LOGINJe retourne à mon bureau, prends l'enveloppe, la glisse dans un tiroir.— Alors, dit mon second, on fait ça ?— On fait ça.Je souris. Dans ma tête, je vois déjà la chute de Diego. Ses hommes qui fuient, ses territoires qui tombent, ses filières qui s'effondrent. Et lui, Diego, le grand Diego Sandoval, à genoux devant moi, les mains vides, les yeux fous.— La guerre commence ce soir, dis-je. Et elle ne s'arrêtera que quand Diego n'aura plus rien. Plus de territoire. Plus d'hommes. Plus de femme.Je prends mon verre, bois une gorgée de mezcal. Le feu coule dans ma gorge, dans ma poitrine, dans mes veines.— À la victoire, Humberto, murmuré-je.— À la victoire, patron.Dehors, Tijuana s'éveille. Les lumières s'allument, les rues s'animent, la nuit commence. Et dans cette nuit, des homm
ChiaraLes jours suivants, je prépare Antonio. Pas trop vite. Pas trop fort. Une faveur par jour, une confidence par visite, une promesse qui le lie un peu plus. Je lui donne des morceaux de moi, des miettes, des illusions. Il les prend, les garde, les chérit.Le cinquième jour, il me parle de sa mère. Elle est à Veracruz, elle attend une opération, elle n'a pas d'argent, elle n'a personne. Il envoie tout ce qu'il gagne, mais ce n'est jamais assez.— Si j'avais de l'argent, dit-il. Si j'avais seulement...— Tu en auras, Antonio. Quand je serai libre, tu en auras. Je te donnerai tout ce que tu veux. Tout ce dont tu as besoin.— Je ne veux pas ton argent, Chiara. Je veux...— Je sais ce que tu veux. Et tu l'auras. Mais il faut d'abord que je sorte d'ici.— Comment ? Les gardes sont partout. Diego a des hommes, des chiens, des...— Il y a u
Je pose ma main sur sa joue. Sa barbe naissante gratte ma paume, ses lèvres tremblent sous mes doigts, ses yeux s'ouvrent sur quelque chose qu'il n'a jamais vu.— S'il vous plaît, murmure-t-il. Je...— Ne dis rien. Ne pense à rien. Laisse-toi faire.Je l'embrasse. Ses lèvres sont douces, maladroites, inexpérimentées. Il ne sait pas embrasser. Il ne sait pas comment une femme veut être embrassée. Il a appris avec des filles de son âge, dans des voitures, sur des plages, à la hâte. Il n'a jamais appris avec une femme qui sait ce qu'elle veut.Je prends le contrôle. Ma langue glisse entre ses lèvres, mes doigts s'enfoncent dans ses cheveux, mon corps s'appuie contre le sien. Il gémit, ses mains cherchent ma taille, mes hanches, mes seins. Il ne sait pas où poser les mains, comment toucher, comment prendre.Je lui apprends.
Mes larmes coulent plus fort. Ma voix se brise. Mon corps tremble. Antonio se rapproche, son bras passe autour de mes épaules, sa main caresse mes cheveux sales.— Vous n'êtes pas seule, Chiara. Je suis là.— Pour combien de temps ?— Aussi longtemps que vous aurez besoin de moi.— Tu ne peux pas dire ça. Tu ne peux pas promettre ça. Les promesses, ça se brise. Comme tout le reste.— Je vous promets que je ferai tout ce que je peux pour vous protéger. Pour vous aider. Pour...— Pour m'aimer ?Le mot tombe entre nous, lourd, dangereux, interdit. Antonio recule, ses yeux s'écarquillent, sa main se retire de mon épaule.— Chiara, je...— Ne dis rien. S'il te plaît. Ne dis rien. Laisse-moi juste... laisse-moi croire que quelqu'un peut m'aimer. Juste pour cette nuit. Juste pour que je puisse dormir
Je tire sur la cigarette. La fumée remplit mes poumons, me fait tousser, me fait pleurer. Mais c'est bon. C'est la vie. C'est le goût de ce qui me reste de liberté.— Tu reviendras, Antonio ?— Oui.— Demain ?— Demain.— Et après-demain ?— Après-demain aussi.— Alors c'est bien. Alors je ne suis pas seule. Alors j'ai quelqu'un.Je pose ma main sur la sienne. Mes doigts sont chauds maintenant, mes ongles encore ensanglantés, mes cicatrices qui commencent à peine à guérir.— Tu es gentil, Antonio. Tu es bon. Tu es tout ce qu'il n'est pas.— Diego ?— Lui, il ne sait pas être gentil. Il ne sait pas être bon. Il ne sait que prendre, posséder, détruire. C'est pour ça qu'il m'a choisie. Parce que je suis comme lui. Parce que nous s
ChiaraLa lumière du matin ne filtre jamais dans cette cave. Il n'y a que l'ampoule, cette ampoule jaune qui grésille et vacille, qui éclaire sans chauffer, qui tient éveillée sans réchauffer. Mais je sais que c'est le matin parce que j'entends les gardes changer de poste, leurs pas dans le couloir, leurs voix qui s'éloignent, leurs rires qui résonnent contre les murs de béton.Antonio est de garde. Je le sais parce que ses pas sont plus légers que les autres, parce qu'il traîne un peu devant ma porte, parce que j'entends sa respiration quand il s'arrête pour écouter.— Antonio, dis-je.Le silence. Puis sa voix, hésitante, à travers la porte.— Señora ?— J'ai soif.Il hésite. Je l'entends peser le pour et le contre, mesurer les risques, évaluer les conséquences. La derni&eg
Je m'allonge à côté de lui, ma main sur sa poitrine, mes lèvres sur son cou, mon corps contre le sien.— Diego. Réveille-toi. Regarde-moi. S'il te plaît.Ses yeux s'ouvrent. Ils me regardent sans me voir, traversent mon visage, cherchent
Il lève la tête. Ses yeux me cherchent, me trouvent, ne me reconnaissent pas. Il est trop ivre pour savoir qui je suis, trop loin pour se souvenir de ce que j'ai fait, trop brisé pour me haïr.— Valentina ? C'est toi ?Il prononce son nom
Je la regarde. Vraiment. Pour la première fois depuis que la bête s'est réveillée.Ses yeux sont pleins de larmes. Pas de peur. De larmes. Des larmes pour moi. Pour ce que je deviens. Pour ce que je suis en train de faire.Ses mains sont levées vers
DiegoL'air de l'hôpital est toujours le même. Froid, aseptisé, chargé d'odeurs de désinfectant et de mort qui rôde. Mes pieds touchent le sol pour la première fois en trois semaines. Trois semaines de lit, de douleur, de cauchema







