تسجيل الدخولChiara
Le silence est la pire torture. Pas la faim, pas la soif, pas la douleur. Le silence. Ce vide absolu qui remplit la cellule, qui se colle aux murs, qui s'insinue dans les poumons, qui étouffe. Il y a des jours que je compte les heures, ou peut-être des semaines, je ne sais plus. La lumière ne change jamais, cette ampoule nue qui pend du plafond et qui grésille comme un insecte mourant.
Alors je parle.
Au début, c'&eac
Ce n'est pas une question. C'est un ordre. — Oui. Je sors. La porte se referme derrière moi. Le garde m'attend dans le couloir, son visage impassible, ses yeux vides. Il me raccompagne à ma chambre, ouvre la porte, me laisse entrer. Le verrou tourne derrière moi. Enfermée. Toujours enfermée. Je m'allonge sur le lit, les yeux fixés sur le plafond, sur les anges et les démons qui se battent pour l'éternité. Mon corps est immobile, mais à l'intérieur, la bête sauvage gronde plus fort que jamais. J'ai payé le prix. J'ai donné ce qu'Humberto attendait de moi. J'ai utilisé mon corps comme un outil, comme une monnaie d'échange, comme une arme. Et maintenant, je peux commencer à reconstruire. Dans le noir de la chambre, dans le silence de la nuit, je souris. Un sourire froid, tranchant, mortel. Le sourire de celle qui a tout perdu et qui n'a plus rien à craindre
Mais pour l'instant, je mange. La nuit tombe. Les rideaux de velours s'assombrissent, la chambre plonge dans la pénombre. La servante est partie depuis longtemps, emportant le plateau vide. J'ai tout mangé. Le pain, le fromage, les fruits. J'ai bu l'eau jusqu'à la dernière goutte. Mon corps est lourd, repu, reconnaissant. Mais mon esprit est ailleurs, flottant au-dessus de cette enveloppe de chair, observant avec détachement ce qui va se passer. La porte s'ouvre. Un garde entre, son visage impassible, ses yeux vides. — Humberto vous attend. Je me lève. Mes jambes tremblent, mais elles me portent. Je traverse la chambre, je passe la porte, je suis le garde dans les couloirs interminables du palais. Mes pieds nus sur les tapis persans, mes poignets bandés serrés contre ma poitrine, mes yeux fixés droit devant moi. Les couloirs défilent, les tableaux de maîtres, les tapisseries précieus
Je comprends. Le message est clair, limpide, sans ambiguïté. Je ne suis pas une invitée, pas une rescapée qu'on protège par bonté d'âme. Je suis un investissement. Une dette que je dois rembourser. Un outil qu'on a acheté et qui doit maintenant prouver son utilité. Je ferme les yeux. Mes paupières sont lourdes, mes cils collés par les larmes que je n'ai pas versées. Dans le noir, je vois Diego. Pas le monstre de la cave, pas le geôlier, pas l'ennemi. L'homme d'avant. Celui qui me touchait comme si j'étais sacrée. Celui qui m'embrassait comme si j'étais la seule femme au monde. Celui qui me regardait avec des yeux pleins d'un amour fou et dévastateur. Il est mort. Cet homme est mort, s'il a jamais existé. Il ne reste que le monstre. Et le monstre m'a jetée dans une cave, m'a enchaînée comme un animal, m'a nourrie de pain moisi et de haine. Humberto n'est pas différent. Peut-être moins fou, moins passionné, moins dangereux. Mais il n'est pas différent. Pour lui aussi, je suis une ch
Je ne réponds pas. Je ne bouge pas. Mes yeux restent fixés sur les fresques du plafond, sur les anges et les démons qui se battent pour l'éternité. La servante soupire, secoue la tête, repart. Le plateau reste là, intact. L'odeur du pain frais flotte dans la chambre, douce, réconfortante, étrangère. Je n'ai pas faim. Je n'ai pas soif. Je n'ai pas sommeil. Je n'ai rien. La coquille vide n'a besoin de rien. Les jours passent. La servante revient, encore et encore, avec des plateaux de nourriture qui s'accumulent sur la table de nuit, intacts, témoins silencieux de mon refus de vivre. Elle essaie de me parler, de me faire manger, de me faire boire. Elle me raconte des histoires, des légendes de son village, des souvenirs de sa jeunesse. Sa voix est douce, apaisante, comme une berceuse pour un enfant malade. Je l'écoute sans l'entendre. Ses mots glissent sur moi comme l'eau sur une pierre, sans laisser de trace, sans pénétrer. Parfois, elle me prend la main. Ses doigts sont chauds,
Je suis vide.Diego a tout pris. Dans cette cave, dans le noir, dans la douleur, il a tout pris. Il a pris ma fierté quand il m'a enchaînée comme un animal. Il a pris ma dignité quand il m'a jeté du pain moisi. Il a pris mon humanité quand il m'a regardée me tordre de douleur sans rien ressentir d'autre que de la satisfaction.Il a tout pris, et il ne m'a rien laissé.Rien qu'une coquille vide qui marche, qui respire, qui existe. Une enveloppe de chair et d'os qui porte mon nom mais qui n'est plus moi.— Elle est dans un état catastrophique.La voix de Marco, étouffée, comme si elle venait de l'autre bout d'un long tunnel.— Il faut appeler un médecin.— Non.La voix qui répond est grave, profonde, chargée d'autorité. Une voix d'homme âgé, de chef, de patriarche.— Pas de médecin. Pas de dossier médical. Rien qui puisse laisser une trace. Vous la nettoyez, vous la nourrissez, vous la mettez au lit. Et vous attendez.— Attendre quoi ?— Qu'elle revienne. Ou qu'elle meure. Dans les deux
Valentina.Le nom flotte dans ma mémoire comme un fantôme. Valentina. La femme de Diego. Celle qu'il aime. Celle qu'il enferme. Celle qu'il détruit comme il m'a détruite.Elle est partie. Je le sais. Je l'ai entendu dans les murmures des gardes, dans les cris de Diego, dans le silence soudain qui a suivi son départ. Elle est partie, et il est allé la chercher. À la gare.Il n'est pas là. Il est à la gare, en train de supplier une femme qui ne l'aime plus de revenir. Il est à genoux, en train de pleurer, en train de perdre.Et pendant ce temps, moi, je sors de ma cage.L'ironie est si parfaite qu'elle en est douloureuse.Je monte les dernières marches. La lumière du jour m'explose au visage, si vive que je dois fermer les yeux. Je sens la chaleur du soleil sur ma peau, le vent sur mon visage, l'odeur de l'herbe et des fleurs. Je respire. Pour la première fois depuis une éternité, je respire de l'air pur.Quand je rouvre les yeux, je vois la demeure. La prison dorée de Diego. Ses murs d
DiegoL'aube teinte les vitres d'un gris laiteux. Dans le lit, Valentina dort enfin. D'un sommeil agité, profond, épuisé. Son dos est tourné vers moi, une courbe pâle et fragile sous les draps de soie noire. Je vois la ligne de sa colonne vertébrale, les omoplates saillantes comme des ailes brisées
ValentinaLa bataille intérieure est un ouragan. La honte. La peur. Une colère sourde qui ne trouve pas d'issue. Et cette terrible, terrible résignation. C'est plus fort que moi. Mes muscles, sous la pression de ses mains et la force de sa volonté, cèdent. Mes jambes s'écartent.Il retire ma culott
ChiaraLe papier velin est lisse et lourd sous mes doigts, presque vivant. Je le caresse du bout de l’index, là où l’encre noire, élégante et ferme, a tracé les mots les plus importants de ma vie : « Diego Lorenzo Maria Valente et Chiara Isabella Agnello s’uniront par les liens du mariage… »Je rel
ValentinaLa conscience revient par vagues lourdes et douloureuses.D’abord, une sensation diffuse : une chaleur qui me confine, un poids autour de ma taille. Puis, les sensations spécifiques. Une brûlure sourde, profonde, qui enveloppe le bas de mon corps. Une raideur dans les muscles des bras, de







