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Chapitre 7

last update publish date: 2026-07-11 05:47:39

Chapitre 7

Auréna

La mémoire est un animal étrange, capricieux et cruel. Elle attend, tapie dans l'ombre des jours ordinaires, et puis soudain, sans prévenir, elle bondit et vous plante ses griffes dans la gorge. Je suis assise dans le salon vide, entourée par les roses fanées et les bougies consumées, et c'est une autre nuit qui me revient, une nuit lointaine et pourtant si proche, une nuit que j'ai enfermée dans un tiroir de mon esprit avec l'espoir naïf de ne jamais avoir à l'ouvrir.

Notre nuit de noces.

Je revois la suite du Ritz, vaste et dorée, avec ses moulures au plafond et ses rideaux de soie champagne qui frémissaient doucement sous la brise de la climatisation. Il y avait des roses partout, des roses blanches et des roses pâles, disposées dans des vases en cristal par une armée de fleuristes qui avaient travaillé toute la journée pour transformer cette chambre en écrin. Je portais encore ma robe de mariée, une robe en dentelle de Calais que j'avais choisie avec ma mère avant sa mort, des mois avant le mariage, des mois avant que tout ne bascule. La traîne s'étalait derrière moi comme une rivière de neige, et mes cheveux, relevés en un chignon sophistiqué, étaient piqués de perles minuscules qui brillaient sous la lumière tamisée des lampes.

J'étais belle ce soir-là. Je le savais, je l'avais vu dans le regard des invités, dans les compliments murmurés, dans les yeux humides de mon père qui me regardait comme on regarde un tableau qu'on va perdre. J'étais belle, et j'étais heureuse, d'un bonheur tremblant et fragile, un bonheur d'oiseau qui n'ose pas encore déployer ses ailes. J'allais épouser l'homme que j'aimais depuis l'adolescence, l'homme dont j'avais gardé le souvenir gravé dans mon cœur pendant toutes ces années de séparation, l'homme que le destin, enfin, me rendait.

Nolan était entré dans la chambre après moi. Il avait desserré sa cravate, défait le premier bouton de sa chemise, et il s'était dirigé vers le minibar sans un regard pour moi. Je me tenais debout près de la fenêtre, les mains croisées devant moi, le cœur battant si fort que j'étais sûre qu'il pouvait l'entendre. J'attendais qu'il vienne vers moi, qu'il me prenne dans ses bras, qu'il me dise quelque chose de doux, quelque chose de tendre, quelque chose qui ressemblerait à un commencement. J'attendais, avec cette patience qui est à la fois ma plus grande qualité et ma pire condamnation.

Il s'était servi un whisky, un verre large et lourd en cristal taillé, et il l'avait bu d'un trait, debout, le dos tourné. Le liquide ambré avait brillé sous la lumière, et j'avais observé sa nuque, ses épaules tendues, la ligne dure de sa mâchoire quand il s'était retourné enfin pour me faire face. Ses yeux étaient sombres, plus sombres que jamais, et ils ne portaient aucune trace de la joie que j'espérais y trouver. Aucune flamme, aucun désir, aucun bonheur. Rien que du devoir, et peut-être, au fond, une lassitude que je n'avais pas su déchiffrer.

Il avait reposé le verre sur la commode en marqueterie, et il s'était approché de moi lentement, trop lentement, comme un homme qui se rend à une corvée nécessaire mais désagréable. Il avait posé ses mains sur mes épaules, des mains fraîches et fermes, et il m'avait regardée, vraiment regardée, peut-être pour la première fois de la soirée. Puis il avait ouvert la bouche, et les mots qui étaient sortis de ses lèvres, ces mots que je n'ai jamais oubliés, que je n'oublierai jamais, que j'emporterai dans ma tombe comme une relique empoisonnée, ces mots-là n'étaient pas ceux que j'attendais.

« Je n'ai jamais promis de t'aimer. »

Il l'avait dit sans méchanceté apparente, sans cruauté, sans intention de blesser. Il l'avait dit comme on énonce un fait, une vérité simple et irréfutable, une condition du contrat que j'aurais dû lire avant de signer. Le ton était égal, presque doux, presque compatissant, comme s'il m'expliquait une réalité que je devais accepter pour mon bien.

Je me souviens d'avoir senti le froid monter de mes pieds à mon ventre, puis à ma poitrine, puis à ma gorge. Un froid de marbre, un froid de tombeau. Mes épaules s'étaient raidies sous ses mains, et mes lèvres s'étaient entrouvertes sans qu'aucun son n'en sorte. Je voulais parler, dire quelque chose, n'importe quoi, mais les mots s'étaient étranglés dans ma gorge comme des oiseaux pris au piège.

Il avait retiré ses mains, avait fait un pas en arrière, et il s'était dirigé vers le lit immense qui trônait au centre de la pièce, ce lit recouvert de pétales de roses que les fleuristes avaient disposés en forme de cœur. Il s'était allongé sur le dos, les yeux fixés au plafond, les bras croisés sur sa poitrine, et il avait attendu. Attendu que je le rejoigne, que je prenne place à ses côtés, que je joue mon rôle d'épouse dans cette mascarade de première nuit.

Je ne me souviens pas d'avoir traversé la pièce, ni de m'être allongée à mon tour, ni d'avoir éteint la lumière. Je me souviens seulement du plafond que j'ai fixé pendant des heures, des moulures dorées qui dessinaient des arabesques compliquées, et du silence qui s'était installé entre nous comme un troisième époux. Le silence de notre mariage, ce silence que plus rien jamais ne viendrait combler.

Il n'avait pas promis de m'aimer, et il avait tenu parole.

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