MasukChiara
La première chose que je vois, c'est la lumière.
Elle est aveuglante, déchirante, insupportable. Elle perce mes pupilles comme des aiguilles, elle brûle mes rétines, elle explose dans mon crâne comme une bombe. Je ferme les yeux, je les rouvre, je les referme. La lumière est toujours là, impitoyable, cruelle, magnifique.
La lumière du jour. La vraie lumière. Pas celle des néons
ChiaraLa première chose que je vois, c'est la lumière.Elle est aveuglante, déchirante, insupportable. Elle perce mes pupilles comme des aiguilles, elle brûle mes rétines, elle explose dans mon crâne comme une bombe. Je ferme les yeux, je les rouvre, je les referme. La lumière est toujours là, impitoyable, cruelle, magnifique.La lumière du jour. La vraie lumière. Pas celle des néons blafards qui grésillaient au plafond de ma cellule. Pas celle des ampoules nues qui oscillaient au bout de leur fil. La lumière du soleil. La lumière du monde extérieur. La lumière de la liberté.Combien de temps suis-je restée dans le noir ? Des semaines ? Des mois ? Une éternité ? Je ne sais plus. Le temps n'existe pas dans une cave sans fenêtres. Le temps se mesure en battements de cœur, en respirations, en cri
DiegoLe train disparaît au loin. Le bruit des roues sur les rails s'estompe, remplacé par le silence de la gare, par les annonces lointaines, par les pas des voyageurs qui continuent leur vie comme si rien ne s'était passé.Comme si ma vie ne venait pas de s'arrêter.Je reste immobile sur le quai. Mes pieds sont comme soudés au béton, mes bras pendent le long de mon corps, mes yeux sont fixés sur le point où le train a disparu. Je ne peux pas bouger. Je ne peux pas penser. Je ne peux rien faire d'autre que rester là, vide, creux, mort à l'intérieur.Elle est partie.Elle est vraiment partie.Je l'ai rattrapée, je l'ai tenue, je l'ai suppliée. Je lui ai promis la lune, un autre homme, une vie différente. Je me suis mis à genoux devant elle, devant tous ces inconnus, devant le monde entier. J'ai pleuré, j'ai cri&e
Mais essayer n'est pas réussir.Et moi, je n'ai plus la force d'attendre qu'il réussisse. Je n'ai plus la force de survivre à ses échecs, à ses rechutes, à ses retours en arrière. Chaque fois qu'il lève la main sur moi, chaque fois qu'il me regarde avec ces yeux fous, chaque fois qu'il m'enferme un peu plus dans sa prison dorée, je meurs un peu plus.Je ne veux pas mourir.Je veux vivre.Je veux peindre. Je veux créer. Je veux être moi, Valentina Reyes, et pas l'ombre de Diego Mendoza, pas sa chose, pas sa prisonnière.Le train ralentit. Une voix dans les haut-parleurs annonce une gare, un nom que je ne connais pas, une ville dont j'ignore tout. Des gens descendent, d'autres montent. La vie continue autour de moi, bruyante, colorée, indifférente.Je regarde par la fenêtre. Le paysage a changé. Les immeubles de Mexico on
Je ferme les yeux. Dans le noir, je la vois. Elle est là, devant moi, ses yeux rouges, ses joues mouillées, sa main qui serre la sangle de son sac.— Je ne peux pas, Diego. Je ne peux plus.— Pourquoi ?— Parce que je ne survivrai pas à toi. Parce que tu es en train de me tuer à petit feu, et que je veux vivre. Je veux vivre, Diego. Je veux être libre.— Tu seras libre. Je te le promets. Je te donnerai tout ce que tu veux. Je te laisserai partir où tu veux, faire ce que tu veux, être qui tu veux. Mais reste avec moi. S'il te plaît. Reste avec moi.Elle secoue la tête. Ce mouvement lent, triste, définitif que j'ai vu des centaines de fois en quelques minutes et qui me brise chaque fois un peu plus.— Tu ne changeras jamais, Diego. Tu es comme tu es. Et moi, je ne peux pas vivre avec ce que tu es.— Je changerai. Je te le
Elle tourne la tête.Ses yeux rencontrent les miens à travers la vitre.Et je vois tout. Je vois l'amour, la douleur, la culpabilité, le regret. Je vois tout ce qu'elle ne dit pas, tout ce qu'elle ne peut pas dire, tout ce qu'elle emporte avec elle.Ses lèvres bougent. Elle dit quelque chose, mais je n'entends pas. Le bruit de la gare, les annonces, le moteur du train qui ronronne, tout couvre ses mots.Mais je sais ce qu'elle dit.Je t'aime.Le train démarre.Les wagons s'ébranlent, les roues crissent sur les rails, la machine souffle. Le mouvement est lent d'abord, presque imperceptible, puis il s'accélère, de plus en plus vite, de plus en plus loin.Elle ne se retourne pas.Elle reste là, assise près de la fenêtre, ses yeux dans les miens, jusqu'à ce que le train prenne de la vitesse, jusqu'à ce que son visage devienne flou, jusqu
Les mots tombent entre nous comme des couperets. Lourds. Définitifs. Irrévocables.Je la regarde. Je regarde ses yeux rouges, ses joues mouillées, ses lèvres qui tremblent. Je regarde cette femme que j'aime plus que tout au monde, cette femme que j'ai détruite sans même m'en rendre compte, cette femme qui est en train de partir et que je ne peux pas retenir.— Je ferai tout ce que tu veux, murmuré-je.Ma voix n'est plus qu'un filet, un souffle, une prière.— Tout. Je te le jure. Je changerai. Je deviendrai un autre homme. Je laisserai Chiara partir. Je vendrai la maison. Je quitterai Mexico. Je ferai tout ce que tu veux. Mais ne pars pas. Ne me laisse pas. Je t'en supplie, Valentina. Ne me laisse pas.Elle ferme les yeux. Ses larmes coulent librement maintenant, sans qu'elle cherche à les retenir. Elles tracent des sillons brillants sur ses joues, tombent sur sa
DiegoLe trajet est une tombe roulante. Elle se tient raide contre la portière, à l’autre bout de la banquette en cuir, comme si l’espace entre nous était un fossé électrifié. Le tablier, froissé et taché, gît entre nous, insigne de sa trahison. Elle regarde la ville sans la voir, la mâchoire serré
DiegoLa réunion s’éternise. Autour de la table en acajou, les visages sont graves, les chiffres défilent sur les écrans, une litanie de profits et de pertes. Mon interlocuteur, un banquier suisse au crâne luisant, parle de taux d’intérêt, de fonds spéculatifs. Sa voix est un bourdonnement. Mon tél
ValentinaLa tasse froide de thé est encore entre mes mains. Je suis restée figée ici, derrière cette lourde porte de chêne, l’oreille collée au bois, retenant mon souffle jusqu’à ce que ma poitrine me brûle.Les pas de l’homme au manteau sombre se sont évanouis. Ceux de Diego, lourds et lents, ont
DiegoL’aube est encore pâle, accrochée aux vitres de mon bureau, quand Marco entre sans frapper. Son pas est trop rapide, son front barré d’une ride inhabituelle.— Patron. Il y a quelqu’un. Il insiste.— L’heure est mal choisie. Qu’il attende.— C’est… c’est Silvio Agnello.Le nom tombe dans la p







