تسجيل الدخولJe tire sur la cigarette. La fumée remplit mes poumons, me fait tousser, me fait pleurer. Mais c'est bon. C'est la vie. C'est le goût de ce qui me reste de liberté.
— Tu reviendras, Antonio ?
— Oui.
— Demain ?
— Demain.
— Et après-demain ?
— Après-demain aussi.
— Alors c'est bien. Alors je ne suis pas seule. Alors j'ai quelqu'un.
Je po
ChiaraL'aube est grise, sale, comme tout dans cette planque. La lumière filtre à travers la fenêtre minuscule, éclaire faiblement les murs moisis, le sol crasseux, le matelas où nous avons dormi.Je suis réveillée depuis longtemps. Je n'ai pas vraiment dormi, juste somnolé, bercée par le bruit de sa respiration, par la chaleur de son corps à quelques centimètres du mien. Chaque fois que je fermais les yeux, je revoyais l'église, le couteau, ses yeux noirs qui me regardaient sans peur.— Fais-le.Sa voix résonne encore dans ma tête, calme, résignée, presque douce. Il était prêt à mourir. Il attendait la mort comme une délivrance, comme une fin à sa souffrance.Et je n'ai pas pu la lui donner.Je me redresse lentement, m'assieds sur le matelas. Diego est déjà levé, debout près de la fenêtre, le dos tourné. Il regarde la rue déserte, les immeubles délabrés, le ciel gris de Mexico. Sa silhouette est immobile, tendue, comme taillée dans la pierre.— Tu ne dors pas ?Ma voix est rauque, pl
ChiaraLa nuit nous enveloppe, complice, protectrice. Les rues de Mexico sont désertes à cette heure, les maisons sont fermées, les fenêtres sont éteintes. Le monde dort, indifférent à notre fuite, à notre survie, à ce que nous sommes en train de devenir.Diego marche devant moi, sa main toujours dans la mienne. Il me guide à travers les ruelles sombres, les passages étroits, les raccourcis que lui seul connaît. Ses pas sont sûrs, silencieux, ceux d'un fantôme qui hante ces rues depuis des mois.Je le suis sans poser de questions. Je n'ai pas la force de parler, de penser, de décider. Je me laisse guider, comme une enfant, comme une aveugle, comme une femme qui a tout perdu et qui s'accroche à la seule chose qui lui reste.Lui.Nous arrivons devant un immeuble délabré, dans un quartier que je ne connais pas. La façade est couverte de graffitis, les fenêtres sont murées, la porte d'entrée est en tôle rouillée. Un repaire de fantômes, une planque de fortune, un trou à rats.Il pousse la
ChiaraLe couteau est tombé.Il est là, sur les dalles de pierre, inerte, inoffensif, presque ridicule. Une lame qui devait tuer, qui devait libérer, qui devait tout finir. Et qui n'a rien fait, rien tranché, rien résolu.Mes mains sont vides. Mes bras pendent le long de mon corps, inutiles, tremblants. Mes jambes ne me portent plus, elles flageolent, elles cèdent, elles s'effondrent.Je tombe.Pas sur le sol froid de l'église. Contre lui. Contre sa poitrine, contre sa chaleur, contre sa présence. Mes bras se jettent autour de son cou, mon visage s'enfouit dans son cou, mes larmes coulent sur sa peau.Et je pleure.Je pleure comme je n'ai jamais pleuré, pas même dans la cave, pas même sous les coups, pas même dans les bras d'Humberto. Je pleure toutes les larmes que j'ai retenues pendant des mois, des années, toute une vie. Je pleure sur lui, sur moi, sur ce que nous avons été et que nous ne serons plus jamais.Il ne dit rien. Il ne fait rien. Ses bras se referment autour de moi, lent
ChiaraIl est là, devant moi, immobile, les bras le long du corps, les mains ouvertes. Il ne se défend pas, ne recule pas, ne supplie pas. Il attend. Il me regarde avec ses yeux noirs pleins d'une douceur que je ne leur ai jamais vue, et il attend.Le couteau tremble dans ma main. La pointe est dirigée vers sa poitrine, vers son cœur, vers tout ce que j'ai aimé et haï en lui. Une petite pression, un geste infime, et tout serait fini. La lame s'enfoncerait dans sa chair, trancherait les muscles, percerait le cœur. Son sang coulerait sur mes mains, sur ma robe blanche, sur les dalles de cette église abandonnée.Et je serais libre.Libre de lui, de son emprise, de cet amour toxique qui me consume depuis des mois. Libre de retourner vers Humberto, de prouver ma loyauté, de continuer ma vie dans son palais doré. Libre de tout.Mais je ne bouge pas.Mes doigts sont crispés sur le manche du couteau, mes jointures sont blanches, mes bras sont tendus. Mais je ne peux pas faire ce geste. Je ne
DiegoL'église est vide, silencieuse, morte. Les dalles de pierre sont froides sous mes pieds, les murs couverts de lierre laissent filtrer une lumière verdâtre, maladive. Les vitraux brisés projettent sur le sol des éclats de couleur qui dansent lentement au rythme du soleil déclinant.J'attends.Mes mains sont nues, posées le long de mon corps. Je n'ai pas pris d'arme. Je n'en veux pas. Si je dois mourir aujourd'hui, je veux mourir comme un homme, pas comme une bête traquée. Je veux regarder la mort en face, et la mort a le visage de Chiara.Le silence est tel que j'entends mon propre cœur battre. Un battement lent, régulier, presque paisible. Comme s'il avait déjà accepté ce qui va arriver. Comme s'il savait que tout cela devait finir ainsi, dans cette église abandonnée, sous le regard vide des saints décapités.La lumière change, devient plus rouge, plus intense. Le soleil commence sa descente vers l'horizon, embrasant les vitraux de couleurs sanglantes. Le rose, le pourpre, l'éca
Chiara L'aube est passée, le matin s'est écoulé, le soleil monte lentement dans le ciel. Je suis debout devant le miroir de ma chambre, nue, les bras le long du corps, les yeux fixés sur mon reflet. Mon corps a changé. Les mois de cave l'ont amaigri, creusé, marqué. Les mois dans le palais d'Humberto l'ont renforcé, durci, armé. Je ne suis plus la femme que j'étais avant. Je ne suis plus celle que Diego a aimée, celle qu'il a enchaînée, celle qu'il a brisée. Je suis autre chose. Une créature nouvelle, forgée dans la douleur et la haine, mais aussi dans l'amour et le regret. Mes doigts effleurent les cicatrices sur mes poignets, celles que les chaînes ont laissées. Elles sont blanches maintenant, lisses, presque belles. Des bracelets de souffrance, des bijoux de survie. Je caresse ces cicatrices, doucement, comme on caresse un souvenir. Elles ne me font plus mal. Elles sont devenues une partie







