LOGINElle continue à me sucer, ses yeux levés vers moi, remplis de questions.
— Dans un parc, articule-t-elle autour de mon sexe.
— Non.
Je tourne une page.
— 21 heures, tu entrais dans un entrepôt. Quartier industriel. Avec Lucien.
Sa bouche s'arrête une fraction de seconde, puis reprend, plus frénétique. Elle accélère, cherche à me distraire, à me faire taire.
Je la regarde. Dans ses yeux, je vois de la détermination, de la force, de l'amour. Une force que je n'ai jamais eue, que je n'aurai jamais. Une force qui vient de quelque chose de plus grand que la rage, que la violence, que la peur.— Tu n'as pas peur ?— Si. J'ai très peur. Mais j'ai plus peur de te perdre que de l'affronter. J'ai plus peur de te voir sombrer que de me faire du mal. J'ai plus peur de ne pas me battre que de perdre.— Je t'aime, Valentina. Je t'aime tellement que ça me fait mal. Tellement que j'ai peur de ce que cet amour peut faire. Tellement que je préférerais partir plutôt que de te voir souffrir à cause de moi.— Alors reste. Reste et bats-toi. Bats-toi pour nous. Bats-toi pour toi. Bats-toi pour cet amour qui est la seule chose qui compte.Elle se penche, pose ses lèvres sur mon front. Un baiser doux, léger, comme une bénédict
Elle raccroche. Je reste là, adossé contre un mur, le téléphone serré dans ma main, le sang qui coule encore sur ma joue, la ville qui tourne autour de moi.Elle vient. Elle vient me chercher. Encore une fois. Toujours. Malgré tout. Parce qu'elle m'aime. Parce qu'elle est plus forte que ma folie. Parce qu'elle est la lumière dans mes ténèbres.Je ferme les yeux. Je l'attends. Je l'attends comme on attend un miracle, comme on attend une délivrance, comme on attend la fin de la nuit.Et quand j'ouvre les yeux, elle est là. Devant moi. Dans sa petite voiture, sa fenêtre baissée, ses yeux fixés sur moi. Elle descend, s'approche, ses bras m'entourent, sa chaleur me réchauffe, sa voix me sauve.— Je suis là. Je suis là, Diego. Viens. Je t'emmène à la maison.Je monte dans la voiture. Elle démarre, s'éloig
Ses mots sont des couteaux. Ils s'enfoncent, tournent, déchirent. Mais quelque chose en moi résiste. Quelque chose que Valentina a planté, cultivé, fait pousser. Une certitude. Une force. Une lumière.— Je ne suis pas toi. Je ne suis pas mon père. Je suis Diego. Et Diego aime Valentina. Diego a choisi Valentina. Diego partira d'ici, aujourd'hui, maintenant, et il retournera vers elle. Même s'il doit ramper. Même s'il doit supplier. Même s'il doit passer le reste de sa vie à réparer ce qu'il a brisé.— Tu ne la mérites pas.— Non. Je ne la mérite pas. Mais elle m'a choisi. Elle m'a choisi quand j'étais au plus bas. Elle m'a choisi quand j'étais le plus violent. Elle m'a choisi quand tout le monde me fuyait. Et je ne la décevrai pas. Je ne la trahirai pas. Je ne l'abandonnerai pas.Je traverse la chambre à pas lents, m
DiegoLa lumière est une lame qui me traverse le crâne. Blanche, crue, impitoyable. Elle s'insinue derrière mes paupières closes, fouille mes yeux, éclaire les ténèbres où je me suis réfugié. Je veux rester dans le noir. Je veux ne plus jamais voir la lumière. Je veux disparaître, me dissoudre, devenir l'ombre que je suis.Mais la lumière gagne. Elle gagne toujours.Mes yeux s'ouvrent sur un plafond que je connais trop bien. Blanc, lisse, sans âme. Les moulures, les appliques dorées, le lustre en cristal qui projette des arcs-en-ciel sur les murs quand le soleil le traverse. La chambre de Chiara. Notre chambre. Celle où elle m'attendait, où elle m'a aimé, où elle m'a détruit.Le goût dans ma bouche est celui de la tequila avariée, de la bile, de la mort. Mes tempes battent, mes mains tremblent,
Je traverse le hall, prends l'ascenseur, monte. Chaque étage est une étape, chaque seconde une épreuve, chaque battement de mon cœur un compte à rebours.L'ascenseur s'arrête. La porte s'ouvre. Le couloir est silencieux, éclairé par des appliques dorées, recouvert d'un tapis épais qui étouffe mes pas.La porte de l'appartement est devant moi. Massive, en bois sombre, fermée.Je lève la main. Hésite une seconde. Pense à Diego, à ses mains brûlées, à ses yeux fous, à sa voix qui dit mon nom. Pense à Chiara, à sa folie, à sa haine, à cet amour qui tue.Je frappe.Le silence. Long. Interminable.Puis des pas. Légers, féminins, assurés.La porte s'ouvre.Chiara est là, devant moi. En robe de chambre noire, les cheveux défaits, le maquil
Il se tourne, prend un paquet posé contre le mur, l'ouvre avec des gestes précautionneux. Dedans, il y a une toile. La toile. Celle que j'ai peinte de Diego. Celle où il est nu, vulnérable, humain. Celle que j'ai faite le jour où j'ai compris que je l'aimais.— Comment... comment elle est encore intacte ?— Je l'avais mise à l'abri. Dans un entrepôt, avec d'autres pièces de valeur. Je ne sais pas pourquoi, j'ai eu un pressentiment. Comme si je savais qu'un jour, tout ça arriverait.Mes doigts caressent la toile, la surface rugueuse, les couleurs qui dansent encore sous la lumière. Diego. Mon Diego. Celui que j'aime. Celui qu'on essaie de me prendre.— Ce n'est pas tout, Valentina. J'ai enquêté. J'ai des amis, des contacts, des gens qui parlent quand on les paie. L'accident de Diego, ce n'était pas un accident. C'était commandité. Par Ch