LOGINChapitre 34
Damien
Elle a pleuré contre mon torse. Victoire amère.
Je la tenais dans mes bras, agenouillé devant elle comme un pénitent devant sa déesse, comme un chevalier devant sa reine, comme un pécheur devant son absolution, et je sentais ses larmes chaudes traverser le tissu de ma chemise, imprégner ma peau, se mêler à la sueur qui perlait sur mon to
Chapitre 73DamienJ'ai tout vérifié. Mon père l'a fait interner un mois avant sa mort. Elle hurlait, et il l'a fait taire. Et moi, j'ai reproduit sa folie. Arielle me regarde avec des yeux où la haine se mêle de chagrin. Je ne sais plus qui je suis.Les documents sont étalés sur mon bureau, jaunis par les années, imprégnés de l'odeur âcre des archives que j'ai forcées. Des ordres d'internement signés de la main de mon père, des rapports médicaux qui parlent de « crises d'agitation », de « délires paranoïaques », de « nécessité d'un repos strict ». Des mots cliniques, froids, qui masquent à peine la violence de ce qui a été fait. Ma mère hurlait, elle suppliait, elle se débattait, et il l'a fait enfermer dans une clinique pr
Chapitre 72ArielleIl ne savait pas. La vérité l'a frappé en plein cœur. Il est devenu livide, il a vacillé. Damien Ashford, le monstre, n'était qu'un enfant manipulé. Ma haine se fissure. Je ne veux pas qu'elle se fissure.Je le vois dans ses yeux, ce vide soudain, cette horreur qui engloutit tout. Il était adossé au mur du couloir, il m'attendait, et quand j'ai prononcé ces mots, quand j'ai demandé s'il avait fait interner sa mère, il a blêmi d'un coup, le sang s'est retiré de son visage, ses épaules se sont affaissées, ses jambes ont fléchi. Il a vacillé, comme un boxeur touché en plein foie, et il a balbutié :— Non... non, je ne savais pas... je te jure, Arielle, je ne savais pas.Sa voix était brisée, une voix d'enfan
Chapitre 71DamienMon père a souri quand Arielle est sortie de son bureau. J'ai su qu'il avait frappé.Ce sourire, ce petit sourire mince et satisfait qu'il affiche quand il vient de remporter une victoire, quand il a brisé quelqu'un, quand il a distillé son venin avec la précision d'un serpent. Je me tenais dans le couloir, adossé au mur de pierre froide, et je l'ai vu par l'entrebâillement de la porte. Il était assis derrière son bureau, les mains croisées, le dos droit, et il souriait. Et puis Arielle est sortie, le visage pâle, les lèvres serrées, les poings crispés le long du corps. Elle m'a regardé, et dans ses yeux, il y avait quelque chose que je n'avais jamais vu. Une horreur nouvelle. Une horreur qui ne venait pas de la colère ou de la peur, mais d'une révélation, d'une vérit&eacut
Chapitre 70ArielleJ'ai rencontré le vieux Cornelius. Ses yeux sont des puits de glace. Il m'a parlé de l'internement d'Héloïse. « C'était pour la calmer. » Et j'ai compris que Damien a grandi avec cette horreur. Mais je ne suis pas Héloïse.C'est lui qui m'a convoquée. Un message bref, impérieux, déposé sur mon plateau de petit déjeuner par une domestique aux yeux baissés. « M. Ashford souhaite vous voir dans son bureau. » Pas de formule de politesse, pas de préambule. Un ordre. Un ordre de vieillard qui se croit encore le maître de ce manoir. J'aurais pu refuser, j'aurais dû refuser. Mais la curiosité, cette curiosité malsaine qui me pousse à fouiller les ténèbres de cette famille, l'a emporté.Le bureau de Cornelius est une pièce sombre, tapissée de boiseries en acajou, éclairée par une seule lampe à abat-jour vert qui creuse les ombres de son visage. Il est assis derrière un bureau massif, les mains posées à plat sur le sous-main en cuir, le dos droit malgré son âge. Ses yeux, d'u
Chapitre 69DamienElle lit les lettres de ma mère. Je surprends ses larmes.C'était un soir, après le dîner, dans la bibliothèque où elle s'était retirée comme elle le fait chaque soir, comme si cette pièce était devenue son refuge, son sanctuaire, le seul endroit du manoir où elle pouvait encore respirer. Elle était recroquevillée dans le fauteuil en velours bleu, un plaid sur les genoux, et elle tenait entre ses mains des feuilles de papier jauni que j'ai immédiatement reconnues, que j'aurais reconnues entre mille, parce que je les avais moi-même cachées dans cette boîte à chaussures au fond du grenier, il y a des années, quand j'étais encore un adolescent incapable de les détruire mais trop brisé pour les relire. Les lettres de ma mère. Elle les a trouvée
Chapitre 68ArielleJ'ai fouillé dans les archives des Ashford. J'ai trouvé des lettres d'Héloïse. Sa souffrance est la mienne, à soixante ans d'écart. « Il m'aime trop, écrit-elle, et cet amour m'écrase. » Je pleure pour cette inconnue.C'était dans le grenier, cette pièce poussiéreuse et interdite que personne ne visite plus depuis des décennies, au sommet du manoir, sous les combles où la chaleur étouffante de l'été s'accumule et où la poussière danse dans les rais de lumière qui filtrent à travers les lucarnes. J'y suis montée en secret, un après-midi où Damien était parti à son bureau, où les gardes du corps s'étaient assoupis dans leur routine, où le silence régnait sur la maison comme un linceul. Je ne sa







