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Chapitre 7 : Règle cela

Author: W.B smart
last update publish date: 2026-08-15 20:13:03

Roman ne dormit pas.

Il resta assis dans le bureau, le message toujours ouvert sur l’écran, jusqu’à ce que le ciel commençât à s’éclaircir. *Règle cela, ou nous le ferons.* L’expéditeur n’était pas nommé, mais le ton appartenait au même cercle qui avait toujours préféré les solutions nettes aux situations compliquées. Le genre d’hommes qui mesuraient la loyauté en nombre de cadavres, non en intentions.

Il effaça le message, verrouilla le téléphone et se tint près de la fenêtre jusqu’à ce que la ville pût prendre la couleur de la cendre mouillée.

Lorsqu’il quitta enfin le bureau, Aria se trouvait déjà dans la cuisine. Elle se tenait près du comptoir dans la même chemise blanche trop grande, les cheveux encore légèrement humides de sa douche, versant de l’eau qu’elle ne buvait pas. Elle leva les yeux lorsqu’il entra. L’expression douce était à sa place, mais les contours s'étaient durcis pendant la nuit. Quelque chose en elle avait changé et refusait de revenir en arrière.

« Tu es debout de bonne heure, dit-elle. »

« Je n’ai pas dormi. »

« Moi non plus. »

Roman se versa du café dont il ne voulait pas et s’appuya contre le comptoir opposé. L’espace entre eux semblait plus étroit que la veille. Il étudia la manière dont elle tenait le verre, l’immobilité prudente de ses épaules, les légères ombres sous ses yeux que le maquillage n’avait pas totalement dissimulées.

« Il y a une réunion cet après-midi, dit-il. En famille. Tu me trouveras prêt à t'y emmener. »

Les doigts d’Aria se serrèrent une fois autour du verre. « D’accord. »

« Porte quelque chose qui te fasse ressembler à quelqu’un qui m'appartient. »

Les mots sortirent plus froids qu’il ne l’avait prévu. Elle soutint son regard sans fléchir.

« C’est déjà le cas, dit-elle. Doucement. Exactement. Sur le papier. »

Quelque chose de bas et d'involontaire tira dans sa poitrine. Il détourna le regard le premier.

La réunion eut lieu dans une salle à manger privée au-dessus d’un restaurant qui n’affichait pas son existence. Une grande table. De lourds rideaux. Le même cousin au rire fort, l’homme plus âgé dont les yeux s’attardaient trop longtemps, et deux autres en qui Roman n’avait confiance que tant qu’il pouvait les voir. Aria était assise à ses côtés, la posture parfaite, la voix basse lorsqu'on lui adressait la parole. Elle joua le rôle avec la même précision que toujours, mais Roman sentit la différence désormais. Chaque réponse douce portait une fermeté silencieuse que lui seul semblait remarquer.

Au milieu de la conversation, l’homme plus âgé tourna lentement son verre entre ses doigts et regarda Aria.

« Ta femme est plus silencieuse que la plupart, dit-il. C’est une qualité rare ces temps-ci. »

La main de Roman reposait sur le dossier de sa chaise, les doigts assez proches pour sentir la chaleur de son épaule à travers le tissu.

« Elle apprend à connaître la maison, répondit-il. »

L’homme sourit sans chaleur. « Espérons qu’elle l’apprenne bien. »

Aria ne regarda ni l’un ni l’autre. Elle tendit simplement la main vers son verre d'eau et en prit une petite gorgée, le mouvement étant suffisamment calme pour passer pour de l’indifférence. Roman sentit la légère tension qui la traversa lorsque l’attention de l’homme s’attarda trop longtemps. Il déplaça sa main jusqu’à ce que ses articulations frôlassent la peau nue à la naissance de son cou. Un avertissement. Une revendication. Autre chose qu’il refusait de nommer.

Elle ne se recula pas.

Ils partirent plus tôt que prévu. Dans la voiture, le silence s’installa entre eux comme un troisième passager. La pluie avait recommencé à tomber, traçant de fines marbrures sur le pare-brise. Roman conduisit sans parler. Aria observa le rétroviseur extérieur, puis la forme sombre de ses mains sur le volant.

« Ils ne me font pas confiance, dit-elle finalement. »

« Ils ne font confiance à personne. »

« Y compris à toi ? »

La mâchoire de Roman se crispa une fois. « Surtout à moi. »

Le feu devant passa au rouge. Il s’arrêta et la regarda. Dans l’obscurité de l’habitacle, son visage n’était que lignes prudentes et pensées retenues. La même attraction qui était apparue sur le balcon et dans la cuisine le traversa à nouveau, plus vive désormais, mêlée à la certitude que la famille avait déjà décidé qu’elle représentait un problème.

« Tu devrais faire attention, dit-il. »

« Je fais attention. »

« Pas assez. »

Aria se tourna entièrement vers lui. Pendant un instant, le masque doux s’amincit. Ce qui apparut en dessous était fatigué, concentré, et ne se sentait plus tout à fait sûr de l’histoire qu’elle s’était racontée.

« Est-ce que tu me mets en garde, demanda-t-elle, ou est-ce que tu me menaces ? »

Roman soutint son regard. La lumière rouge teinta le côté de sa gorge. Il aurait pu répondre d'une manière ou d'une autre. Les deux options eussent été vraies.

« Je te dis la même chose que ce que l'on m’a dit, dit-il. Règle cela, ou quelqu’un d’autre le fera. »

Le feu passa au vert. Il se tourna de nouveau vers la route. Aria s’adossa contre le siège, mais l’espace entre eux ne semblait plus vide. Il donnait l'impression que tous deux attendaient que l’autre pît faire le pas suivant.

Ce soir-là, Roman verrouilla le bureau et resta dans l’obscurité pendant un long moment, son téléphone à la main. Il tapa une courte réponse au message précédent et l’effaça avant de l’envoyer. Puis il en écrivit une autre, plus courte, et l’envoya à la place.

**Je m'en occupe.**

Il posa le téléphone face contre table et regarda la porte fermée qui menait à sa chambre. Quelque part derrière elle, Aria était éveillée. Il pouvait le sentir de la même manière qu’il sentait chaque changement dans l’appartement désormais — deux personnes à l’écoute du bruit de la respiration de l’autre, toutes deux armées, toutes deux déjà trop engagées dans un jeu qu’aucune des deux n’avait prévu de perdre.

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