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Chapitre 4

ผู้เขียน: Les écrits d'une Mariam
last update วันที่เผยแพร่: 2026-06-27 04:43:15

Chapitre 4

Damien

Je lui tends son café.

C'est un geste simple, un geste du matin, un geste que j'ai accompli des centaines de fois avant l'accident, quand elle était encore elle, quand elle me reconnaissait, quand elle me souriait de ce sourire qui n'appartenait qu'à moi. La tasse est en porcelaine blanche, fine comme une coquille d'œuf, avec une anse qui épouse parfaitement la courbe de ses doigts, et je la tiens avec une précaution infinie. Le café est un arabica d'Éthiopie torréfié à la main, infusé à la température exacte qu'elle exigeait autrefois : quatre-vingt-douze degrés, pas un de plus, pas un de moins. Une goutte de lait, pas deux. Un demi-sucre, pas un entier. Je connais son café par cœur, je connais chacun de ses goûts par cœur, je connais tout d'elle par cœur, et pourtant elle me regarde comme on regarde un serveur dans un hôtel impersonnel, avec cette politesse vide qui est pire que de la haine.

— Merci.

Le mot tombe de ses lèvres, léger, anodin. Elle ne dit pas « merci mon amour », elle ne dit pas « merci Damien », elle dit « merci », tout court, comme on remercie un étranger qui vous tient la porte. Ce monosyllabe s'enfonce dans ma poitrine comme une lame. Je sens monter en moi une marée noire que je réprime aussitôt, que j'écrase au fond de mon ventre, que j'enterre sous des couches de sourires et de patience.

Elle boit. Ses lèvres se posent sur le bord de la tasse exactement comme avant, sa gorge ondule exactement comme avant, mais ses yeux ne s'illuminent pas comme avant. Avant, quand je lui préparais son café, elle avait ce petit gémissement de plaisir, elle fermait les paupières, elle disait « tu es le seul à savoir faire ça », et moi je me sentais exister dans ce bonheur minuscule que je lui offrais chaque matin. Aujourd'hui, elle repose la tasse dans la soucoupe avec un petit bruit qui sonne comme un glas, et elle m'adresse un sourire poli qui ne plisse pas ses yeux.

— Le café est bon, dit-elle.

Bon. Elle a dit bon. Pas délicieux, pas parfait, pas « exactement comme je l'aime ». Bon. Un adjectif de caféteria. Le mot tourne dans ma tête comme un poison, et je sens mes mâchoires se serrer si fort que mes dents grincent. J'ai envie de lui arracher la tasse des mains, de la briser contre le mur, de hurler qu'elle me regarde, qu'elle me voie, qu'elle se souvienne. Mais je ne fais rien de tout cela. Je respire. Je souris. Je suis le mari parfait, le mari patient.

— Tant mieux, je murmure. Tu as besoin de reprendre des forces.

Elle hoche la tête distraitement, et son regard glisse sur moi sans s'arrêter, comme si je n'étais qu'un meuble dans la pièce. Elle regarde par la fenêtre, les jardins noyés de brume, les cyprès centenaires qui montent la garde le long de l'allée. Moi, je ne suis qu'un obstacle entre elle et le paysage, et cette indifférence est une torture plus raffinée que toutes celles que j'ai jamais infligées.

— Que veux-tu faire aujourd'hui ? je demande en m'asseyant au bord du lit, assez près pour sentir son parfum, assez loin pour ne pas la toucher.

— Je ne sais pas. Me reposer. Lire. Peut-être visiter le reste de la maison.

Sa voix est neutre, absente. Elle me congédie sans élever la voix. Je me lève lentement, je lisse les plis de ma veste, je me dirige vers la porte. Sur le seuil, je m'arrête et je tourne la tête. Elle ne me regarde pas. Elle fixe la fenêtre.

— Arielle.

Elle tourne les yeux vers moi, des yeux vides, polis, qui ne me reconnaissent pas.

— Oui ?

— Rien. Repose-toi bien.

Je referme la porte et je reste un instant dans le couloir, le front appuyé contre le bois froid, les poings serrés. Je supporterai tout. Les silences, les regards vides, les mercis polis, les sourires de façade. Je supporterai tout, vraiment tout.

Tout, sauf cette distance absurde dans ses yeux.

Je me redresse, j'ajuste ma cravate, je descends l'escalier d'un pas ferme, et je me jure que cette distance, je la réduirai. Que ce vide, je le comblerai. Que ces yeux, je les rallumerai, quel qu'en soit le prix.

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