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Chapitre 51 — Le Prix du Trône

Author: L'invincible
last update Last Updated: 2025-11-18 18:32:58

MARKO

Le bureau sent le cuir vieilli et le whisky. La lueur d'une lampe éclaire les dossiers étalés devant moi. Des noms. Des dettes. Des territoires. L'échiquier de mon pouvoir. Mais ce soir, les pions ont des visages. Celui d'Antonio, le vieux pianiste. Celui de Livia, déchirée entre deux loyautés.

Sa réaction ce matin était prévisible. Inévitable. Luciano a joué son dernier atout : la culpabilité. La morale. Des concepts fragiles face à la réalité du pouvoir. Mais il a touché une corde sensi
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  • Témoin à abattre    CHAPITRE 84 — Fin

    Livia La valse se termine. Il m’entraîne hors de la piste, vers une terrasse déserte, mais pas avant d’avoir croisé le regard de l’homme aux colonnes. Un imperceptible hochement de tête est échangé. L’homme disparaît dans la foule.L’air frais de la terrasse me frappe le visage. Je tremble, mais ce n’est pas du froid.— Qui était-ce ?— Une des miennes. Une sentinelle. Il y en a trois autres dans la salle. Personne ne t’approchera sans que je le sache.Je m’accroche à la balustrade de pierre, prenant de grandes respirations.— C’est insoutenable. Cette danse perpétuelle.— C’est la vie, Livia. La nôtre, en tout cas. Maintenant, c’est à leur tour.Il pose une main sur mon dos, un simple point de contact qui me stabilise.— Tu as été parfaite. Tu es parfaite.Nous restons un moment dans le silence relatif de la terrasse. Le bruit du bal est une marée lointaine. Je pense aux deux cœurs. A leur rythme, plus rapide que la valse, plus constant que les intrigues de cette salle. Ils sont mon

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    Livia La nuit avant le bal Valerian, je ne dors pas. Je reste allongée, une main sur le ventre, à écouter le silence qui n’en est plus un. C’est un silence peuplé. Il résonne du whoosh-whoosh gravé dans ma mémoire, des menaces de mon père, des instructions murmurées dans la pénombre de la salle de bal. Je suis un vaisseau. Un vaisseau de chair, d’os et de nerfs tendus à craquer, transportant un précieux, fragile et double cargo.À l’aube, il entre sans frapper. Il porte un costume sombre, déjà parfait. Dans ses mains, une boîte en carton gris.— Pour toi, dit-il en la posant sur le lit.Je m’assois, l’ouvre. À l’intérieur, sur un lit de soie noire, repose une robe. Pas la robe de combat que j’imaginais, faite pour impressionner ou intimider. C’est une robe d’un gris perle, d’une simplicité presque austère. Le tissu est mat, fluide, tombant en lignes épurées. Les manches sont longues, le col montant. Elle couvre tout, ne révèle rien. Et pourtant, à la lumière, lorsque je la soulève, o

  • Témoin à abattre    CHAPITRE 82 — L’ÉCHO DES PAS 2

    LIVIAIl essuie le gel de mon ventre avec une serviette chaude. Le son des deux cœurs s’éteint, laissant un vide assourdissant. Je veux le réentendre. Je veux que ce bruit remplisse ma tête pour toujours.Le médecin se tourne vers lui.— Elle a besoin de repos. De nutrition adaptée. Pas de stress excessif. Je vais laisser des prescriptions, des recommandations.— Faites, dit-il, la voix rauque.Une fois le docteur parti, il reste immobile. Je m’assois, enroulant la robe autour de moi.— Tu as entendu ? dis-je, ma propre voix tremblante.Il hoche la tête, lentement. Puis il traverse la pièce, s’assoit au bord du lit. Il ne me touche pas. Il regarde l’endroit où la sonde était posée.— Deux, répète-t-il, comme pour s’en convaincre.Il y a dans ce mot toute la terreur et tout l’émerveillement que je ressens. Double. Tout sera double. Les risques, les peurs, les joies.— Tu as fait ce qu’il fallait avec ton père, dit-il soudain, détournant les yeux de mon ventre pour me regarder en face.

  • Témoin à abattre    CHAPITRE 81 — L’ÉCHO DES PAS

    LIVIADans l’heure qui suit le départ de mon père, le loft absorbe le silence comme une éponge. Le son de la porte qui claque, le bourdonnement de l’ascenseur descendant, tout semble avoir aspiré l’air de la pièce. Je reste assise, la colonne vertébrale aussi raide que celle de la chaise sur laquelle je suis perchée, à fixer l’endroit où il se tenait. L’odeur de son cigare, de son après-rasage âcre, flotte encore en suspension, un fantôme de pouvoir et de mépris.Il n’a pas bougé de l’embrasure de la porte secrète. Je sens son regard peser sur ma nuque, une présence aussi tangible que celle de mon père l’était. Mais celle-ci est différente. C’est une ancre, là où l’autre était un orage.Finalement, le frottement de ses chaussures sur le parquet. Il contourne le fauteuil, s’accroupit devant moi. Ses mains s’emparent des miennes, glacées et inertes. Il les frotte doucement, réchauffant la peau, le geste méthodique, presque médical.— Tu as tenu, dit-il, une simple constatation.— À pein

  • Témoin à abattre    CHAPITRE 80 — LA PAIX DES LAMES 2

    LIVIALa nuit est un entraînement d’un genre nouveau. Nous ne sommes pas dans la salle de bal, mais dans le salon, reconstruisant le bureau de mon père avec des meubles déplacés. Il devient mon père. Il incarne sa froideur méprisante, ses silences lourds de jugement, ses questions apparemment anodines qui sont des pièges.Il me fait répéter mes phrases. Il corrige mon ton : moins de défi, plus de lassitude feinte. Il m’apprends à baisser les yeux au bon moment, pas trop longtemps, juste assez pour montrer une soumission calculée. À jouer avec mes mains, à laisser transparaître une « nervosité » de fille impressionnée par son propre courage.— Tu ne demandes pas pardon, m’avertit-il. Tu exprimes des regrets. Des regrets pour la fracture, pas pour tes actes. La nuance est capitale. Il doit sentir que tu plies, mais que tu n’es pas brisée. Une branche qui plie sous le vent, pas un roseau.Je répète. Je me vide. Je deviens le personnage. La fille qui a compris que la rébellion était un lu

  • Témoin à abattre    CHAPITRE 79 — LA PAIX DES LAMES 1

    LIVIALe sommeil est un leurre. Je somnole, mais les images se bousculent : des salles de bal qui se transforment en labyrinthes, des visages souriants aux dents pointues, et toujours, au centre, cette double pulsation, faible et tenace, comme un rappel à l’ordre du futur. Je me réveille en sursaut, la sueur aux tempes, la main immédiatement plaquée sur mon ventre. Rien n’a changé. Tout a changé.L’odeur du dîner monte du rez-de-chaussée, inhabituellement douce, presque familiale. Une soupe, peut-être. Je me lève, les membres lourds mais l’esprit étrangement clair. La décision s’est cristallisée pendant mon demi-sommeil, alimentée par une urgence nouvelle. Je ne peux plus me permettre d’être une île. Les enfants ne peuvent pas naître dans un no man’s land, héritiers de deux lignées déchirées. S’il doit y avoir une guerre, elle doit avoir des frontières. Et leur héritage ne peut être seulement celui de l’ombre et du ressentiment.Il est dans la cuisine, en train de remuer un faitout en

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