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Chapitre 4 : Le silence qu'elle laissa

last update Dernière mise à jour: 2025-12-28 17:25:29

Le point de vue de Nathan

Le penthouse me sembla étrange à l'instant où je passai la porte.

Je me tenais dans le hall en marbre, ma mallette soudain pesante au bout de mon bras. C'était trop silencieux. Pas un silence apaisant. Un silence creux. Le genre de silence qui résonne. L'air n'avait plus cette odeur de cire au citron ou de ces orchidées blanches que Claire s'obstinait à disposer dans l'entrée. Ça ne sentait rien. Juste le vide d'un musée après la fermeture.

Je fronçai les sourcils. Quelque chose clochait.

Les talons d'Isabella claquèrent derrière moi, un bruit trop sec, trop présent. « Enfin à la maison ! », piailla-t-elle avant de jeter un coup d'œil circulaire. « Où est Mme Henderson ? » La gouvernante était introuvable. Évidemment.

Ben lâcha son sac à dos avec un bruit sourd qui me fit tressaillir. « Je meurs de faim ! »

Isabella arbora son sourire le plus éclatant, celui qu'elle réservait d'ordinaire aux réalisateurs ou aux chroniqueurs mondains. « Mon pauvre chéri ! Je vais te concocter quelque chose. »

J'avais failli ricaner. Concocter ? L'idée que se faisait Isabella de la cuisine consistait à pointer du doigt un menu. Mais je ne dis rien. J'étais trop occupé à fixer le salon. Il paraissait... immense. Et désert. Pourquoi semblait-il si vide ? C'était la même vue à un million de dollars, le même mobilier de créateur. Mais on aurait dit un décor de théâtre sans aucun acteur.

Le visage de Ben s'anima comme je ne l'avais pas vu depuis des semaines. « C'est vrai ? On peut avoir ton poulet parmigiana ? Avec le fromage croustillant ? Et du pain à l'ail ! Et de la purée avec plein de beurre ! Et des brownies après ? Avec de la glace ? »

Je vis le sourire d'Isabella se figer. « Du poulet... parmigiana ? » La mélodie s'évapora de sa voix. Elle me lança un regard furtif, un appel à l'aide. Elle attendait que je prenne le relais, que je rie en disant : « Ne sois pas ridicule, on va commander chez Jean-Georges. »

Je ne fis rien. Je continuai de fixer la pièce vide.

Sa mâchoire se crispa une microseconde avant qu'elle ne se reprenne, se mettant à la hauteur de Ben. « Mon cœur, ça a l'air... délicieux. Mais si on commençait par quelque chose de simple ? Je pourrais faire une magnifique salade de roquette avec des copeaux de parmesan. »

Le visage de Ben se décomposa. « De la salade ? C'est pas un dîner, ça ! » Sa voix prit cette tonalité geignarde et exigeante que Claire ne tolérait jamais. « Tu avais dit que tu cuisinerais ! Maman, elle faisait tout ça super vite ! » 

La comparaison resta suspendue dans l'air comme une mauvaise odeur. Les joues d'Isabella devinrent roses. Elle se força à rire. « Eh bien, je ne suis pas ta mère, n'est-ce pas ? » Les mots étaient un peu trop pointus. « Je vais te dire : pizza ! Ta préférée ! Avec des ailes de poulet ! Et tu auras droit à un soda entier ! »

Ben réfléchit, temporairement acheté. « Avec la croûte fourrée ? Supplément fromage ? Des petits pains à l'ail ? » 

« Tout ce que tu voudras », promit Isabella avec un sourire retrouvé, les yeux posés sur moi. « Nathan, chéri, tu veux quelque chose ? Je commande chez Giovanni. »

Sa voix me ramena à la réalité. « Non », dis-je d'un ton plus plat que prévu. « Rien. »

Je marchai jusqu'à mon bureau et fermai la porte. Ici, le silence était encore plus profond. Mon sanctuaire. Je m'assis, allumai mon ordinateur et ouvris le dossier d'appel d'offres pour Coastal Link. Des colonnes de chiffres, des rendus architecturaux. D'ordinaire, cela m'apaisait. Aujourd'hui, ce n'étaient que des formes sur un écran.

Je me massai les tempes. Ma main bougea d'elle-même vers la droite du bureau alors que mes doigts cherchèrent la courbe familière de ma tasse de café. Elle n'y était pas.

Mes doigts se refermèrent sur le vide. Je fixai l'endroit. Une pointe d'irritation, ridicule et vive, me traversa. Claire.

Elle était partie depuis quoi... cinq heures ? Six ? Et pas un mot. Pas de message vocal larmoyant. Pas de SMS pour me supplier de la laisser revenir. J'avais vérifié mon téléphone deux fois. Le silence. Un silence insultant.

Un sourire froid étira mes lèvres. Elle essayait de prouver quelque chose. Elle voulait jouer la femme forte et indépendante. C'était pathétique. Je lui donnerais jusqu'à ce soir. Demain matin au plus tard. Le silence ne durerait pas. Il ne durait jamais. Sa petite prédiction des « trois jours » était une plaisanterie.

On frappa à la porte. Tu vois ?

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