelas, sa pâleur de cire sous la lumière crue. Fuir. C’est ce que je devrais faire.

Mais je vois le tremblement à peine perceptible de ses doigts sur la couverture. Une trahison de son corps. Cette faille minuscule me retient. Je l’ai sorti de la poubelle. Je l’ai cousu. Il est à moi, d’une façon maladroite et sanglante.

— Mon arrêt de mort, je répète en forçant un calme que je ne ressens pas. Un peu théâtral, non ? Ils ont vu un van, c’est tout.

Il tourne la tête, une opération lente et douloureuse. Ses yeux gris, même épuisés, ont une intensité qui perce l’ombre.

— Ils sont méthodiques. Ton van est reconnaissable. Le club, la ruelle. Le lien est direct. Ils te trouveront. Dans un jour ou deux.

La logique implacable de sa voix est plus glaçante qu’un cri. Il a raison.

— Pourquoi toi ? Qui sont-ils ?

Il ferme les yeux, un long moment. Un soupir rauque.

— C’est… compliqué.

— Les puzzles compliqués, c’est mon rayon. Mais ils ne saignent pas généralement sur mon lit. Explique.

Un son étrange, entre le rire et le râle, sort de sa gorge.

— Je m’appelle Kai. Et j’ai dérangé des gens. Des gens puissants.

— Un voleur ?

— Un concurrent, dit-il, et il y a une lueur d’orgueil blessé dans son regard. Ils voulaient quelque chose. J’étais sur leur chemin.

Concurrent. Le mot sonne plus dangereux que voleur. Ça sent la guerre de territoire, le pouvoir, le crime organisé. Tout ce que j’ai évité en vivant dans les marges.

— Et tes associés ? Ils vont t’aider ?

Il secoue la tête, une infime négation.

— Dans ce genre de conflit… on est seul. Les alliances sont fragiles.

Seul. Nous le sommes tous les deux, dans cette boîte de conserve qui sent le sang et la peur.

— Parfait. Donc on a : des tueurs professionnels à nos trousses, et toi, la cible, en train de mourir dans mon van. Le plan de génie, c’est quoi ?

Il tente de se soulever, grimace, et s’affaisse. La frustration se lit sur son visage.

— Il faut bouger. Immédiatement. Ils chercheront un véhicule à l’arrêt.

— Chez moi alors ? Ils auront mon adresse en trente secondes.

Mes cachettes habituelles défilent dans mon esprit. Trop risquées, trop prévisibles. Il ne tiendra pas un long trajet. Une idée, folle et désespérée, s’impose.

— Chez moi, je dis finalement. Juste pour la nuit. Le temps que tu reprennes des forces.

— Chez toi ? C’est la première chose qu’ils vérifieront !

— Pas si on les trompe. Ton téléphone. Donne.

Il me le tend, méfiant. Un modèle simple, sobre. J’en extrais la carte SIM. De mon propre téléphone, je sors la puce de mon forfait prépayé, celle que j’utilise pour mes escapades douteuses. Je la lui tends.

— Mets celle-ci. Si ton téléphone est pisté, la localisation va sauter. Ils croiront que tu as changé de puce et que tu es en fuite ailleurs. Une diversion.

Il hésite, puis prend la petite carte. Ses doigts, malgré leur faiblesse, sont précis. Il l’insère, redémarre l’appareil.

— Maintenant, on part.

Je l’aide à se changer. Mes mains sont rapides, impersonnelles, sur sa peau brûlante. Enlever le t-shirt trempé, enfiler un sweat propre. Lui faire passer un jean. Chaque contact est une violation nécessaire. Il ne dit rien, son regard posé sur moi, lourd et inexpressif. Je fourre ses vêtements souillés dans un sac que je jette dans la première benne venue.

Nous quittons le van. Il s’appuie sur moi, son poids écrasant. Chaque pas est une épreuve. La montée des quatre étages sans ascenseur jusqu’à mon studio est un calvaire pour lui. Il serre les dents, le visage ruisselant d’une sueur glacée, mais n’émet pas un son. Sa volonté est effrayante.

Mon studio est une boîte à chaussures. Un lit, une kitchenette, des étagères pleines de livres d’énigmes et de trophées kitsch d’escape games. La fenêtre donne sur un mur mitoyen. Il s’effondre sur le lit, les yeux fermés, vaincu.

Je pousse la commode devant la porte, une barricade pathétique. Je m’installe par terre sur des couvertures.

La nuit est interminable. Je surveille son souffle, je lui donne de l’eau, je change ses bandages. La fièvre le prend. Il délire, des mots dans une langue slave, des noms, des avertissements. Une fois, sa main se referme sur mon avant-bras comme un étau.

— Ne leur fais pas confiance.

— À qui ? je chuchote.

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